‹ Le renégatChapitre 67 sur 334 · LIVRE îl · texte numérisé non relu

LIVRE îl

Impétueux en ses sentimens , doué d'une ame non moins mobile qu'exaltée, Agobar toute sa vie s'était laissé emporter par la violence de son caractère. Passant alternativement d'un excès à l'autre , souvent dans l'espace d'un instant il offre en lui deux hommes divers. Aux dernières paroles d'Ézilda il ne peut plus contenir sa rage. « ■ — Eh bien oui , w un renégat 5... répète-t-il hors de lui-même , » un renégat!... Fille insensée! prétendrais- » tu le convertir! .... Téméraire ! ôte-toi » de mes yeux ! Je hais également ton culte , » ton Dieu, ton peuple, ta patrie, je les ai )) tous rejetés avec indignation , je les rejette )) encore tous, et toi-même avec eux. Guerre » éternelle aux Chrétiens, race ennemie de » l'humanité ! guerre à leur implacable divi- » nité , monstre rêvé par la démence ! La » terre, le ciel, les hommes, la vie, j'ab- )) horre tout....; dans l'immensité tout est » malédictions, dans l'infini tout est horreurs;

» il n'est de vrai que la souffrance , il n'est

» d'absous que le nëanl. »

A ces odieux blasphèmes Ézilda jette un cri d'horreur.

« — Infortune ! lui dit-elle, tes tourmens » affreux, ta fureur , prouvent encore qu'il est » un Dieu ; maigre' toi tu le reconnais : sous )) tes imprécations qui révèlent tes doutes, tu » ne saurais cacher tes craintes. L'on ne s'em- )) porte point ainsi contre ce qu'on croit imagi- » naire. C'est le remords qui parle en toi. La » voix de ta conscience troublée est ta pre- » mière condamnation. Tu te juges, tu te ré- » prouves : mais en vain avec épouvante tu » rejettes l'immortalité; homme , tu ne peux » t'anéantir ! »

Étonné de l'énergie sublime des réponses de l'héroïne , irrité de l'ascendant irrésistible qu'elle a pris sur son ame, l'apostat, en un sombre délire , parcourt la salle à grands pas. « — Agobar, poursuit la princesse d'une voix

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