‹ Le renégat; pièce en un acte, en versChapitre 4 sur 7 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE RENÉGAT, priant. L'OFFICIER.

l'officier.

Ce n'était donc pas eux ?

LE REXEGAT H

Ma volonté faiblit, la force m'abandonne... Et n'oser demander du secours à personne, Par crainte de tomber sur l'horrible Allemand...

Il aperçoit le piètre.

Cet homme agenouillé dans un recueille aient.

Calme, inspiré, profond... Mais oui, c'est bien un prêtre.

Oh! je sens en mon cœur un peu d'espoir renaître.

Appelant.

Monsieur... l'abbé!.. Monsieur?..

LE RENÉGAT, faisant lo signe de la croix.

Et spiritus, sanctus ?...

Il se lève en apercevant 1 officier et va à lui.

Un soldat seul ici?..

l/OFFICIERi

Monsieur, je suis confus De vous avoir ainsi troublé dans vos prières.

Ne dois-je pas avant soulager les misères?

Mais vous êtes blessé... reposez-vous, grand Dieu !

Vous ne pouvez marcher.

l'officier.

Cela m'importe peu.

Montrant son drapeau.

Car il me faut sauver celte étoffe bénie ; Ici je suis trop près de l'armée ennemie!

Mais laissez-moi panser votre blessure au moins.

Le renégat sort un mouchoir de sa poche, et bande le front de l'officier.

Voilà!

l'officier.

De moi, Monsieur, vous prenez trop de soins. Je sens la mort venir, mais ceci peu m'importe.

12 LE RENEi.AT

Un officies" françnis doit avoir l'àme forte.

J/OFFICIKR.

L'àme forte, morbleu!...

Le renégat se signe.

Si je ne l'avais pas, Je serais mort déjà.

Il chancelle.

LE REXÉGAT.

Prenez, prenez mon bras; Laissez-vous un instant tomber sur cette couche. Je veillerai sur vous. Quittez cet air farouche. L'ennemi n'est plus là... dès le soleil levant, Je l'ai vu s'éloigner...

Le renégat le conduit près du matelas et aide 1 officier k s y coucher] ce dernier serre contre lui son drapeau.

l'officier.

Il a levé le camp ?..

Oh ! je puis maintenant respirer à mon aise ; Et je bénirais Dieu si la troupe française Recevait de... de mes mains ce dépôt sacré; Je m'en irais content reposer sous le pré... Mais hélas ! j'ai bien peur... mes forces me trahissent, Oh! que les volontés suprêmes s'accomplissent. Espérons... je le dois...

Il retombe sur sa couche.

LE RENÉGAT, à part.

Il soulfre énormément.

Mais, je ne le crois pas blessé mortellement.

Haut.

Comment donc êtes-vous seul en celte masure. Les nôtres où sont-ils?..

le renkcaï j3

l'officier.

Ils servent de pâture Aux animaux errants dans la plaine ce soir ; Ils sont tombés faisant bravement leur devoir, Nous nous sommes battus un contre six quand même Sans bronclier, et jetant en tombant un blasplième. Pour prisonniers, ils n'ont que des soldats mourants. Seul, j'ai pu me sauver des regards allemands. Grâce à l'obscurité. I*uis domptant ma souffrance J'ai pu, dans ce réduit me cacher en silence. L'endroit était désert; pas un être vivant Ne gardait la maison; j'allais partout, cherchant Avec la rage au cœur, une place bien sûre, Afin que ce drapeau soit hors de toute injure, Mais je n'ai pas trouvé d'asile sous ce toit. Assez sûr... Oh! que faire?..

A cette heure l'on doit Vous croire mort aussi?...

L'OFFICIER

Prisonnier.

Oui... peut-être...

Donc il faudrait pouvoir dés demain leur remettre Tout brûlé par la poudre et taché par le sang Le Drapeau tant chéri de votre régiment... Qu'en dites-vous, mon fils?..

l'officier.

Hélasl que c'est un rêve.

Voyez mes traits pâlis, mon bras que je soulève Retombe lourdement sur cet atfreux grabat. Quel beau jour c'eût été pourtant, pour un soldat,

]'t LE RENEGAT

De venir annoncer que l'horrible défaite Pour leurs frères tombés, n'a pas été complète. Que s'ils sont tous allés froidement au tombeau, C'était pour qu'un des leurs conservât leur drapeau^

Il essaye de se lever et retombe.

Oh ! nottj je ne peux pas, la force m'abandonne.

Priez, mon fils, priez pour que Dieu vous pardonne.

l'officier.

Me pardonner! Quoi donc? mes souffrances? ma mort? Cette horrible agonie?... oh ! non !..

LE RENÉGA.T.

Priez !

l'officier.

J'ai tort.

Oh! oui, contre le ciel la rage me dévore... S'il voulait m'accorder un jour à vivre encore, Pour pouvoir accomplir jusqu'au bout mon devoir, Je bénirais la terre et les cieuxl Vain espoir! Tout pâlit à mes yeux. Ecoutez-moi, mon jDère. Vous allez faire, vous, ce que je ne puis faire. Je vais vous... Je vais vous confier ce drapeau. Et vous allez porter ce précieux dépôt Au premier camp français; votre robe de prêtre Le dissimulera. Jurez de le remettre...

Je ne le puis, mon fils, car ma tâche ici-bas N'est pas de me mêler à ces affreux combats, Notre Seigneur a dit : Tous les hommes sont frères, Je dois sur mon chemin étouffer les colères. Aimer et secourir les pauvres, les mourants. Et ramener au bien, les traîtres, les méchants...

En prenant ce drapeau, je suis votre complice

Et je cours au-devant, moi, d'un affreux supplice,

Car de ce saint habit de la religion.

J'en fais celui d'un fourbe et d'un vil espion ;

Je dois marcher sans voir au milieu de vos haines...

Pardonnez-moi, mon fils, de redoubler vos peines,

Mais mes armes à moi, sont paroles de paix;

De Dieu, je suis ministre.

l'officier.

Oh ! pardon ! je croyais Qu'un prêtre né français pouvait, pour sa patrie. Comme un autre, donner sans marchander sa vie. Mais noni vdus êtes tous, les élus du Seigneur, Des vampires portant sur vos faces, la peur!

La douleur vous égare.

l'officier.

Oh ! la race maudite, Ne sachant asperger le corps que d'eau bénite! Eloignez-vous de moi.

Mais écoutez...

l'officier.

Jamais !

Je vous méprise trop... tiens prêtre, je te hais, Et si je n'étais là, couclié ; d'un coup de sabre, Je fendrais, oh ! frocard, tu face horrible et glabre. Non, tu n'appartiens pas à l'Eglise, maudit ! Tu dois avoir volé quelque part cet habit, Car un prêtre français, au risque de sa vie, Sauverait des vainqueurs cette étoffe chérie.

Mais je la brûlerai...

Il tombe sur le matelas, en râlant. — Se relevant.

Voyons, prêtre, pardon 1 Je divague, c'est vrai... je n'ai plus ma raison. Mais je sens que la mort sur celte couche plane, J'implore... ce drapeau, mets-le sous ta soutane Et porte-le là-bas!... Veux-tu que comme un ver Je rampe à tes genoux? Parle!... de l'air... de l'air J'ai blasphémé tantôt, mais j'avais le délire, Pardonne-moi, veux-tu?.,, mes insultes!... que dire?... Je ne sais... dans tes yeux!... lu pleures! tu veux bien? En acceptant, vois-tu, tu sauves un chrétien... Pars!

Lui tendant le drapeau.

Je veux... Ohl...

Il retombe lourdement, le renégat prend le drapeau. LE RENÉGAT.

Il est évanoui ! c'est sage.

Car il m'ennuyait fort avec son bavardage. J'ai refusé d'abord pour qu'il insistât mieux...

Riant.

Puisqu'il dort, je ne puis lui faire mes adieux; J'ai réussi vraiment.

Sardonique et le regardant.

11 suppliait encore...

Va, je vais l'emporter ton chiffon tricolore, Sois sans crainte il ira ce soir et sûrement Faire flotter ses plis dans un camp allemand! Eloignons-nous.

Allant à la fenêtre.

Holà, l'on marche dans la lue...

Montrant l'officier.

Le cherche-t-on? Alors sa retraite est connue.

LE RENE(;A'r 17

Mais, sont-ce ses amis, ou bien ses ennemis? Quelqu'un vient par ici, j'ai trop tardé, tant pis! Dissimulons-nous là; bien maître de la place Je pourrai regarder le danger face à face. Que ce soit un Français ou bien un Allemand, Mon conte est tout trouvé. Là, voici le moment De bien ouvrir les yeux.

11 entre dans la chambre à droite.

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