Scène IL
LE BAILLI. Hé bon jour, belle Colinette.
OQLiNETTE. Bou jour, monsieur le Bailli.
LE BAILLI. Que fais-tu donc ici si matin ?
COLINETTE, fse levant) Vous le voyez ; je fais un bouquet. LE BAILLI. Sera-t-il pour moi?
COLINETTE. Pour VOUS ?
LE BAILLI. Oui. J'aimerais beaucoup un bouquet de ta jolie main. (H veut lui baùer la main.)
COLINETTE. Fiuissez.
LE BAILLI. Dis-moi, seras-tu toujours aussi farouche?
COLINETTE. Aussi faiouchc ? Qu'estrce que cela veut dire ?
LE BAILLI. C'est que si tu voulais m'aimer, je saurais te rendre fort heureuse; tu ne sais pas tout le bien que je pourrais te faire.
COLINETTE, (ir<miguemmt.) Je vous suis obligée de votre bienveillance.
LE BAILLI. C'est répondre assez mal à mon empressement ; tu n'ignores pas que je t'aime, et tu ne fais que rire de mon amour.
COLINETTE, (riant.) Eh! que voulez-vous donc que je fasse?
LE BAILLI. Tu badines toujours, mais je te parle sérieusement moi ; il ne tiendrait qu'à toi de devetât «û. \^sqi \û3à. petite femme.
10 LE RIÊFEBTOIHE NATIONAL.
COLINBTTE. Votre petite femme?
LE BAILLI.' Oui, je te donnerais mon cœur et tout ce que je possède.
COLINETTE. VoBs avez bien de la bonté.
LE BAILLI. Je me flatte que M. Dolmont n'y mettrait point d'obstacles.
COLINETTE. Vous VOUS flattczpeulrêtreunpeu légèrement.
LE BAILLI. Pourquoi?
COLINETTE. Parcc que M. Dolmont pourrait bien n'y pas consentir.
LE BAILLI. Il n'y consentirait pas?. ..Mais si tu y consentais toi ?
COLINETTE. Oh ! pour cela, non, je vous assure.
LE BAILLI. Diantre! tu me parais bien décidée, est-ce que tu serais assez folle pour refuser la main d'un honune qui t'aimerait?
COLINETTE. Je scrais du moins assez sage pour ne pas accepter celle d'un homme que je n'aimerais pas.
LE BAILLI. C'est parler clairement, mais j'espère que tu deviendras moins insensible, et que tu pourras m'aimer quelque jour.
COLINETTE. Cela pourra vcnlr.
LE BAILLI. Eh bieni tâche donc que cela vienne, et considère que je suis riche, et que ce n'est pas une chose à dédaigner.
COLINETTE, fà part.J Voici de quoi faire à Colas une histoire assez jolie.
LE BAILLI. Tu n'ignores pas, mon enfant, que l'argent dans le ménage...
COLINETTE, (V interrompant) Tenez, M. le Bailli, je ne songe point à me marier ; souffi'ez que je vous quitte, pour aller porter ce bouquet à M. Dolmont, avant l'arrivée des miliciens.
LE BAILLI. Eh! quoi, si pressée? reste donc encore un moment; les enrôlemens ne commencent pas si matin et nous pouvons causer encore.
COLINETTE. Je n'en ai pas le tems. ("EHe fSmfwU.)
LE BÉFEBTOniB NATIONAL. 11