LIVRE IV
iloBLEs élans de l'imagination, essor des grandes âmes, vous que le mortel envieux , égoïste et vulgaire nomme dédaigneusement, dans le cercle étroit de son esprit, exagérations et délire, pensées sublimes du génie! ah, vous êtes les révélations de la puissance primitive de l'homme , ou les pressentimens de sa grandeur future. Ezilda î vous dont l'exaltation des sentimens éternisera la mémoire î vous êtes en harmonie avec les cieux , le serez-vous avec la terre ?... Substance trop forte pour l'humanité, l'enthousiasme, flamme immortelle, dessèche ce qui n'est que terrestre, et, pour échappera sa prison, dévore le sein qui le nourrit. L'astre déplacé , hors du système universel, peut-il
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rouler calme et paisible !... Hélas ! calomnié par l'injustice , mal compris par la multitude , persécuté par l'envie , le génie arrive à la gloire , mais il n'atteint pas le bonheur ; et souvent ^ enfant des orages , il disparait dans les tempêtes.
L'heure marquée par Gondaïr pour le nouveau rassemblement des montagnards à Carénai, cette heure impatiemment attendue , est enfin arrivée. Les vassaux d'Ezilda, secrètement armés, se sont réunis à la hâte. Le feu sacré de l'honneur et de la vaillance étincèle en leurs regards. A leur voix, à leur appel, à leurs récits, une foule de jeunes Francs s'est déjà jointe à eux; la troupe a chaque instant s'est grossie ; et quinze cents soldats, les uns portant l'arc des Scythes , les autres le glaive des Sicambres, attendent le signal des combats.
Le jour fuit. La belle vallée de Carénai , comme une jeune veuve d'un matin , s'est cou-