LIVRE III. i
et du songe de la caverne , ne peut lui paraître une œuvre du hasard. C'est un nouvel avertissement qu'elle reçoit du ciel. Les yeux baisses , elle poursuit sa marche. « — Non , je » ne puis plus en douter , se dit l'héroïne en » elle-même : les pensées de ma jeunesse sur » mon avenir n'étaient point des rêveries bi- ,) zarres; ainsi donc les élans secrets de mon » ame étaient des inspirations , et mes pressen-
» timens des prophéties »
Gondaïr la suit et l'observe. « — Princesse ! » reprend-il avec calme , Charles Martel n'i- » gnore point la haine qu'ont portée vos no- » blés aïeux à tous les maires du palais , usur- » pateurs de la puissance. Il sait que la fîan- » cée de Clodomir , alliée des Mérovingiens , » est entièrement dévouée à la dynastie légi- » time. 11 doit vous craindre et vous haïr. » Gardez-vous donc bien aujourd'hui de vous » remettre en sa puissance. La belle et riche » héritière de Lutève , prisonnière en son
i4o LE RENÉGAT.
)) camp , serait par lui contrainte peut-être à » devenir l'épouse de quelque parvenu témé- » raire , ou de quelque ambitieux de l'armée » dont il aurait besoin de s'assurer la fidélité » par des trésors et des honneurs.
)) Demeurez en ces parages. Une brillante » carrière vous est ouverte. Les habitans des » Ceventies voient avec horreur les Musulmans )) dans leurs forets et leurs montagnes. Pour » jeter Todieux turban que plusieurs d'entre » eux ont déjà ceint , pour secouer un joug » infâme , pour courir de toutes parts aux
)) armes 5 il ne leur faut qu'un chef Pa-
» raissez !
» — Moi ! . . . interrompt Ézilda , vierge » faible , armer tout un peuple ! — Il n'est » de faibles , ici-bas , répond le vieux de la f) roche noire , que ceux qu'abandonne le )) ciel. A la voix du Tout-Puissant , le géant )) devient le pygmée , et le roseau devient le » cèdre. Lorsqu'il veut rabattre l'orgueil des