CHAPITRE VIII
Les résultats
Jusqu’ici nous avons constaté l’existence du mouvement catholique, nous en avons examiné les caractères, recherché les causes. Pour terminer notre tâche, il ne reste plus qu’à considérer les manifestations et les résultats.
Les jeunes gens d’aujourd’hui ne sont pas les néo-chrétiens d’il y a une vingtaine d’années, mais, dans des temps nouveaux, des chrétiens de marque antique, successeurs directs et frères intimes de ceux auxquels le Christ disait : « Croyez en moi », et (( Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il se renonce à lui-même, qu’il porte sa croix et qu’P me suive. »
Ils ont la foi totale au Christ et à son Eglise. Ils ont l’invincible espérance. Aux heures les plus sombres, chacun d’eux est prêt à redire, comme ce noble Augustin Cochin dont les petit-fils tombaient si glorieusement naguère sur le champ de bataille : (( Je suis et serai toujours du parti de l’espérance. » Ils ont la charité pour Dieu, pour le prochain, pour la patrie; et ce qu’on a nommé « le miracle français », est surtout leur œuvre.
LES JEUNES AVANT LA GUERRE 3l9
Groupés en un cortège mystique, ils marchent joyeux et forts dans les sentiers évangéliques. De tout leur esprit, de tout leur cœur, ils croient; et, suivant leur foi, iis parlent, ils écrivent, ils agissent.
Lorsqu’ils sont entre eux, dans les colloques intimes de la camaraderie et de l’amitié, dans les réunions fraternelles des cercles d’études, les jeunes catholiques parlent de leur religion, afin de mieux la connaître, de mieux l’aimer et de mieux la servir. Il en est, qui sentant au dedans d’eux la flamme ardente de l’amour, et désireux de la communiquer, s’adonnent à l’apostolat, groupent des auditeurs et sèment, dans les esprits attentifs ou troublés, la semence qui lèvera en temps opportun. Rien de plus divers que les auditoires auxquels ils s’adressent. Dans certains quartiers de Paris, à Plaisance, notamment, une école de conférenciers s’est formée, qui envoyait de jeunes étudiants ou de simples ouvriers faire des causeries dans les cafés et restaurants. Comme dans la parabole de l’Evangile, toutes les terres sont ensemencées et celles qui sont pierreuses, et celles que foulent les passants et celles qui sont recouvertes par les épines et, enfin, la bonne terre. Mais il arrive que si la semence ne lève que dans la bonne terre, elle a le privilège de transformer et d’améliorer la terre qui était d’abord mauvaise.
Ut pictura poesis, disait Horace. Ici, c’est la littérature qui marche de pair avec la parole. Certes, d’autres temps comptèrent des écrivains plus illustres, mais y en eut-il jamais qui -en virent surgir un plus grand nombre. Toujours « les renouveaux
de littérature religieuse ont été l’indice d’une renaissance chrétienne. » D’ailleurs, u ces deux germinations de littérature et de sainteté partent du même tronc, et parfois leurs flèurs se confondent. » (Henri Brémond, La littérature religieuse d'auanthier et d’aujourd’hui^ p. 6.)
Sur tous les points de la pensée, une vive germination s’est produite. Derrière les grands écrivains qui annoncèrent le renouveau, se dresse la génération des jeunes comme « les ruisseaux de la vallée suivent les neiges qui sont tombées sur 1 es sommets ». Cette génération a elle aussi, ses sommets, un Claudel, un Péguy, par exemple. Avec elle, on se sent en terrain franchement catholique, et elle ne veut pas que l’on écrive comme si Notre-Seigneur Jésus-Christ n’était pas venu sur la terre et comme s’il n’avait pas laissé après lui l’Eglise avec tous ses ihinistères.
Pour montrer le chemin parcouru depuis quelques années et afin de mieux mettre en opposition l’attitude de la pensée française dans le monde cultivé, vis-à-vis de l’Eglise, hier et aujourd’hui, on s’est plu souvent à rapprocher deux discours académiques. Le premier de ces discours fut prononcé en 1882, par Renan, à la réception de Victor Cherbuliez, le second par René Bazin, proclamant en i9i3 les « Prix de vertu ».
Renan louait, chez Victor Cherbuliez, (v cette heure excellente du développement psychologique où l’on garde encore la sève morale de la vieille croyance, sans en porter les chaînes scientifiques. A notre insu, c’est souvent à ces formules rebutées que nous devons les restes de notre vertu. Nous vi-
vons d’une ombre, Monsieur, du parfum d’un vase vide; après nous, on vivra de l’ombre d’une ombre. Je crains par moments que ce soit un peu léger. ))
A trente ans de là, sous la même coupole, M. René Bazin célébrait ainsi les âmes héroïques à qui on décernait les prix de vertu :
(( Ges âmes sont annonciatrices. Elles indiquent le sens de l’éducation qu’il faut donner à un pays. Où elles ont puisé, là est la source de la vie, de la grandeur, de la paix véritable, l’intérieure, celle des esprits et des cœurs, infiniment supérieure à l’autre.
« Ges âmes sont différentes et une cependant. Qu’elles le veuillent ou non, qu’elles le sachent ou l’ignorent, toutes elles ont cessé d’appartenir au monde antique, elles ont respiré l’atmosphère de ce pays sanctifié, elles ont subi l’influence du baptême de la France. A travers chacune d’elles, je vois transparaître une image, nette ou effacée, toujours reconnaissable, celle du Maître qui apporta à la terre la charité, de l’Ami des pauvres, du Gonsolateur des souffrants, de Gelui qui a passé en faisant le bien, et qu’avec des millions de vivants et des milliards de morts, j’ai la joie de nommer : Notre-Seigneur Jésus-Ghrist. w
Les comptes rendus de 1882 parlent des sourires par lesquels furent accueillies les paroles de Renan, ceux de i9i3 notent les applaudissements nourris et prolongés qui saluèrent la finale de M. Bazin. Entre les deux orateurs, quelques années seulement ont passé; cependant tout un monde nouveau a surgi. Du scientisme qui condamnait le catholicisme, du dilettantisme qui se raillait de l’Eglise, on est venu, au moins dans la portion in-
ieiligente et distinguée de la société française, soit au respect, soit à Tamour du catholicisme.
Parce que pleins de foi, ces écrits sont aussi pleins de vie, ils portent à l’action.
(( Vie d’abord ». Certes. Mais de quelle vie s’agitil? Et qu’est-ce que la vie, sans but et sans principes directeurs? Nos jeunes écrivains établissent très bien de quelle vie il s’agit; ils montrent clairement le but à poursuivre; ils en signalent les difficultés; ils projettent la clarté; ils indiquent encore les moyens pour l’atteindre. Car pourquoi écrire sinon pour indiquer le terme de la vie, sinon pour montrer Dieu appelant l’homme et l’aidant à venir à lui, malgré les obstacles qui prétendent décourager la marche? C’est pourquoi leurs œuvres sont avant tout une transcription de l’Evangile, surtout de la page évangélique où est écrite l’invitation du Sauveur : (( Viens et suis-moi. »
(( Les poèmes de Péguy, tout comme ceux de Claudel, ne se rangent dans aucun genre classé... Et cependant ces poèmes ne font que renouveler des genres très anciens : le drame sacré de la Grèce, les mystères du moyen âge, l’épopée d’Homère. C’est le divin qui revient se mêler à la trame de l’histoire humaine, qui l’inspire, la modifie, la dirige et la consomme. Traduire en langage humain ce mélange, ce fut toujours dans l’histoire la mission de l’épopée. C’est pourquoi l’épopée ne peut trouver ses poètes que parmi les âmes croyantes et un public que dans les âges de foi.
« Un Homère, un Dante, un Milton, écrivent de véritables épopées parce qu’ils sont des croyants; un Vir-
gile, un Voltaire, un Klopstock n’écrivent que des poèmes où se pose leur fantaisie. Quelques-uns chargés de
pensée et de poésie, je le veux bien, mais où au lieu de la vérité vivante, on sent la fiction et le convenu. Tandis qu’un Dante exprime le fond même de son âme et de sa foi. Et Tien ne peut être plus intéressant que la vie de l’âme chrétienne. La vie chrétienne étant un perpétuel combat, le chrétien vit toujours dramatiquement, dangereusement, quelle que soit sa vertu. Toutes les puissances du bien que contient le monde, combattent avec lui, pour lui; toutes les puissances du mal combattent en lui, contre lui. Et ainsi le drame qui se joue en lui, c’est le drame même du monde, la lutte universelle des ténèbres contre la lumière et du mal contre le bien.
(( L’histoire de la plus faible des âmes est l’histoire même de l’univers et toute la signification du monde y est enfermée. Chaque être humain a sa façon à lui d’être en relation avec toutes les puissances morales du monde. Chaque histoire individuelle revêt une forme épique. Les perspectives littéraires se trouvent ainsi infiniment agrandies. Ce ne sont plus les questions mesquines de savoir si le jeune premier épousera la jeune première ou bien si un homme possédera une femme, mais c’est la question de savoir si la passion triomphera, ou sera vaincue, si le mal l’emportera ou ne l’emportera pas sur le bien, si l’homme avec toutes les infinies complexités qu’il porte en soi acceptera ou rejettera le règne de Dieu.
(( On voit ici l’incomparable supériorité de l’épopée chrétienne vis-à-vis de celle d’Homère. C’est toujours le divin manifesté dans l’histoire; seulement, tandis que dans Homère les dieux ne sont guère que des hommes plus grands, plus puissants, plus forts que les autres parce qu’ils sont animés des mêmes passions, chez Claudel et chez Péguy, comme chez Baumann et les jeunes écrivains de V Amitié de France, le Dieu reste vraiment Dieu, il est incomparable à l’homme, il n’éprouve
de chaque sentiment humain que ce qui peut contribuer à sa perfection, manifester sa grandeur, sa puissance ou sa bonté. Les dieux d’Homère n’interviennenl que par le dehors : ils combattent à côté des héros qu’ils protègent; ils les enlèvent, les endorment ou les couvrent d’un nuage pour les dérober aux coups de leurs agresseurs; ils prennent la figure de leurs compagnons, ils les trompent pour les sauver; le Dieu invisible de Péguy, de Claudel, de Jammes et de Baumann agit par sa grâce au dedans de l’âme, il éteint en eux les feux de la colère, il la dérobe ainsi à la tentation, c’est une âme pure ou un prêtre qui parle pour lui, il montre la hauteur qu’il sera glorieux de gravir. Il n’a recours à aucun subterfuge pour se faire entendre. Ainsi extérieurement par l’Eglise, intérieurement par la grâce, l’action divine se mêle à l’action humaine et nous retrouvons le sens profond, le sens divin de l’histoire, de toute l’histoire, même de celle de la plus humble des vies. » Fonsegrive, De Taine a Péguy, 5. L'arrivée.)
A jouer ce rôle utile, bienfaisant, la littérature ne perd rien de son charme ou de sa force, s’éloignant du romantisme où l’activité de l’esprit se réduit au profit du sentiment et de l’instinct.
({ Temps rempli de promesses que celui où nous voyons paraître de tels écrivains et éclore de telles œuvres. Hier c’était le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, de Péguy; c’était V Annonce faite à Marie ^ de Claudel; les Carmina Sacra de Le Cardonnel; aujourd’hui, ce sont les Géorgiques chrétiennes (de Francis Jammes). On ne saurait trop accorder d’attention à ces manifestations lyriques; elles présagent un retour presque unanime de la haute littérature à l’inspiration chrétienne : phénomène d’une portée apologétique incalculable, nous ne cesserons de le répéter, car ce sont
les grands courants poétiques qui déterminent la façon de sentir d'une époque. Le romantisme, le naturalisme et le symbolisme entraînèrent l’imagination et la sensibilité en dehors de l’ordre catholique. La Providence semble nous prescrire la haute et enivrante tâche de ramener les cœurs desséchés et les imaginations épuisées à l’éternelle source de beauté; l’art altéré réclame impérieusement une nouvelle effusion du sang divin. A ce prix seulement, on peut espérer une renaissance des lettres et des arts. » (i)
En même temps que le Christianîsmé reprenait pour ainsi dire possession de la littérature, on voyait diminuer les partisans de la prétendue antinomie entre la science et la foi.
En théorie, ils demeurent bien peu nombreux ceux qui prétendent que le même homme ne peut être un savant et un croyant. En pratique, on rencontre beaucoup de savants qui croient, qui ne sont nullement gêjiés par leur foi dans la liberté de leurs recherches et dont les études et les travaux ne contredisent en aucune façon les croyances.
N'a-t-on pas vu, à l'Ecole Normale, dans les années qui précédèrent la guerre, le nombre des chrétiens du groupe scientifique plus considérable que celui des chrétiens du groupe littéraire Les préjugés scientistes sont tombés ou, du moins, « l'analyse des méthodes et des découvertes scientifiques, les travaux d'un Duhem, d'un Henri Poincaré, d'un Tannery, d'un Maxwel (ont établi) que les théories et les hypothèses des savants, d'une part sont provisoires et caduques, d'autre part sont ex-
(1) Robert Vallery-Radot, Les Géorgiqiies chrétiennes, Revue (tes Jeunes, 25 août 1912.
clusivement des moyens de travail scientifiques. » (Revue des Jeunes, René Salomé, Du dilettantisme à Vaction.)
Dans la même Revue des Jeûnes (25 mai i9i2) on lit cette page de M. Soury, ancien élève de TEcole Normale Supérieure, aujourd’hui préparateur agrégé de physique au collège de France :
(( Pendant longtemps, on a cru que la science pourrait nous donner une explication du monde, nous fournir une morale.... (Aujourd’hui, la plupart) savent que la science n’épuise pas, n’épuisera jamais le fond des choses. (( Faîte par nous, elle sera toujours à notre mesure. » Elle ne peut nous fournir aucun renseignement sur l’absolu. Elle étudie les rapports entre les phénomènes, cherche à connaître les lois qui les relient; par cela même, elle permet de prévoir au moins d^ns les cas simples les conséquences d’une action. Elle nous est donc utile. Mais la science ne nous indique pas si tous nos actes sont commandés par une règle immuable. On a espéré qu’il serait possible de reconstruire le monde par une suite de raisonnements à partir d’un principe général une fois admis. Ceci suppose la croyance métaphysique à l’unité de la nature. L’état actuel de nos connaissances ne nous permet pas d’affirmer que nous y arriverons plus tard... La science ne peut nous dire où nous allons, ce qu’il adviendra du monde, dans quel sens se développera la société humaine... Si donc il y a une tendance chez les jeunes physiciens, c’est de ne pas chercher dans la science une réponse au problème de la destinée humaine. La méthode rationnelle ne peut suffire à tout. Dans l’ensemble, nous ne serons donc ni religieux, ni areligieux. Et ce n’est pas à cause de leurs études physiques que les uns ont abandonné et les autres conservé les idées religieuses qu’ils tenaient de leur éducation première.
(( La science ne nous sera-t-elle donc d’aucun secours dans l’existence? Ne nous apportera-t-elle que des soulagements à notre situation matérielle ou même des • sensations sthétîques ? Ce n’est pas le sentiment de la majorité de mes camarades. En dédaignant des situations plus brillantes pour se consacrer à la recherche scientifique, ils ont montré qu’ils espéraient y trouver des satisfactions profondes. Par là, ils sont idéalistes, et beaucoup pensent, je crois, que l’homme a besoin pour sa vie morale, de quelque croyance jnétaphysîque...
Encore dans la Revue, des Jevùnes :
a Un grand nombre de mes camarades se contentent d’un relativisme suffisant à l’élaboration de la science qui les absorbe. Mais parmi ceux que tourmente ce qui dépasse l’homme, la plupart préfèrent le Credo ut intellîgam qu’ont accepté les plus grands esprits, au plongeon dans l’eau, dans l’inconsistant, à la suite de philosophes nouveaux, « pour voir si l’on saura nager )), et l’on peut dire que presque tous, confiants dans la valeur des connaissances que la raison fournît de tout ce qui nous entoure, dressés par les méthodes scientifiques, au logique par le laboratoire à la soumission aux résultats de leur observation, tendent naturellement vers ce qui est ordre et raison. (M. Philippe d’Elbée, ingénieur-chimiste.)
L’art, lui aussi, a bénéficié du renouveau catholique. On sait depuis longtemps l’horizon immense que la religion du Christ a ouvert sous les yeüx de l’artiste et les richesses des inspirations que donnent l’Incarnation, la Rédemption, le ciel, l’Eglise, avec ses enseignements et ses institutions, les saints personnages du Catholicisme : le Christ, la Vierge, les Anges et les Saints. Pensons à la magnifique floraison du moyen âge dans les arts plastiques.
Au lieu de diminuer Tart, la foi le grandit, donne' une vision des êtres qui surpasse infiniment celle de Imcroyant. N’est-ce pas l’action de la grâce de parfaire la nature, de renforcer le pouvoir de pénétration que possède l’intelligence et d’accroître l’amplitude des objets sur lesquels travaille l’intelligence? Ce que dit M. F. Strowski, professeur en Sorbonne, de la littérature, peut également se dire de l’art : a A mesure que j’entre davantage dans la familiarité de nos chefs-d’œuvre, de ceux d’aujourd’hui comme de ceux d’hier, de ceux où le génie français se manifeste avec le plus d’ingénuité, de force et de beauté, — partout à côté des grandes idées de fraternité, de liberté, de dignité humaine, l’inspiration que j’y discerne remonte à l’Evangile; la raison que j’y écoute est la sœur de la raison catholique. »
Au lieu que le paganisme limitait ses effets aux horizons terrestres, le christianisme introduit l’artiste dans l’infini même de Dieu. Non seulement il développe et cherche à satisfaire dans l’homme la faculté de sentir et de goûter le beau, mais il fait d’après les principes les plus sûrs l’éducation même de cette faculté. Ici encore, il n’y a pas antinomie entre l’autorité et l’enthousiasme, entre l’ordre et le lyrisme, entre l’obéissance et l’inspiration. Que sont les œuvres dies grands mystiques, sinon le triomphe de l’amour ordonné, la fusion du lyrisme et de la règle?
Cependant, si la religion laisse une grande liberté à l’artiste, il n’en est pas moins vrai qu’elle lui impose des sacrifices. Le sacrifice est de l’essence de toute vie chrétienne; il a sa place marquée dans la
vie artistique comme partout. Mais ne sait-on pas que Tarbre, après avoir perdu de ses branches sous le fer du jardinier porte plus de fruits et des fruits plus savoureux Ne sait-on pas le mot de V Imitation : L’amour ne va pas sans sacrifice. Comme l’amour, l’art vit de sacrifices. Il en vit vraiment, c’est-à-dire que par le sacrifice l’art subsiste et progresse, car par lui, l’homme se rapproche de Dieu.
Il était temps que les catholiques tinssent compte de ce grand hommage à Dieu que doit être l’art; il était temps qu’on fît rentrer le Christ dans l’art, comme on doit chercher à le faire rentrer partout. Omnîa et in omnibuiS Christus. Ce mot de saint Paul doit régler toute l’activité chrétienne. (Cf. La Vie catholique dans la Frauçie contemporaine , Bloud i9i8, et Vallery-Radot, Le Réveil de VEsprit.)
Des sociétés se sont fondées pour promouvoir un art catholique; les sociétés déjà existantes se sont ranimées. Il y a la Société des amis de Vart liturgique; présidée par Mgr Batiffol, la Société Saint- Jean, la Société Saint-Luc, les Amîs des dathédrales...
L’art s’étend très loin. Architecture, ferronnerie, céramique, verrerie... autant de professions dans lesquelles l’art et le métier se rencontrent. La formation professionnelle des artisans de ces milieux est le but des Ecoles Saint-Luc.
Comme bien on pense, les terribles destructions de l’heure actuelle réservent un travail immense à ces diverses sociétés. « Pour l’instant, disait M. Henry Cochin, président de la Société Saint- Jean, l’effort de notre Société se consacre tout en-
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tier à la réparation des ruines que la barbarie laisse derrière elle dans notre pays, à la restauration la plus rapide du culte dans nos églises détruites ou blessées et, en même temps, à la défense dans la mesure du possible de la beauté liturgique. »
On a beaucoup parlé, en ces derniers temps, du théâtre chrétien : Ton a vu s’élever un théâtre chrétien. Question importante! On se rappelle la lettre de Bossuet au P. Caffaro, où sont reproduits les arguments traditionnels contre le théâtre. Et, au même siècle, Boileau ne croyait pas au théâtre chrétien. Toujours le théâtre offrira des dangers, ainsi que Ta reconnu Alexandre Dumas lui-même.
Mais puisque Ton ne détournera pas le monde du théâtre, n’est-il pas bon de chercher à moraliser le théâtre et d’avoir un théâtre chrétien?
Plusieurs écrivains catholiques de notre époque ont solutionné la question en faisant des pièces de théâtre. C’est, en particulier, Claudel, Jammes, Bochard. Un expert du théâtre, un académicien, M. Alfred Capus, dans une conférence sur le théâtre de demain, a montré l’art dramatique s’exerçant (( demain dans ce qu’il y a de plus noble, de plus délicat et de plus souriant. »
Ainsi a voulu faire, sans attendre demain, Francis Jammes dans la Brebis égarée^ représentée à l’Œuvre le 9 avril i9i3. La pièce se termine par ces vers ;
Voilà ce qu’il faut redire, >
Malgré l’insulte et le rire. V/
Vous ne serez pas heureux ' ' ,
Si vous vivez loin do Dion.
Trop longtemps on a eu peur De nommer Notre-Seigneur.
Je le sortirai de l’ombre,
Même seul devant le nombre,
. Car il est toujours vivant.
Et il vous parle à présent.
Rendant compte du Partage de midi, de Paul Claudel, M. François Mauriac écrivait : « Et nous nous en allons de ce drame avec le désir de faire triompher en nous, sur toutes les puissances d’icibas, l’Esprit de Dieu. »
Faire triompher l’Esprit de Dieu et, pour cela, suivre l’Esprit de Dieu, c’est bien ce que le chrétien doit se proposer en tout ici-bas.
Ce serait le moment de parler du mouvement catholique qui s’est produit dans les grandes Ecoles (Polytechnique, Normale, Saint-Cyr, Navale, les Mines, Centrale...) avant la guerre, mais la matière est si belle et si vaste qu’elle mérite tout un volume qui viendra en son temps.
Même en dehors de ces milieux choisis, les manifestations religieuses sont si abondantes qu’il est difficile de les rappeler toutes.
J’ai déjà indiqué que le renouveau n’existe pas seulement dans les milieux intellectuels, mais comment ne pas mentionner encore les 5o.ooo cheminots catholiques, répartis en 240 groupes et disséminés sur tous les réseaux des chemins de fer français.
Quelque point de notre pays que l’on considère, on peut redire — avec combien plus de raison — ce que le philosophe Ollé-Laprune disait déjà en i899 : (( Le monde a paru se lasser du Christ, et il n semblé (jiio le Christ se retirât ou qu’il fût
vaincu. Mais... une rumeur court : la pensée moderne retourne au Christ, et le Christ va reprendre l’empire. Plusieurs travaillent à hâter le moment, et Ton se dit que le jour où sera consommée cette restauration, rintelligence troublée recouvrera la lumière et la paix (i). »
(1) Le vaste sujet des résultats du « Renouveau catholique » n’est qu’amorcé dans ce chapitre. Il sera traité ultérieurement d’une façon plus complète.
TABLE DES MATIERES