‹ Le renégatChapitre 61 sur 334 · LIVRE II. ii · texte numérisé non relu

LIVRE II. ii

» nôtres : Confiance y espoir et silence. »

Les paroles que vient de recueillir Ezilda sont des traits de lumière. Quoique plusieurs des phrases qu'elle vient d'entendre aient été interrompues, elle n'en a point perdu le sens. Un noir complot lui est révélé. La détermination la plus hardie vient d'être prise par l'héroïne.

L'un des Musulmans est parti , l'autre est seul. La fille de Théobert soulève la tapisserie qui la cache , et se montrant au Sarrasin : » — Janissaire, dit-elle, as-tu l'écrit de Nal- » rassan qu'attend l'esclave de Mesrod? — Le » voici, répond le soldat. — Donne, poursuit » la princesse , et va rejoindre les conjurés : » Confiance , espoir et silence. »

Elle dit : le Sarrasin s'incline , lui remet ses papiers et s'éloigne. Ezilda, sans perdre un moment, traverse la salle d'armes, qui , d'après les indications données par Zarèle, précède l'appartement d'Agobar. Autour d'elle sont de

ii6 LE RENÉGAT,

nombreux trophées, des faisceaux de lances, des drapeaux et des cimeterres. De pâles flambeaux éclairent à peine la vaste enceinte où, telle qu'une ombre légère , elle se glisse silencieusement. Aucun obstacle ne l'arrête ; et sans rencontrer un seul garde , elle parvient jusqu'à la chambre du Renégat.

Sur un riche sopha de brocard au - dessus duquel s'élève une couronne d'or soutenant des draperies orientales , un guerrier étendu négligemment, à moitié armé, s'abandonne au plus doux sommeil. Contre une croisée ouverte , et donnant sur des jardins enchanteurs , se déploie l'étendard de Mahomet. Près du lit de repos en des candélabres précieux brûle une cire parfumée exhalant de suaves odeurs; et non loin est une table encore servie , couverte de sorbets d'Italie, de grenades d'Amlas , d'oranges de Ziri , de liqueurs des îles Cyclades et d'aromates de la Syrie.

Page 1