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LIVRE IV

verte de crêpes sombres , et cache momentanément ses riches parures et ses charmes. Parmi ies montagnards , la vierge de Lutève a paru; les plus vives acclamations l'accueillent. Tous les guerriers se pressent autour d'elle : les uns cherchent à toucher les vêtemens de l'inspire'e ; les autres avec transport baisent la trace de ses pas. Aussi calme que belle, aussi confiante que pure, Ézilda, vêtue de blanc , s'avance au milieu de la foule enthousiaste ; ses cheveux noirs sont couverts d'un long voile dont le tissu léger flotte au gré des airs; son maintien est grave, auguste et solennel : sur la plage ténébreuse et sauvage , c'est le génie de la patrie se réveillant au cri des peuples , c'est l'ange des inspirations héroïques souriant aux fils de la gloire.

La naissante armée s'était nommé des chefs: c'est à eux qu'Ézilda s'adresse. Un cercle guerrier prend ses ordres. Elle expose en partie aux principaux montagnards le plan qu'a conçu

sa grande ame ; elle reçoit de nouveau leur

serment patriotique , de nouveau harangue les

troupes; puis se plaçant à leur tête , et les

guidant à l'ennemi, elle s'enfonce dans les

montagnes.

Non loin de Carénai , au sommet d'un roc escarpé , s'élevait le fort de Ségorum jadis bâti par les Romains , et d'un abord presque inaccessible. Sur le penchant de la montagne , une chapelle célèbre attirait depuis nombre d'années tous les pèlerins de la Gaule ; consacrée à Notre-Dame des Gévennes , elle avait été bâtie par Thierri III, dernier roi de France, en accomplissement d'un vœu ; et de nombreux miracles s'opérant dans cette église à plusieurs époques de l'année , les étrangers affluaient à Ségorum .

Celte place de guerre appartenait à la princesse des Cévennes : mais plusieurs bataillons français venant au secours de la Septimanie s'étaient emparés de ce posle important , par

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ordre de Charles Martel > et pour en assurer , disaient-ils , la défense. Une forte garnison s y était établie; et cependant Agobar venait d'enlever par surprise la citadelle qui, protégée par Notre-Dame des Cévennes, passait aux yeux du peuple pour imprenable. Cette nouvelle conquête des infidèles, en faisant évanouir le prestige merveilleux qui jusqu'à ce jour avait environné la chapelle, portait le coup le plus funeste à la sainte cause des Chrétiens. Ayant perdu toute confiance en leur divine patrone , les montagnards de tous cotés se soumettaient sans résistance à leurs vainqueurs. Le fameux temple est abandonné. N'attirera-t-il plus en ses murs les pèlerins et leurs offrandes , les étrangers et leurs richesses !...

Il importait donc , pour rendre à l'opinion publique son antique énergie, pour relever la foi des montagnards et rallumer en eux le flambeau du courage, de reconquérir Ségorum. La princesse a formé ce hardi projet ; il ne peut

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réussir que par des moyens surnaturels , que par un céleste secours. Cette idée eût arrêté toute autre, elle détermine Ezilda. Pour réhabiliter la chapelle, un miracle était nécessaire.

Et n'est-il point indispensable d'assurer à ses troupes quelque refuge protecteur : l'héroïne a tant de périls à braver ! Une armée innombrable de Sarrasins entourait Lutève, et lui en défendait l'approche. Sans une citadelle guerrière , que deviendraient ses soldats errans, ses cohortes aventurières !... nulle espérance , nul salut , s'ils ne frappent un coup hardi. Le dessein en est pris; il faut réveiller les provinces françaises au bruit d'un exploit inattendu, étonner les vainqueurs eux-mêmes, arrêter le char des conquérans ; il faut qu'une fille des Gaules , en s'emparant de Ségorum , reprenne la clef des Gévennes, lève l'étendard de la liberté , montre au royaume son devoir, présente aux peuples un prodige, et, cou-

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