‹ Le renégatChapitre 41 sur 334 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

» rejoigaez les terres encore françaises. » Ce prudent avis est adopté. « — Que Dieu » protège votre fuite î )) dit le prophète de la montagne en se séparant des saintes femmes. Puis, s'approchant d'Ezilda : (( — Demain , » poursuit-il à voix basse , je voudrais vous » entretenir seule et secrètement. Demain , à )) la troisième heure du jour, princesse , vous » me reverrez à la grotte miraculeuse . »

Les filles d'Amalberge ont tout disposé pour leur départ précipité. Sur des brancards portés par des villageois de ia contrée , les chevaliers blessés sortent silencieusement de Tabbaye , favorisés par l'ombre nocturne : les religieuses suivent ce cortège funèbre ; la princesse , au milieu d'elles , marche tristement dans la forêt ; et les flots agités de sa pensée errent sur sa pénible position , comme ces blanches nuées inconstantes qui courent , chassées par les vents , sur les masses noires d'un orage.

Mécontente d'elle-même sans pouvoir s eu rendre raison , la fîUe de Théobert interroge son ame ; mais lame , illustre étrangère née dans les cieux , puis jetée captive et dépa^^sée en une enveloppe périssable, souvent ne se comprend plus sur la terre. Soit que l'immortelle bannie s'abreuve ici-bas à la coupe enchantée des plaisirs, soit qu'elle y traîne le fardeau des misères humaines, elle passe mystérieuse au milieu des terrestres voies , et disparait, inexpliquée d'elle-même et de ses semblables , sous les voiles de l'éternité.

Le prince des A ver nés , ainsi que l'avait annoncé Gondair, a retrouvé ses compagnons d'armes rassemblés au milieu des bois. Avec transport les soldats ralliés accueillent leur chef, et Léodat du coté du nord continue sa route. Les voyageuses que protège maintenant une vaillante escorte, sentent se dissiper leurs alarmes; et bientôt à l'extrémité de la foret la

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