‹ Le renouveau catholiqueChapitre 6 sur 38 · UN FAUX DÉPART : LE NÉO-CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

UN FAUX DÉPART : LE NÉO-CHRISTIANISME

En S éloignant des sécheresses du scientisme, vdes duretés du stmggle for life, des prétentions injustifiables du positivisme, des grossièretés du réalisme à la Zola, des ridicules et des dangers de l'occultisme... vers quels rivages allaient tendre les jeunes intellectuels Ils voulaient agir et se dévouer d'après un grand idéal. « La vie morale et religieuse se réveillena, écrivait Paul Desjardins dans le Devoir présent^ elle se réveillera infailliblement, excitant des espérances plus hautes... Jamais on n'a tant parlé de jeunesse, de l'avenir, du siècle prochain; on commence à voir le bon côté des choses; de toutes parts, on s’ébranle en avant. » Même constatation chez Edouard Rod : « Il y a dix ans, les gens sagaces prédisaient, non sans une apparence de raison, l’approche d'une ère nouvelle où l'humanité ayant jeté ses deux vieilles béquilles : la morale et la religion, s’avancerait d'un pas allègre dans la voie de la libre pensée, sous le soleil de la science... Non, l’humanité reprend ses béquilles. )) {Ed. Rod., Idées morales du temps

PRÉSENT, Conclusion.) Et M. de Vogüé, après avoir remarqué dans un discours de réception à TAjcadémie que « Tâme humaine est toujours en travail d'une poésie ou d’une foi », faisait maintenant cette constatation dans ses pages, A travci^s V\expo^ sition de i889 : « A côté du grand courant qui emporte les esprits depuis un quart de siècle, vers le réalisme théorique et pratique, les spectateurs attentifs ont vu naître, durant ces dernières années, un courant contraire en apparence. Comment le qualifier. Réveil religieux? Mysticisme?... »

A qui allaient-ils demander cet idéal? Ce fut au christianisme, mais à un christianisme à leur fa çon : c'est pourquoi on les appela néo-chrétiens, et on donna à leur système le nom de Néo-christianisme. D'ailleurs, ils eurent d'autres appellations encore : adeptes du réveil moral, idéaTistes, chrétiens de lettres, positifs, tolstoïsants, évangéliques...

Ils étaient nombreux. Voici le nom et les œuvres de quelques-uns des chefs : Georges Duruy (Ni Dieu, ni Maître), Charles Morice (la Littératune de tout à Vheure), Marcel Prévost (ses diverses œuvres de l'époque), Paulhan (le Nouveau Mysticisme), Maurice Bouchor (Symboles), Raoul Frary (Essais de critiqua), Albert Delpit (Comme dans la vie), Jean Honcey (Le Réveil de Vidée i^eligiemse len France), Edouard Rod (Le sens de la vîj/e). Il y a encore le comte Guy de Brémond d'Ars, Edmond Shuré , Secr étan , Renou vier , Ravaisson . . . Charles Recolin, Allaux (La religion progressiv)e) .

Bien qu'aucune démarche officielle ne fût venue consacrer son principat, M. Henry Bérenger, qui depuis..., fut considéré comme le chef de la nou-

velle école. Cependant lorsqu’on lit le Devoir présent^ de M. Paul Desjardins, c’est celui-ci qui fait figure de fondateur et aussi, pour autant que le mot puisse être employé en pareille circonstance, de théologien. En même temps, des écrivains déjà consacrés illustres par la renommée, MM. de Vogüé, Jules Lemaître, Anatole Leroy-Beaulieu donnaient aux Néo-chrétiens leurs encouragements et leur appui. Par ailleurs, dans le monde littéraire, plusieurs ne ménageaient pas leur admiration; d’autres critiquaient ou, plus irrévérencieux, plaisantaient. Par exemple, M. Pierre Lasserre : « Vous me voyez, mon cher, fort irrité. Je sors d’une société de jeunes gens qui m’ont invité à croire. Une telle invitation en i89o n’a pas manqué de me surprendre. Mais comme je leur demandais avec timidité quelques renseignements sommaires sur l’objet et les fondements de leur croyance, cette question-là les a laissés (imagineriez-vous.^) non pas perplexes, mais dédaigneux. Ce sont ceux-là, je pense, qu’on appelle les N êo- chrétiens. Moi, je les appellerais tout simplement les Néo... Ce serait plus vrai et au fond les contenterait ». (La crise chrétienne, p. 43.)

Si on veut connaître la date du mouvement, M. Pierre Lasserre vient de la donner : i89o. Mais approximativement. Souvent les doctrines et les .écoles existent depuis assez longtemps déjà, lorsqu’on remarque leur existence, et quand on veut marquer leur origine précise, il y a quelque difficulté. Disons que le Néo-christianisme régnait :vers i89o.

Qu’était-il bien.î^ D’une façon générale, c’était,

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dans la pensée de ses partisans, nn renouveau. (( Pour nous, nous croyons au printemps, écrivait Tun d’eux. Le soleil est caché, mais pas éteint. » Mais, en allant plus à fond, le caractère essentiel du Néo-Christianisme « pa* raît être la prétention de découvrir l’Evangile oublié, de renouveler le sentiment religieux, de dégager des entraves du dogme les beautés de la morale chrétiennè, et d’ôter le gouvernement de notre vie à la raison qui a fait ses preuves d’impuissance, pour le confier mystiquement, à la volonté et à l’amour )). (Correspondant, io février i892, M. l’abbé Klein, le Néo-Chrhtianîsme.)

(( De jeunes talents se groupent autour de M. de Vogüé, faits, semble- t-il, pour comprendre leur rôle comme lui, écrit Edouard Rod. D’autre part, les idées qu’il soutient paraissent en grande faveur auprès de la jeunesse des écoles, sur laquelle- il exerce une action incontestable, et dont il est peut-être avec M. Lavisse, le véritable chef. C’est donc quelque chose d’autre qui se prépare, une germination commençante d’idées nouvelles, de sentiments nouveaux, qui n’ont plus beaucoup d’attaches avec ceux du demi-siècle écoulé ».

Le Christianisme se compose du Credo et du Décalogue, du dogme et de la morale; le Néo-Christianisme garde la morale, mais sacrifie le dogme. (( La religion est-elle vraie Ils ne savent. Est-elle belle et bonne? Oui. L’Eglise répond à tous les besoins de l’âme inquiète, mais elle repose sur une base imaginaire ». (Edouard Rod, Le sens de la vie.) A leurs yeux, l’affirmation de Berthelot : a Le monde est aujourd’hui sans mystère », n’avait ni

sens ni saveur. Ils savaient bien que le monde, comme le sphinx, qui est à l’entrée du désert fameux, gardera toujours son secret, et ils s’en réjouissaient, car le mystère leur allait bien. D’un autre côté, les libres penseurs les avaient dégoûtés de la libre pensée. Dans la religion, ils trouvaient le mystère, et aussi la réponse aux questions que la science positive n’a pu résoudre; ils trouvaient un code de vie, un idéal, et, pour l’atteindre, des secours et des moyens, surtout l’examen de conscience, la prescription de surveiller sa vie intérieure, ses pensées, ses sentiments, ses actes. Ceci convenait à la tendance qu’ils avaient à s’analyser, à leurs sympathies pour la psychologie. Ils trouvaient encore le commandement de la prière. Le dernier mot sur lequel se terminait Le Disciple était ajissi le dernier mot du Sens de la Vie. <( Dans un double effort pour faire jaillir de ma mémoire les formules perdues et pour secouer de ma pensée le joug de l’esprit qui nie, je me mis à murmurer — des lèvres, hélasl des lèvres seulement : « Notre Père qui êtes aux deux... )) Mais beaucoup invoquaient, du fond du cœur, le Père des deux.

Les Néo-chrétiens vont tout droit à l’Evangile. Ils en goûtent toute la partie morale, depuis le Sermon sur la montagne jusqu’au souhait d’unité, de consommation dans l’unité. Que l’Evangile insiste sur l’amour fraternel, sur la nécessité du sacrifice; qu’il prêche la résignation et redise le Fiat, qu’il rappelle le Misereor super turbarr^, qu’il condamne les abus de la richesse et tende à l’amélioration du sort des pauvres, qu’il fasse ap-

pel à la mortification pour maintenir la chair dans la dépendance de l’esprit, qu’il réprouve jusqu’à la pensée du mal par respect de la présence divine et pour prévenir l’acte meme du mal; ils applaudissent et ils suivent. Aucun mot qu’ils prononcent plus souvent que le mot d’esprit évangélique. Entendez M. Henry Bérenger affirmer que l’esprit évangélique est a le principe qui sauvera le monde moderne ».

De là, leur culte pour Tolstoï. Leur culte, ai-je dit? Leur imitation aussi. On sait par l’Evangile même que la garde et l’explication de l’Evangile ont été remises par le Christ à l’Eglise. Que pensent de l’Eglise les Néo-chrétiens.^ Eh bïen! ils diffèrent d’avis et de sentiment.

Il y a trois catégories. La première .catégorie se compose de ceux qui n’attendent le salut que de l’Eglise; elle renferme M. de Vogüé, Anatole Leroy -Beaulieu, qui sont des croyants; Edouard Rod aussi. Quoique ne croyant pas à la divinité de l’Eglise, il ne voit pas qu^on puisse se passer d’elle. De même, il ne veut pas seulement la vie, mais une foi. Pour lui, « la vie n’a de sens que pour ceux qui croient et qui aiment ».

Les partisans de la deuxième catégorie demandent à l’Eglise de se modifier. Ainsi parle, entre autres, M. Jean Honcey. Il ne s’agit de rien moins que d’expliquer à l’Eglise comment comprendre l’Evangile.

Mais le plus grand nombre veut tout simplement ^aïciser le christianisme. M. l’abbé Klein analyse ainsi leurs prétentions :

LES JEUNES AVANT LA GUERRE lit

<( Laïciser le christianisme, voilà exactement ce que désire la très grande majorité des chrétiens de lettres... Ce n’est pas exagérer la portée de cette formule que de l’expliquer ainsi.

La morale de l’Evangile est la meilleure de toutes et la seule efficace; il faut donc la soutenir et la propager. Mais l’Eglise, qui en a été jusqu’ici la dépositaire^ se montrant inférieure à cette grande tâche par son obstination à rester prisonnière du dogme et d’institutions incompatibles avec les progrès modernes, il est urgent de la suppléer dans sa missiofi, car, entre ses mains débiles, le vrai christianisme court de graves dangers, risquant tout au moins de devenir solidaire de ses défauts, et impopulaire comme elle. »

D’où vient donc cette peur du dogme Mais, répondent les Néo, de ce que le dogme est ferment de division, entre les esprits, de ce qu’il empêche « l’unanimité », l’unanimité qui est le dogme du Néo-christianisme, de ce que le dogme s’oppose à la science et aussi sans doute à la liberté. « Si la révélation existe, écrit M. Henry Bére'nger, si Dieu a véritablement communiqué aux hommes les vérités essentielles à l’homme, la science est inutile, elle aussi sans doute à la liberté, a Si la révélation existe, écrit M. Henry Bérenger, si Dieu a véritablement communiqué aux hommes les vérités essentielles à l’homme, la science est inutile, elle n’est plus qu’un vain amusement ». Comme si les vérités révélées, très peu nombreuses d’ailleurs, et d’ordre métaphysique, ne laissaient pas le champ entièrement libre aux investigations de la science. Mais (( on est d’autant plus convaincu a priori des incompatibilités irréductibles entre le dogme et

les sciences, qu’on ignore quelquefois les sciences et toujours le dogme ».

Pas de dogme, disent donc les Néo-chrétiens, ignorant que la morale sans le dogme est un édifice sans sa base. S’il n’y a pas un Dieu créateur et providence, s’il n’^y a pas un Christ et une Eglise, de quelle valeur est la morale? Elle n’est plus qu’une création de notre esprit. Je fait d’un homme qu’un autre homme peut défaire. On n’a ni fleurs, ni fruits sans racines, car on n’a pas de plante; de même on n’a pas de principes certains de vie sans une croyance. Et on n’a pas non plus de christianisme.

Pas de dogme. Pas de hiérarchie, non plus : (( Les cadres de l’Eglise sont trop vieux, assure M. Henry Bérenger : si le monde moderne y entrait, il les ferait éclater ou ce sont eux qui l’étoufferaient ».

Mais l’Eglise n’étant pas admise, qui prendra sa place, qui donnera une direction, qui maintiendra l’unanimité dans la pratique? Car s’il n’y a pas une autorité infaillible, la divergence des vues, le morcellement est inévitable. L’accord réel des volontés est impossible si les esprits ne s’entendent pas sur les croyances. D’après M, Henry Bérenger, ce sera une aristocratie intellectuelle. D’après M. Paul Desjardins, ce sera l’ensemble de tous ceux qui croient au devoir. Il ne le dit pas, mais la chose se devine : ce sera surtout lui. En effet, voici que dans le Devoir prés’ent, il ébauche une morale pour les fidèles de sa chapelle. Il ne se contente pas d’un décalogue. Il donne dès le début

treize commandements, et il annonce que d’autres suivront.

Certes, tout n’est pas à blâmer dans ce qu’il expose et propose : la pacification de la conscience par la vie meilleure; la réaction contre le mal que la littérature a fait depuis quarante ans, le respect du mystère, car nous sommes plongés dans le mystère; l’accession des humbles aux périls et à la noblesse de la responsabilité; la lutte contre le scepticisme et l’ironie, lesquels ne sont qu’un acte d’incompétence dont il n’y a pas plus lieu de se parer que des autres faiblesses de l’esprit; avant tout, le respect du devoir, le devoir étant le pivot <ie la vie morale.

J’ai parlé tout à l’heure de l’unique dogme du Néo-christianisme qui est l’unanimité et qui peut se définir : « l’existence d’une seule âme en beaucoup d’hommes ». M. Paul Desjardins a observé que (( beaucoup d’hommes, très divisés doctrinalement, aspirent néanmoins ensemble à un relèvement moral pour eux et pour les autres; il les exhorte à se réunir sur ce terrain commun. Notre foi étant un rayon de soleil de derrière la colline, laquelle il faut d’abord péniblement gravir, nous voilà gravissant. Notre affirmation commune étant que l’action bonne doit passer devant, nous commençons par agir ». Il demande donc seulement à ceux qui marchent avec lui d’éprouver le besoin commun du réveil moral. Cela peut bien s’appeler un sentiment religieux, mais non une foi. Cela inquiétait Jules Lemaître. Un jour que les Néo-chrétiens le priaient d’être des leurs, il leur répondit : Donnez-moi d’abord votre oredo. De vrai, il n’y a

pas de dogme dans le Néo-christianisme, et M. Paul Desjardins s’en rend compte et l’avoue, quand il réfléchit : a II ne s’agit pas de croire,, mais d^abord d’aimer... Et ensuite, que croirat-on Ce que l’amour conseille et exige qu’on croie simplement. Et là-dessus, les exigences varient selon les esprits ; autant de religions au fond que de personnes, et un seul devoir pour toutes ».

Une très grande partie de la jeunesse lettrée suit; en première ligne se trouvent . ceux qui sortent de l’Ecole normale supérieure. Et le mouvement s’étend des frontières du christianisme vrai jusqu’au pur dilettantisme. Et un critique ecclésiastique trouve que a l’ensemble de la tentative mérite plutôt une vraie sympathie ».

Le mouvement était assez cansidérablè et occupait assez les esprits pour que M. d’Hulst fît entendre aux Néo-chrétrens cet appel et cet avertissement, du haut de la chaire de Notre-Dame :

« Ah! croyez-moi, Messieurs, il ne 'sert de rien d’admirer le christianisme du dehors, de louer sa morale, de lui envier son idéal, de s’approcher jusqu’au bord de la foi sans vouloir sé lier avec elle. Vous savez ce que je veux dire et de qui je parle en ce moment. Dieu me garde d’insulter aux sentiments généreux qui ramènent ainsi vers nos confins l’élite de la génération nouvelle, ceux qu’on a nommés les néo-chrétiens! Certes, le mobile qui les pousse est honorable pour eux, il est plus glorieux encore pour la parole révélée. L’impiété avait procédé par la négation et le sarcasme; c’était bon pour démolir. Quand on a voulu reconstruire, on s’est trouvé à court de matériaux, à court

même d’idées et de dessein. On a demandé à la science les éléments d’une morale, elle n’en a donné que la contrefaçon; les éléments d’une consolation, d’une espérance, elle n’a pas même essayé de les fournir; elle a répondu : cela n’est pas de mon ressort. Alors de jeunes hommes se sont levés, qui n’avaient pas connu ce que leurs devanciers s’étaient acharnés à détruire. La haine, le persiflage, la calomnie, tout ce qui avait défrayé la littérature vénéneuse des ennemis de Dieu,, tout cela leur a semblé une nourriture creuse et amère. Ils ont cherché comme au hasard; ils ont retrouvé le Sermon sur la montagne, ce divin langage leur a paru sublime et doux, et ils ont tourné autour de l’Evangile pour se chauffer à son soleil.

Ah! qu’attendent-ils donc pour franchir l’enceinte.^ Les trésors de la maison de Dieu n’enrichissent que ceux qui y pénètrent. Si le christianisme n’est pas divin, comme il prétend l’être, il n’est qu’un mensonge; et croyez-vous de bonne foi que ce soit un mensonge qui va restaurer la morale ? Mais, s’il est divin, de quel droit prétendez-vous lui emprunter sa vertu en lui contestant sa divinité.^ On n’est pas chrétien, comme on est artiste, à son heure, à sa guise, en faisant varier arbitrairement le niveau de son idéal. Si vous saviez le don de Dieu, Messieurs, et quel est celui qui parle à vos cœurs : Si scires donum Dei et quis est qui dicit tibi, vous ne vous croiriez pas permis d’en prendre une partie et de laisser l’autre; vous diriez comme la Samaritaine : « Donnez-le moi tout entier. Ouvrez-moi la source de cette eau vive qui jaillit jusqu’à la vie éternelle, et qui seule étanche la soif de l’âme pour toujours : Da mihi hanc aquam ut non sU tiam. )) (M. d’Hulst, Carême de 1892.)

Déjà, un autre grand ami de la jeunesse et de l’Eglise, le comte Albert de Mun, avait prêté son

attention au mouvement des Néo-chrétiens, il en avait remarqué tout à la fois les qualités et les défauts et il avait cherché à susciter des amis et des guides à ces affamés d’idéalisme.

Devant l’immense auditoire que lui faisaient, au Congrès de Lyon, les membres de V Association Catholique de la Jcuimsse Française, en i89i, il avait dit :

(( Un travail profond s’accomplit dans les jeunes générations. Vous, il est vrai, chers amis, vous avez trouvé la foi assise près de votre berceau. Mais il est d’autres jeunes gens que le malheur des temps a jetés dans l’incroyance; et voici que ceux-là aussi semblent se réveiller et secouer avec dégoût le manteau d’un matérialisme grossier. Un trouble mystérieux les pousse à la recherche d’un inconnu supérieur auquel leurs âmes aspirent. Au sein de leurs études scientifiques et positives, surgit, suivant Uexpressîon d’un de leurs maîtres, « la nostalgie du divin »; ils ont soif de croire et d’espérer, et ils sont tourmentés du besoin d’une action appuyée sur des croyances... A vous, jeunesse catholique, de vous lever et d’aller au-devant de ces âmes inquiètes, non point pour les combattre, mais pour les persuader, non pas en ennemis, mais en messagers de ia vérité. Portez-leur la foi qui leur enseignera le devoir, et lui donnera la base qui chez eux leur manque encore.

« Je crois et je vous demande la permission de le dire ici librement, je crois que nous marchons à de grandes transformations de la société; un nouvel ordre de choses se prépare parmi nous. A vous, chers amis, à vous qui arrivez avec la jeunesse, l’intelligence et l’audace, il appartiendra de conduire cette société nouvelle dans les voies de l’Evangile, à la lumière

des dogmes infaillibles de la foi. Préparons résolument ces transformations sociales : en avant vers Tavenir. Vous êtes la jeunesse catholique, et vous n’êtes pas jeunes pour demeurer assis sur des tombeaux et pleurer sur des ruines. Assez de cœurs meurtris par les désastres passés seront là pour les gémissements et les larmes; mais à vous de protéger les berceaux et de causer cet avenir.

Hélas! ni le grand orateur, ni le grand conférencier ne furent entendus, dans les invitations qu’ils faisaient aux Néo-chrétiens à venir vers l’Eglise. Au contraire, le mouvement s’orienta de plus en plus vers le libéralisme et la libre-pensée, jusqu’au moment où il versa -dans l’athéisme, M. Henry Bérenger brisant avec M. de Vogué et se déclarant disciple de Voltaire. Ce fut, pour le Néo-Christianisme, le mot et le geste de la fin. S’il ne sombra pas aussitôt, il n’en était pas moins blessé à mort.

H manqua aux Néo-chrétiens d’écouter les conseils que leur donnait Ollé-L^prune dans les dernières pages d’un précieux livre. Les sources de la causer cet avenir. »

« Il faut prendre le christianisme tel qu’il est, l’Eglise telle qu’elle est, ou ne plus compter sur un secours efficace... On peut bien trouver dans la vérité incomplète une lumière et une force, sans aucun doute, mais c’est à cause qu’elle est vérité, non à cause qu’elle est incomplète. La savoir incomplète, et, de propos délibéré, s’y tenir, c’est lui ôter toute vertu... Donc, il n’y a pas moyen de se dire : l’Eglise a la vertu pacifiante et régénératrice que nous cherchons; mais dans ce que l’Eglise impose ou propose, nous choisirons, prenant ceci, laissant cela. Non, l’Eglise est ou n’est pas... Voir que la vertu régénéra-

trice et pacifiante dont nous avons besoin, est dans l’Eglise, et vouloir faire ses conditions à l’Eglise, c’est une inconséquence, et c’est vouloir que le remède déclaré nécessaire n’opère pas... Le christianisme a fait la chrétienté, mais voilà que la chrétienté se dissout : il faut que l’Eglise refasse une autre chrétienté. Il faut qu’elle recommence sans se répéter. Si le passé, comme tel, ne recommence pas, le principe immortel, l’esprit vivant qui a fait le passé refera l’avenir... On dirait que plus que jamais Dieu veut montrer qu’il n’y a qu’un seul Père et Seigneur, celui qui est aux cieux; un seul maître, le Christ; et tandis que les violents font contre Dieu et le Christ les derniers efforts, se démenant contre tout ce qui est divin et chrétien, dans les hautes régions de la pensée, un mouvement de retour se dessine vers Dieu et le Christ, et aucun homme comme tel n’apparaît capable de rallier les esprits et les âmes à une doctrine puissante et bienfaisante, comme dans l’ordre social proprement dit, aucun homme n’apparaît capable de procurer par son autorité la paix publique. »

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