‹ Le renégatChapitre 40 sur 334 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

wuE de pensées diverses agitent l'anie de la princesse ! Il s'est enfin montré à ses regards ce favori de la victoire , cet inflexible conquérant, ce fils de la terreur, cet odieux renégat dont la marche n'est éclairée que par les torches des furies. Qui pourra le croire ! au couvent d'Amalberge l'innocence a désarmé le crime : le tigre subjugué s'est laissé ravir sa proie sans résistance. Triomphant de l'homme invincible , une puissance inattendue s'est élevée devant Agobar ; et cette puissance est Ezilda.

Comme un charme accablant jeté sur elle , l'inefTaçable image du héros sarrasin la poursuit constamment. Tel que le génie des orages,

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Agobar semblait ne Tavoir un instant environnée de sombres nuées et de foudres , que pour , en quelque sorte , précipiter vaincus à ses pieds les ouragans et les tempêtes. Le vainqueur superbe et redouté , qui paraissait commander à la nature entière et n'avoir jamais rencontré Fobstacle , venait pour la première fois de reconnaître une barrière. Le regard fixe du Renégat se représentant continuellement à elle y fascinait , pour ainsi dire , ses esprits 3 comme l'œil des serpens de l'Amérique engourdit les sens du voyageur. Elle ne pouvait s'expliquer encore le sentiment que lui avait inspiré le célèbre triomphateur ; car ce sentiment se composait de mille sensations opposées. Agobar renégat lui paraissait un monstre; Agobar chef guerrier lui semblait presque un immortel. A cette époque de barbarie, Tennemi féroce s'inclinanl avec respect devant la beauté sans défense offrait une inconcevable merveille; c'était comme une œuvre

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nouvelle créée à l'aspect d'Ezilda.Fière de son empire sur le héros de Tlbérie , la princesse redoutant sa présence et se surprenant un vague dësir de le revoir , au fond de sa pense'e enveloppait son souvenir d'un mélange confus de haine ^ de terreur, de reconnaissance et d'admiration.

Plus de douze heures s'étaient écoulées depuis l'effrayante attaque de l'abbaye. Un vieillard se présente aux portes du cloître : c'est Gondaïr. Introduit parmi les sœurs hospitalières 5 le barde s'adresse à la fille de Théobert; '.< — Princesse ! vos jours sont en danger. Vous » et les saintes femmes d'Amalberge, quittez » sans délai ce couvent. Déjà la province est » aux Sarrasins. Agobar , je le sais y a respecté )) ce matin votre demeure ; mais Agobar n'est » point à la tète de tous les bataillons infidèles )) qui couvrent nos contrées ; et vous n'ignorez » point quel fut le sort des religieuses de l'Oc-

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citanie qui tombèrent eu leur puissancç. Fuyez toutes cette nuit même.

» — Lutève est-il au pouvoir des vainqueurs? sëcrie Ezilda. — Lutève résiste encore, répond le vieillard. Mais bloque, sans renforts , abandonné , Lutève ne saurait arrêter les cohortes musulmanes. — Où nous réfugier .'* dit une des sœurs. — L'armée de Charles Martel, poursuit Gondaïr, s'avance enfin au secours de la Gaule narbonnaise. Ses premières lignes s'aperçoivent , dit-on, vers le nord , à plusieurs journées du monastère. De ce côté , dirigez vos pas. Quelques soldats de Léodat , sauvés du désastre de Béziers, se sont ralliés dans la forêt voisine; et non loin du rocher fameux qu'on nomme la grotte miraculeuse , ils ont reformé un bataillon. Faites-y transporter ce soir leur chef blessé, et les chevaliers qui vous doivent la vie. Accompagnez-les; rendez-les à leurs troupes; et, sous leur escorte,

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