LIVRE IL
Le chef sarrasin pousse un profond soupir. w — Cette ëpée est la mienne , répond-il. — » La tienne ! interrompt la princesse^ j'y vois » le nom du roi de France. — Elle est à moi, » répète Agobar d'une voix sombre. — Et
» comment de qui la tiens-tu?.... — Fille
» des Gaules, pourquoi ces questions ?... loi- » même ici que me veux-tu ?
)) — Je viens implorer ta générosité , dit » Ezilda. Les religieuses d'Amalberge que tu )) sauvas à ma prière de la rage des infidèles , » périssent en ce moment abandonnées et sans » secours , au fond d'une caverne inaccessible ; » daigne les arracher à la mort : choisis parmi » tes soldats quelques guerriers aussi magna- )) nimes que leur chef; et par cette vaillante » élite, jusques auprès du camp français , fais » conduire à l'abri de toute insulte et de tout » péril les saintes filles du monastère.
)> — Tes vœux seront remplis. Cette nuit » tu m'as conservé l'existence, et je ne puis
» rien te refuser. Où trouverai -je tes com- » pagnes ? Comment se nomme leur caverne ? » — La grotte miraculeuse.
» — 11 suffit. Au lever de l'aurore les cap- » tives seront délivrées. Je t'en fais ici le ser- » ment; les religieuses d'Amalberge seront » respectées et sauvées.
» Mais qui t'a conduite en ces lieux? — » Une heureuse inspiration. — Qui t'a révélé » le complot de Nalrassan ? — Ce que tu )) nommerais le hasard ; ce que j'appelle la )) Providence.
» — El sais-tu quel homme tu sauves ? — » Un renégat, » dit l'inspirée.
A ce mot, qui porte en lui la surprise à son comble : « — Un renégat î s'écrie le chef » courroucé ; d'où le sais-tu ? qui te l'a dit ? )) — Pourquoi ce nom te trouble-t-il ? répond » la vierge de Lutève ; qui ne s'efFi^aya point » d'un crime, peut -il donc s'alarmer d'un » mot ? »