LE RE.\K(;\T
LA SŒUR
Entendant la bataille, Je courus sans tarder sous leur rude nutraille Ramasser les blessés. J'étais dans un hameau Près de l'endroit fatal...
l'officier.
Mais alois, leur bourreau?...
LA, SŒUR
Oui, le guide assassin, le Judas, c'est cet homme.
LE RKNKGAT.
Vous mentez !
LA SŒUR
Devant moi l'on a payé la somme, Et je vous reconnais^, oh 1 face de Judas! De celle chamLre-ci, vuus n'échapperez pas.
l'officier.
Il vendait les Français... et j'avais dans sa serre, Mis mon drapeau chéri!...
LE RENiLOAT, à part.
Pour échapper, que faire?...
Le soldat est blessé^ la feinme est sans vigueur... Allons!... allons... d'ici 12.0*4^ sortir vainqueur. La femme sûrement n'osera se défendre...
Regardant le revolver.
Mais c'est cette arme-là que je voudrais leur prendre; Essayons!. .
l'officier.
Que dit-il?...
Eh bien oui, j'ai menti !
Mais en vous écoutant, je me suis repenti : Si vous jurez tous deux que l'existence est sauve
Et que je ne serai pas traqué comme un fauve, Je rends votre drapeau, puis je pars loin d'ici !
LA SiEUR.
Moi, j'accepte; car Dieu, de vous prendra souci. Je n'ai pour mission que de prier sur terre... Vous êtes repentant, allez en paix mon frère !
Et vous, pardonnez- vous ?
l'officier.
Tiens, rends-moi mon drapeau.
Et puis, fuis vivement, tu sauveras ta peau.
Le renégat tire le drapeau de dessous sa veste et va le remettre à la sœur; mais quand celle-ci le prend, il saute sur le pistolet qui est sur la chaise, le prend et se rejette en arrière en tenant toujours le drapeau que la sœur ne veut pas lâcher; au même instant on entend les clairons français sonnant le pas de route.
LA SŒUR
Vive la France !... à moi!
Je suis perdu!
L'OFFICIER
Courage !
Làeheras-tu, démon ?..
LA SŒUR
Jamais, Judas !
LE RENÉG.\T.
Oh ! rage!
Etre si près du port et sombrer ; oh ! non, non !
l'officier.
Etre par la douleur cloué comme un canon 1
LE RENÉGAT, faisant feu sur la religieuse.
Tiens! lu l'auras voulu !...
Il la manque et la pousse de la main gauche... elle va tomber premier plan à droite; Le renégat dans la lutte est arrivé près de la couche de l'officier... au moment où il va pour se sauver, l'officier le retient par le drapeau que ni l'un ni 1 autre ne veulent lâcher. Le renégat voyant qu'il ne peut 1 avoir, arme le revolver qu'il n'a pas quitté' au moment où il va faire feu sur l'officier, la Sœur se relève.
LA. SŒUR
Je ne suis pas blessée!...
Vojant le danger que court 1 officier, elle ramasse le poignard resté à terre» s élance sur le renégat, et le frappe... il \ tombe lâchant le drapeau.
Tué, je l'ai tué 1... Dieu! fureur insensée!... Moi, la fille de Dieu, qui dois tout secourir. J'ai tué ce démon !...
LE RKXÉGAT.
Je ne veux pas mourir!...
Toi, la fille de Dieu?... tais-toi! tais-toi, mégère I Tout autant qu'un soldat, tu deviens sanguinaire ! La charité devient pour toi, femme, un vain nom. Quand je devrais trouver dans tes mains le pardon... J'y trouve quoi... la mort!... Au tribunal suprême Tribunal que je hais, lu paraîtras toi-même Sûrement avant moi, car de ces doigts noueux Je t'enverrai là-haut m'attendre, je le peux... Et quant à ce drapeau, terrible idiotie. Représentant ici, l'âme de la patrie, Qui fait teindre le sol de larmes et de sang, Ce chiffon de combat, froissé, meurtri, sanglant. Bon pour semer partout des cadavres sur terre. Ne pouvant même pas remplacer un suaire...
35, LE RENKGAT
Je veux, dans cet instant, où la mort m'envahit,
Oui, moi le renégat, le traître, le bandit.
Moi, que l'on rejeta comme un être nuisible
Du chemin de l'honneur... oui... de mon âme horrible
Monte un venin brûlant pour vous !... Je ne veux pas
Mourir avant d'avoir sali de mes crachats
Cette image abhorrée...
l'officier^ serrant son drapeau contre lui, pendant que le renégat se traîne pour arriver près de la couche de 1 officier.
Tu ne le pourras faire !
Mais sache que fermé, cousu dans un suaire, Calfeutré dans le fond du plus noir des tombeaux. Ayant les os brisés et les chairs en lambeaux. Je me relèverais pour te frapper, lors même Que le Dieu tout-puissant qui punit le blasphème Voudrait te dérober à mon bras de vengeur! Après un tel affront, je pétrirais ton cœur Dans ton corps tout vivant!...
Le renégat arrivé près de 1 officier se précipite sur lui... il essaye de saisir le drapeau... Lutte. — L officier prend le renégat à la gorge.
Tiens ! rends ta vilaine âme !
Sens... mes doigts à ton cou font une marque infâme; Rien ne peut te sauver de mes mains à présent !... Offre ton âme au diable!
LA SŒU.H.
Oh ! spectacle effrayant !
Mon Dieu pardonnez-leur à tous deuxl...
A 1 officier.
Faites grâce !
l'officier, La terre ne doit pas de lui garder de trace.
L officier lâche le renégat qui se relève un peu et dit en râlant.
LE HEXEGAT 3o
LE RKXÉGA.T.
Monde entier sois maudit !
Il tombe. — On entend les clairons qui sonnent. — L'officier se relève, va à la fenêtre et y agite le drapeau. L'OFFICIER.
Vive la France! à moi !
Ils l'ont vu ! parmi tous, quel bonheur! quel émoi !
LA SŒUR
Elle est à genoux sur le devant de la scène.
Seigneur Dieutout-puissant !oh ! Dieupleinde clémence. Pardonne à l'assassin des fils de notre France.
On entend battre aux champs.
l'officier.
Dans mes veines, je sens courir un san'g brûlant, Mon pauvre cœur heureux bat la charge, et chantant. L'hallali de victoire auprès de moi résonne. Je suis victorieux !... le clairon français sonne!... Ah! l'on peut maintenant entr'ouvrir mon tombeau.
LA SŒUR, se relevant.
Et qui donc soutiendrait en vainqueur ce drapeau?
Vivez pour le tenir brillant dans la victoire.
Et qu'il porte avec vous ou la paix, ou la gloire !...
Rideau.
Iiiipnmspie gcoirale de CUàtiUon-sur-Se.ne. — A. Pichaï.
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