LIVRE III
prolonges , quelque sourde réprobation. La nature, si calme l'instant d'avant, paraît vio-^ lemment agitée. Un cri de repentir et de douleur s'élève du pied de la montagne, et répété par les échos porte au loin ce terrible mot : (( r éternité ! V éternité! » .-
Humiliés, désespérés, les apostats tombent à genoux. Leurs regards, à la fois dirigés sur le ciel et sur Ezilda, demandent grâce à tous les deux. Avec transport ils ont arraché de leur front le tissu déshonorant qui le couvrait. Us déchirent avec fureur le tm^ban du prophète arabe ; et l'œil baigné de larmes , les bras tendus vers l'inspirée , ils implorent le pardon céleste.
Sur le visage de 1 héroïne éclale une divine joie , une vive reconnaissance. Son regard sublime se lève vers l'immortel séjour comme une prière de salut , puis se baisse vers la foule repentante comme un rayon de miséricorde.
i6o LE RENÉGAT.
« Fils des Gaules î dit Ézilda d'une voix » ferme et solennelle; ainsi qu'après une tem- » pête , le soleil reparaît vainqueur, et se )) dégage des nuées , sortez des ténèbres » du crime ! relevez-vous de vos douleurs. » Brisez-vous , chaînes de l'enfer î Tombez , » vêtemens de l'impie ! Cœurs repentans , » le ciel pardonne. »
En prononçant ces paroles, la princesse, un genou en terre, étend samain pure et clémente vers la multitude prosternée. Son ame toute entière semble s'épandre sur les esprits ; le pardon céleste est sorti de sa bouche ; et la bénédiction de Dieu même , semble , aux coupables montagnards , descendre du rocher d'Ezilda. Des nuages pommelés traversent en ce moment les cieux avec rapidité. Se divisant au-dessus des montagnes de Carénai , ils prennent des formes fantastiques , et la foule enthousiasmée croit voir soudain des légions d'anges balançant du sommet