LIVRE lY
de la patrie , les châtelains et leurs vassaux , de se porter vers Sëgorum oii les attend leur suzeraine.
La nuit est obscure ; son pale flambeau ne luit point encore. Les troupes de l'héroïne hâtent leur marche audacieuse : ils descendent le long d'un sentier rude et escarpé pratiqué sur le flanc d'une haute montagne. Soudain Ézilda s'arrête. Un étroit vallon est à ses pieds; traversé par une rivière , il est terminé par un bois. De la rive opposée s'élève un immense rocher, hérissé d'arbres à l'orient, et dont le plateau est couronné d'imprenables fortifications. De loin , cachée par des taillis , la princesse examine les redoutes ennemies : elle distingue confusément les sentinelles du rempart : elle observe les pâles feux des tours d'observation. (( — Montagnards ! voilà Sé- » gorum , dit- elle ; c'est le premier chaînon
de nos fers ; qu'il soit brisé, les autres tom-
» bentj un triomphe, et nous sommes libres !
)) Sur le penchant du roc de Ségorum voyez » ce monument pieux dont la flèche pyrami- » dale se de'tache d'entre les arbres ... eh bien ! » là y demain nous rendrons grâces à Dieu d'une » grande victoire. Soldats français ! en ce mo- » ment , sous la chapelle miraculeuse , il nous » est tressé des couronnes par la patrone des » Ce venues. »
A ces paroles prophétiques , des cris d'allégresse répondent. L'héroïne contient les transports de ses milices belliqueuses. Sa troupe était divisée en deux corps , elle en rassemble les chefs y et leur adresse ce discours :
« — La citadelle de Ségorum m'est connue; » mon père l'a fortifiée , et j'ai souvent par- » couru avec lui son enceinte et ses alentours. » Vous , première cohorte ! marchez au midi » de la place , et vers la grande porte d'en- » trée : la route qui y monte est large et peu » rapide : tâchez de la gravir sans bruit avant
];iVKE IV. jrS
)) le lever de la luiie qui bientôt éclairera les » cieux; et commencez l'attaque aussitôt mon » signal donne.
)) Vous , seconde cohorte , aussi vaillante )) mais moins nombreuse ! dirigez-vous à l'oc- » cident. Escaladant les rochers à la faveur des » ténèbres, essayez de parvenir sans être vus ;) au donjon crénelé que vous apercevez d'ici. » Un fossé peu profond en défend l'appro- )) che : glissez -vous sous ces retranchemens. » Au pied de la muraille est unepoterne assez » mal construite et presque toujours mal gar- » dée. Vous avez des massues et des haches, » renversez sur ses gonds vieillis la porte » souterraine; et dans la citadelle introduits, )) jetez-y le trouble et la terreur.
» Quant à moi , suivie de trente hommes seu- » lement, c'est à la tour de l'orient, c'est au » plateau nommé Yinaccessihle que je vais con- )) duire mes pas. Il est un escalier inconnu du » vulgaire et de la nouvelle garnison , qui , taillé
» dans la roche et voûte d'arbustes sauvages , » m'ouvre une secrète voie jusqu'à la fameuse » esplanade. Chefs de la première cohorte, )) que vos regards constamment fixent le fort » oriental. Sitôt qu'une flamme s'en élèvera, » que l'attaque soit commencée , j'en aurai )) donné le signal. »
Elle dit 5 et continue sa marche. Bientôt, protégés par les ténèbres , ses bataillons traversent inaperçus la rivière et la vallée , puis au fond d'un bois se séparent. Chaque cohorte se rend à son poste ; et la princesse de Lutève au loin déjà les perd de vue.
Quel moment pour Ezilda ! Ses beaux yeux sont levés au ciel. . . elle paraît en attendre quelque ordre , en implorer quelque secours , en recevoir quelque lumière. Elle est immobile , elle écoute.... ses lèvres pures d'où s'échappe comme un soufTIe divin semblent échanger de secrètes paroles avec de célestes esprits. Une