‹ Le renégatChapitre 62 sur 334 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ezilda s'approche. Agobar est devant ses yeux. Sans doute un songe fortuné vient charmer les sens du héros , car le sourire est sur ses lèvres ; son calme est celui du bonheur. L'odieux turban des fils d'Allah n'enveloppe point sa tête. Ses cheveux touffus et boucles couvrent son front nobie et martial. Sa poitrine à demi-découverte, blanche comme le marbre de Paros , est celle de l'athlète de Crotone. Non moins vigoureux que le vainqueur du Minotaure , aussi colossal que l'Ajax de l'armée grecque , plus beau que l'Antinous des Romains , Agobar, en sa seule personne , réunit toutes les perfections humaines des demidieux de l'antiquité.

Ézilda n'ose éveiller le héros. Un trouble vague , une pensée indécise, un charme inexplicable , une émotion inconnue viennent enchaîner ses facultés. Son cœur palpite violemment. En regardant l'homme des victoires , quelque chose d'odieux et de tendre s'est em-

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paré de tout son être : une puissance qui la révolte lui commande de l'admirer. « — Voilà » donc , se dit-elle à voix basse , le farouche » ennemi des chrétiens , le conquérant impie » et blasphémateur , le réprouvé des cieux ,

Elle entasse les épithètes outrageantes , et se retrace tous les crimes d'Agobar pour s'exciter à le haïr, pour le considérer avec horreur. Mais il est là... les forfaits du Renégat se perdent dans le vague de sa mémoire , comme un lointain confus ; et l'admirable beauté du guerrier , dont rien ne peut effacer l'éclat , reste seule présente à sa vue.

En ce moment Agobar s'éveille. Se soulevant à demi , il aperçoit la vierge des Cévennes , et croit d'abord continuer un rêve. Son regard à la fois doux et brillant achève de troubler la princesse; elle recule de quelques pas. « — Qui que tu sois , reste ! dit-il , vision » charmante , parle-moi ! »

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