CHAPITRE IV
CONSTATATION d’uN RENOUVEAU
Depuis cette solennelle Pentecôte qui, au cénacle de Jérusalem, créa, ou plutôt anima l’Eglise préparée à la vie par le Christ, bien des Pentecôtes ont eu lieu sur divers points du monde. Pentecôtes partielles qui venaient compléter la Pentecôte unique, soit en établissant de nouveaux centres de chrétienté, soit en ranimant dans les âmes la flamme mystique apportée à la terre par l’Esprit. D’âge en âge, l’Esprit souffle. Il souffle où il veut, quand il veut, dans la mesure où il le veut. Tantôt sur un homme et tantôt sur un peuple. Tantôt en passant et tantôt de façon continue. Tantôt il change une disposition et tantôt il change l’ensemble. Tantôt l’action de -son passage demeure cachée, tantôt elle éclate aux yeux.
A Jérusalem, la descente de l’Esprit fut manifeste pour tous ceux qui habitaient la ville : Juifs qui n’avaient pas quitté leur patrie ou Juifs de la dispersion, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Car, disent les Actes, « il vint tout à coup du ciel un bruit comme celui d’un vent qui
souffle avec force, et il remplit toute la maison où les disciples étaient réunis. Et ils virent paraître comme des langues de feu, qui se pariagêrent et se pbsèrent sur chacun d'eux. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils se mirent à parler diverses langues, .selon que EEsprit-Saint leur donnait de s'exprimer. Or, il y avait à Jérusalem des Juifs de tout pays... Au bruit qui se lit entendre, et à la nouvelle d'un tel prodige, ils accoururent en foule, et ils étaient tout hors d'eux-mêmes. Surpris et étonnés, ils disaient : a Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens.^ Comment se fait-il que chacun de nous les entende parler la langue de son pays.^ » (Actes n, 7-8.)
Voilà réunis en organisme vivant les éléments que le Christ avait préparés. Voilà les disciples apeurés et muets de la veille, transformés en héros et en apôtres. Ils savent et prêchent les mystères de Dieu. Ils confèrent les sacrements de la loi nouvelle. Ils annoncent Jésus crucifié et ressuscité, et font des miracles en son nom. En deux jours, Jérusalem voit huit mille conversions et huit mille baptêmes. L'Eglise* vit... pour ne jamais mourir. En effet, l’Esprit immortel l’anime.
Mais, si l’Esprit immortel est pour toujours au sein de l’Eglise, celle-ci peut, à un moment ou à l’autre de la durée, sur un point ou sur un autre de l’espace, subir des assauts et des luttes, provenant soit de la faiblesse de ses fils, soit de la malice de ses adversaires.
Ainsi en allait-il vers les années i9oo. Devant les dangers qui menaçaient l’Eglise de France, Dieu regarda-t-il le passé ou l’avenir du peuple par le-
quel il accomplit souvent ses gestes? En tout cas, l’Esprit du Seigneur souffla* au-dessus de maints cénacles qui s’élevaient en .notre pays. Il y eut des clartés, des paroles de force et de beauté, des actes surprenants. Tout ceci se faisait surtout parmi les jeunes.
Alors, comme jadis dans les rues de Jérusalem, il y eut de grands étonnements dans les différentes cités de France. On s’assemblait et on se communiquait ses impressions. « Comment, ces jeunes gens qui parlent ne sont-ils pas tous Français? Ne parlaient-ils pas tous comme nous naguère? N’avaient-ils pas les mêmes jugements? N’étaient-ils pas des sceptiques ou des penseurs? D’où vient chez les uns ce changement et, chez les autres, cette' audace?
Et l’on fit des enquêtes.
Des faits étaient là. Impossible de les nier. Mais quelles en étaient les causes, l’étendue, la profondeur et, tout d’abord, la nature? Cela, on voulait, on pouvait le savoir. D’où des enquêtes nombreuses et diverses.
J’en rappellerai quelques-unes : celle de l’Opinion, celle de la Revue Hebdomadaire, celle de la Reviie des Jeunes, celles de la Revue des Fiiançaîs, du Temps (i), du Gaulois, de la VUe Nouvelle...
De toutes ces enquêtes, aucune n’eut plus de retentissement que celle de l’Opimon. Faut-il 1 attribuer au titre même du journal? Non, mais plutôt au talent de l’enquêteur ou, mieux, des enquêteurs. Car Agathon, ce beau nom grec, recouvre
(1) L’enquête du Temps, dirigée par M. Em. Henriot, a paru en .volume sous ce titre : A quoi rêvent les jeunes gens.
les noms très irançais de deux jeunes écrivains : MM. Henri Massis et Alfred de Tardes. A ce moment, ni Tun ni Taulre n’étaient croyants. Depuis, le premier a donné son adhésion totale au catholicisme; le second est demeuré incroyant.
Agathon interrogea une centaine de jeunes gejjs qui, jour par jour, apportèrent leurs réponses dans les colonnes de VOpînvon. Il parut très vite com bien ces documents excitaient la curiosité du public. Vraiment, V Opinion intéressait l’opinion. Beaucoup exprimèrent le désir de trouver réunis dans un seul volume tous les documents épars dans les numéros d’un journal. Agathon publia les Jeunés gens d'aujourd’hui. Il s’exprime ainsi dans l’Introduction :
Il y a quelque chose de nouveau dans la jeunesse^ tel est le sentiment unanime.
Peut-on parler cependant d'une a nouvelle génération ? » Une génération, cela suppose une communauté de traits, une liaison, une secrète entente, un ensemble « où chacun se meut d'un effort solidaire ». Est-il vrai et dans quelle mesure que nos jeunes gens se rallient à des tendances communes, à un idéal différent de leurs prédécesseurs, qu’une même pensée interne, sinon une même doctrine, façonne leurs âmes, qu’un même espoir enfin les soulève.^ C’est l’objet de cette enquête...
Mais d’abord, qu’entendons-nous par la jeunesse? Nous avons fait porter notre recherche sur des garçons de dix-huit à vingt-cinq ans. C’est à la sortie du collège, dans les grandes écoles, avant l’emprise d’une carrière, que se façonne notre visage moral et que se choisissent ces directions intellectuelles à quoi nous demeurons fidèles toute la vie...
Il ne s’agit que de la jeunesse cultivée... Et pour être franc, il s’agit de la jeunesse d’élite. Peut-être une enquête plus étendue, sollicitant tous les jeunes Français, ceux des ateliers, des faubourgs et des champs, comme ceux qui sortent des collèges, eût-elle donné des résultats différents. Mais la majorité numérique en l’occurrence n’offre qu’une signification secondaire, trompeuse même... C’est l’avenir qui nous importe ici. Son secret, il ne faut pas le demander à la multitude, mais à l’élite novatrice, levain dans la masse in-^ forme. Ce sont les croyances des intellectuels qui, à de longues années de distance, orientent l’esprit public, et par lui la politique, la morale, les arts. Voilà pourquoi il convenait, selon nous, d’interroger parmi la jeunesse, celle qui vraisemblablement dans la politique, l’armée, les lettres, l’industrie, l’administration, dirigera les destinées du pays.
Après cette déclaration, Agathon traça, en autant de chapitres, les différentes lignes qui roinpo sent le caractère de la génération nouvelle Pour faire son tableau, tantôt il procède par simples citations, tantôt il analyse et emploie à fjire sa construction les matériaux qui lui ont été apportés. De tous les témoignages qu'il a reçus, de toutes les observations qu'il a pu faire lui-même, il dégage au vif et met en relief la physionomie des jeunes. Il y trouve ces traits révélateurs : goût de l'action, foi patriotique, netteté des mœurs, renaissance catholique, réalisme politique.
« D’après les enquêtes, d’après les renseignements qui sont venus spontanément à lui, écrit M. Faguet, l’auteur attribue à la jeunesse actuelle cinq vertus cardinales : le goût de l’action.... la foi religieuse et par-
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ticulièrement catholique, le retour au goût classique, la chasteté,, le patriotisme. )>
Uiie contre-enquête suit renquête et marque la conscience délicate de l’auteur, son désir de donner exactement la réalité des choses. Cette fois, Agathon s’y prend ainsi. Il interroge diverses sortes de témoins parmi ceux qui comptent et qui sont à même d’apporter quelque chose de neuf : les premiers sont de tout jeunes hommes, désignés par leurs compagnons d’études, comme étant les mieux qualifiés pour traduire les sentiments et les idées de l’ensemble; les seconds, âgés de vingt à trente ans, sont choisis parmi les plus représentatifs de la pensée nouvelle dans les différents milieux religieux, politiques, littéraires; les troisièmes sont des aînés, hommes de trente-cinq à quarante ans qui eurent pour rôle de déblayer la route devant les pas de nos jeunes; les quatrièmes ne sont autres que MM. Barrés et Bergson.
(( Or, qu’ont dit ces témoins, parlant plutôt au nom de collectivités qu’en leur nom propre Ceci : « Unanimement, affirme Agathon, la réalité et l’ordre de nos observations sont approuvés. Tous accordent que ce sont bien là (les quatre traits mentionnés plus haut) les sentiments généreux, les préoccupations essentielles de la jeunesse d’aujourd’hui. Alors même qu’ils critiquent, nos correspondants acceptent les principes fondamentaux de l’enquête et les prennent pour commun dénoniinateur (i). »
Abordant le chapitre IV qui nous intéresse direc-
(1) Agathon, Les jeunes cens d’aujourd’hui, Témoignages.
tement dans la présente étude : Une renaissance catholique^ iVgathon observe que cette renaissance porte la bonne marque, qu’elle s’est surtout produite au sein de l’élite cultivée, qu’elle a repoussé le positivisme et les autres systèmes d’erreur, qu’elle est revenue à la métaphysique, et à une métaphysique amie de l’action :
(( Culte du caractère, de la personnalité, goût de la discipline morale, ce sont là des tendances très fortes parmi la jeunesse nouvelle. Cette disposition qui incline à préférer les qualités humaines, les réalités du sentiment et de Taction aux idées abstraites et aux systèmes, devait conduire ces jeunes gens plus avant, les ramener à la source profonde de l’activité, à la vie religieuse.
Dissipons tout de suite une confusion possible. Il ne s’agit pas ici d’une religiosité vague, sans point d’appui et sans cadre, comme celle qui fut à la mode parmi les lettrés vers 1890, manière d’idéalisme mystique et tendre à l’usage des incroyants. C^est dans la forme traditionnelle et franche du catholicisrqe que s’affirme la sensibilité religieuse des nouveaux venus... »
Qu’on n’accepte pas toutefois, sans aucun inventaire, le catholicisme, tel qu’il nous est présenté par tous les correspondants d’Agathon. Il y a bien quelques (( infiltrations ». Des ouvrages, condamnés par Rome, sont tenus en trop haute estime, et tous les philosophes cités avec éloge ne méritent pas créance.
A son tour, la Revuie Hebdomadaire procède à une enquête. Elle aussi s’adresse à la jeunesse et veut savoir l’habituelle direction de ses idées et de
ses désirs. Chaque huit jours, les réponses viennent des points les plus divers : clergé, métier militaire, barreau, agriculture, commerce, beauxarts, affaires, littérature... Tous les jeunes de France défilent pour ainsi dire, en long et sympathique cortège, devant les lecteurs et fournissent de précieuses indications sur Fétat d’âme de la génération montante et sur les espérances qu’elle projette sur notre horizon. Finalement, Emile Faguet est chargé de résumer cette enquête. Il remplit allègrement son (( office de rapporteur général de l’esprit public ». Il conclut que la jeunesse actuelle est énergique, sainement passionnée, curieuse,, chercheuse, inventeuse et éprise d’action; qu’elle va de l’avant sans étourderie ni témérité, mais avec un très bel élan d’espérance et de foi; qu’elle ne dissimule ni les dangers qui nous menacent, ni les défauts nationaux ces autres dangers, ni la grandeur de la tâche qu’elle a devant elle ou plutôt à laquelle elle a déjà mis la main; mais qu’elle n’est qu’excitée par ces dangers et ces difficultés et que, sans les chercher avec un dilettantisme puéril, elle accepte de tout son cœur de « vivre dangereusement (i) ». L’assurance est consolante, venant d’un âge dont on a dit : laudator temporis acti.
Il faut applaudir à tous les détails de ce tableau. Mais comment ne pas s’arrêter avec complaisance sur ces renseignements qui iiftéressent de façon directe la question en étude dans ces pages :
(1) La Revl'e hebdomadaire, 20 juillet 1912. L’Enquête sur la Jeunesse^ ^par Emile Faguet, p. 304-305.
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« Dans le monde du clergé, on est, comme Ton fut toujours, mais on est particulièrement en ce momentci, à cause du sursum qu'a produit la séparation, ardent à la foi et ardent aux œuvres. On veut instruire le peuple en sa religion et en la morale que cette religion contient; mais aussi on veut plus que jamais créer des œuvres d’éducation générale, patronages, colonies de vacances, etc., et des œuvres de charité, c’est-àdire, pour parler le langage politique, des œuvres de fraternité sociale... (i) »
Et nous avons là quelques-unes des semences d’où lève la moisson religieuse qui se fait parmi les jeunes âmes.
Stimulée par les succès de i9i2, la Revu^ Hebdomadaire ouvre une nouvelle enquête en i9i4. Sous une autre forme et faisant appel à d’autres témoins, « à ceux qui ont l’expérience », la nouvelle enquête rejoint la première, au moins sur un point. Ne débute-t-elle pas par cette question : a Comment envisagez-vous la France d’aujourd’hui et celle qui vous est apparue au début de votre jeunesse » Dans la réponse du bâtonnier Léon Devin, la première en date, on trouve une information qui se rencontrera souvent dans les suivantes :
« Si la religion est combattue, elle résiste, et sans se contenter des promesses d’éternité qu’elle a reçues, aide le ciel auquel elle se confie. La séparation de l’Eglise et de l’Etat a réveillé bien des assoupissements. Une vitalité nouvelle se développe dans la liberté et, malgré des répugnances qui ne pourront durer toujours, on peut entrevoir un concordat réparateur, ce-
(1) Loc. cit. p. 291.
lui qu’on a appelé, par avance, du nom bien choisi de concordat de la séparation (i). »
Continuons la série des enquêtes. Agathon s'est adressé aux jeunes de dix-huit à vingt-cinq ans, mais avec des limites très circonscrites. Il n'entendra que ceux qui fréquentent les Lycées et les Universités. La raison : c'est .cette jeunesse qui {( vraisemblablement dans la politique, l’armée, les lettres, l'industrie, l'administration, dirigera les destinées du pays ». C'est faire la belle part des intellectuels. Cependant peut-être ne faudrait-il pas, en démocratie, oublier le rôle du suffrage universel.
Quant à la Revue Hebdomadaire, pour renseigner les lecteurs sur l’état d’esprit de la nouvelle génération, elle s'adresse par l'organe de son directeur, M. F. Laudet, à « la jeunesse qui se trouve aux environs de vingt-cinq ans et qui, ses études terminées, se trouve au seuil des carrières et commence à s'appliquer à la vie ». Ce sont les jeunes gens les plus qualifiés dans les divers groupements d'activité sociale qui sont appelés à prendre la parole et à dépeindre l'état général du milieu auquel ils appartiennent. Ici encore, il y a des limites et des insuffisances.
Comment La Vie Nouvelle n'aurait-elle pas été amenée à s'occuper d'un mouvement qui intéressait à ce point l'opinion A défaut du but qu'elle poursuit, son nom même l'invitait à enquêter. Elle le fit. Un peu tardivement. Par pudeur, peut-être. Car il lui faudrait parler d'elle-même, en bien.
(1) Revue hebdomadaire, 15 mai 1914, p. 309-310.
N’était-ce pas d’-elle et du groupement qu’elle représente, qu’était parti le signal du mouvement? Si tout le renouveau religieux ne se renferme pas dans les limites tracées par VAssocmti'on aaUioliqjjie de la Jemiesse fr^nçmse, il lui est du moins grandement tributaire. ,
Donc, le 28 décembre i9i3, le 18 janvier, sous ce titre symptomatique : Vers une renaissance catholique, la Vie Nouvelle étudie tout spécialement le mouvement dont elle n’a cessé de tracer la courbe depuis qu’il existe.
Un peu plus tard, paraissent un troisième et un quatrième articles. Même titre. Il y est dit, le i9 avril ï9i4 :
« Le catholicisme est en progrès chez les penseurs et dans une élite intellectuelle. Des livres comme Chrétienne de Mme Adam, ou le Saint-Augustin de M. Louis Bertrand, plusieurs drames d’un Claudel ou d’un Jammes, et les tableaux d’un Denis ou d’un Desvallières sont des cris de foi jetés comme des défis au siècle qui meurt, et comme des appels à celui qui se lève. Sans doute, il faut voir ce que lisent les jeunes : leurs revues d’avantgarde parlent du Christ et sont rédigées par des convertis. Et il faut observer quel accueil le programme de la Jeunesse Catholique reçoit parmi les étudiants.
N’entendez-vous pas monter du fond de l’âme française une aspiration éperdue vers les sources fécondes de l’ordre et de l’idéal? Cent ans d’intellectualisme abusif ont rompu l’équilibre des puissances d’enthousiasme et des puissances de raison
que le sens chrétien n’était plus là pour accorder. L’élite a cru qu’elle pourrait vivre d’abstractions et de formules; et la foule, de grands mots.
Mais voici qu’un furieux besoin de divin émeut dans l’âme les « points nobles que le siècle laisse en léthargie ». Voici qu’un élan d’enthousiasme vers la vie et l’infiixi brise le cercle de vérités mathématiques où l’intelligence s’était enfermée comme dans un tombeau, a Voici que des générations se lèvent pour qui le ciel est de nouveau peuplé d’étoiles » et qui cherchent non pas seulement des palliatifs aux malheurs du jour, mais la clef du problème religieux qui les tourmente et qui est au fond de toutes les grandes questions contemporaines.
L’œuvre des œuvres, aujourd’hui, c’est de faire comprendre à la génération qui monte et, par elle, un jour à la France, que le catholicisme est la solution adéquate au problème du siècle. C’est de provoquer et d’organiser dans toute la nation un mouvement profond de la pensée et d’action pour refaire par la base et dans toutes ses parties l’ordre que cherchent vainement à construire ceux qui en méconnaissent les principes essentiels ou qui oublient qu’ils sont ruinés dans beaucoup d’âmes.
Cette œuvre, la jeunesse l’attend. Voilà pourquoi, sur toute l’étendue du territoire comme dans toutes les élites de la nation, dans l’élite de la jeunesse scolaire et universitaire comme dans les autres, le programme vraiment jeune et résolument d’avenir de l’Association Catholique de la Jeunesse Française provoque un si généreux enthousiasme.
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Et dans le quatrième article :
(( Nous avons indiqué précédemment ce que nous pensons du renouveau d’enthousiasm-e que les croyances séculaires provoquent aujourd’hui chez tant de jeunes. Et nous avons laissé entendre que le programme de notre Association, programme de refonte des énergies nationales à la chaleur vivifiante de la doctrine et de la foi catholiques, a tout ce qu’il faut pour satisfaire les besoins qui tourmentent notre âge.
(( Il est temps d’exposer ce programme luimême. Nous commençons aujourd’hui de le faire à l’usage surtout des jeunes gens qui viennent, à l’appel de la Vie Nouvelle, prendre dans nos rangs leur tour de combat, à l’usage aussi des hommes qui regardent notre mouvement avec une sympathie faite de bienveillance, d’étonnement et d’espoir, à l’usage enfin de tous ceux qui ont conservé assez de ressort moral pour saluer à travers les nuages du ciel de France, l’aurore radieuse d’une jeunesse qui prépare l’avenir.
« Tl y a dans notre pays une a mentalité » païenne qui le mine. Nous avons observé cette mentalité. Nous avons dit quel mal en était la source. Nous avons affirmé enfin, avec toute la sérénité que donne une conviction profonde, que la tâche essentielle d’aujourd’hui est de rapprendre à la France à penser et à vivre chrétiennement.
(( Refaire l’éducation chrétienne de notre pays, voilà la première partie, l’essentiel de notre programme, le travail que nous proposons à tous les hommes d’ordre qui voudraient nous aider.
(( La seconde partie, c est de rebâtir sur les assises solides de l’esprit chrétien restauré, les divers organismes qui, dans une France bien ordonnée, enfermeraient l’homme dans une triple solidarité familiale, professionnelle et régionale.
(( Un mot se détache sur le fond de ce programme : le mot Ordre.
« Nous voulons, en effet, restaurer dans notre pays l’ordre, comme l’indique la première phrase de nos statuts généraux : « Grouper toutes les forces catholiques de la jeunesse française, en vue de coopérer au rétablissement de l’édifice social chrétien ». Tous nos efforts y convergent. Mais il ne faut pas qu’on se méprenne sur ce que nous entendons par là.
(( L’ordre que nous préconisons n’est pas seulement pour l’Etat cette discipline extérieure aux individus que tout gouvernement doit imposer aux citoyens pour assurer leur tranquillité, la sécurité de leurs affaires et l’unité nationale dont il a la garde.
(( Pour les individus, ( ce n’est pas seulement l’ordre auquel se rallie le dilettante désabusé qui revient à une discipline pour vaincre la vie et triompher du découragement. Ce n’est pas non plus celui de l’esthète amoureux de l’harmonie que répand dans une âme l’écho prolongé des voix ancestrales.
(( Ce n’est, enfin, aucun système ni aucune formule.
(( Car toutes ces constructions-là, quelque génial que soit le cerveau qui les bâtit, ont un vice originel qui les rend inaptes à réaliser l’ordre dans sa
plénitude : celui de n’être que des formules et de ne pouvoir par ^conséquent imposer qu’une contrainte extérieure à des âmes altérées d’ordre intérieur.
(( L’ordre que nous préconisons, c’est l’ordre catholique. Celui-là ne s’impose pas seulement à la raison comme un axiome, au cœur comme une contrainte, aux nations comme une nécessité. Mais il unit et il coordonne les individus et la société, les énergies individuelles et les énergies sociales comme les membres d’un corps où la sève circule.
(V Sans doute, la contrainte extérieure, lois et force publique, seront toujours nécessaires pour appuyer cet ordre extérieur. Loin de nous toute pensée contraire. Mais l’expérience de chaque jour ne démontre-te-elle pas que les lois et la force publique ne sont pas grand ’chose sans les mœurs et les institutions; bien mieux, qu’elles se mettent au service de l’immoralité quand la nation devient assez veule pour le permettre.^ »
Lignes précieuses! A côté des. constatations de ce qui est déjà réalisé, elles renferment l’indication des règles à suivre pour continuer de progresser.
Et maintenant, ouvrons la Revm des Jeunes. A elle plus qu’à tout autre, il appartient de mettre la main sur le cœur de la jeunesse actuelle et d’en ausculter les battements. Elle va le faire à sa manière, nette, précise, catégorique. D’abord elle ne se disperse pas. Un point de vue lui suffît, le point <ie vue catholique, mais envisagé sous les aspects les plus variés. Ensuite, elle ne s’adresse qu’aux jeunes. Non : à ceux aussi qui s’occupent des jeu-
nés. Et ils sont nombreux. Tant mieux. Le résultat sera plus concluant. Enfin, elle nelimine pas de catégories et ne fait pas acception de personne. Qu'on soit jeune, cela suffit pour prendre la parole à sa tribune, à quelque classe de la société que Ton appartienne. Dans ces conditions, elle aura plus sûrement le véritable reflet des choses.
A eux seuls, le programme et le questionnaire sont très instructifs. Voyez plutôt :
Les signes d'une renaissance catholique dans la jeunesse contemporaine
La récente enquête entreprise par la Revue hebdomadaire et par l'Opinion^ dont nous avons publié quelques-unes des pages les plus significatives au point de vue religieux, a révélé dans la jeunesse française contemporaine les signes évidents d’une renaissance catholique qui mérite de fixer l’attention de quiconque a le souci de l’avenir religieux de notre pays. Mais les renseignements apportés par ces deux périodiques demeurent très généraux. On aimerait à suivre, dans le détail, les manifestations diverses de cet élan plein de promesses.
Il nous a semblé que la Revue de la Jeunesse, à raison du public nombreux et varié qu’elle atteint, était en mesure d’apporter une précieuse contribution à cette passionnante étude.
Nous comptons, en effet, à l’heure présente, parmi nos abonnés, beaucoup de professeurs, prêtres et laïques, qui sont en contact permanent avec la jeunesse de nos universités, séminaires, lycées, collèges. Nous atteignons, en outre, directement, un nombre très considérable d’étudiants et d’étudiantes, de cercles d’études, d’hommes d’œuvre, de pères et mères de famille. En groupant les renseignements particuliers que ces
lecteurs amis voudraient bien nous faire parvenir, il n'est pas douteux que nous arrivions à présenter ici des précisions intéressantes dont nous bénéficierons tous. C'est pourquoi nous ouvrons, à notre tour, une enquête sur les signes de la renaissance catholique dans la jeunesse contemporaine.
Les réponses seront publiées dans la Revue, sans les signatures (sauf autorisation expresse des intéressés), puis coordonnées en vue d'une étude d'ensemble dont elles auront fourni les éléments. Connaissant plus précisément l'état d’esprit et les tendances de la jeunesse actuelle, nous pourrons alors plus efficacement travailler pour elle.
Nous adressons donc un pressant appel à tous nos lecteurs, les invitant à vouloir bien répondre au questionnaire ci-joint, de la manière qu'ils jugeront. Ce questionnaire indique seulement quelques points généraux pour faciliter le dépouillement des réponses. Libre à chacun d’insister de préférence sur telle ou telle question, même à l’exclusion des autres.
Nous demandons surtout des choses vues et constatées, plutôt que des considérations d'ordre général qui se dégageront d’elles-mêmes de l’enquête. Que les professeurs nous parlent de leurs élèves; les curés et vicaires des jeunes gens de leur paroisse; les hommes d'œuvre de ceux qu’ils dirigent et voient agir; les pères et mères de famille de leurs enfants; les étudiants de leurs camarades et surtout d'eux-mêmes.
Poru préciser et permettre un classement des documents, nous prions nos lecteurs de vouloir bien mentionner leur titre par ces simples mots : un professeur de séminaire, de collège, de lycée, d université; un curé- (ou un vicaire) de ville ou de campagne; un père ou une mère de famille; un étudiant, une étudiante, un membre de cercle d’études, un homme d'œuvre, etc.
Nous voulons espérer que les réponses seront nombreuses, et nous remercions d’avance nos correspondants des renseignements qu’ils voudront bien nous envoyer. Tous nous pourrons en tirer profit.