L'ÉTRANGER
Depuis ranrore, assis sur le rivage, Ed vain j*attends, Tesquif ne revient pas:
Courez, vents frais, volez sur son passage, De ma patrie il laisse les climats.
Mais déjà de la nuit le voile sombre Cache à mes yeux les rives et les flots.
Pauvre étranger, attendre encor dans Tombre : A vos ennuis apportez du repos,
La nuit se passe et bien des jours encore; Le nautonnier n'écoute plus sa voix.
Dans ma patrie aurait-il vu Taurore Dorer les monts, les fleuves et les bois?
Le toit champêtre où résonnaient ma lyre De mes chansons nourrit-il les échos?
Pauvre étranger, bien loin est le navire:
A vos ennuis apportez du repos.
n ne vient point des bords qui m*ont vu naître, Où si souvent je chantais nos exploits; H n*a point vu Carouge où pour un maître Tombaient nos fils, que trahissaient des rois. D*un joug à Tautre, hélas! on les transporte; Prenez ces fers, dit-on à des héros!
Pauvre étranger, leur bras vainqueur les porte: A vos ennuis apportez du repos.
Déjà les champs où reposent nos pères, A d'autres mains ont «édé leurs moissons; £t sous nos toits des langues étrangères Chassent Técho de nos douces chansons.
Un orphelin quête un pun d*indigence Au seuil sacré.... trahi par ses sanglots!
Pauvre étranger, j'y fêtai sa naissance:
A vos ennuis apportez du repos.
Des inconnus saisîss^t sa balance,
£t de Thémis ils usurpent les droits.^
Au temple saint fai vu briller la lance
Qui chasse aulom touaVea «t\A ^\i^\«A>wÀ&.
LE BÉPERTOIRB NATIONAL. 223
Peut-être, un jour la liberté propice Viendra finir et ?08 pleurs et vos maux.
Pauvre étranger, régnera la justice:
A vos ennuis apportez du repos.
Vient-on encor jeter sur la chaumière.
Un œil hautain où brille le mépris?
Toujours mon front brava leur troupe altière; Mais je pensais à des frères proscrits:
Leurs toits brûlauts éclairaient la colline, Où nos pasteurs conduisaient leurs troupeaux. Pauvre étranger, pourquoi ton front s*incline? A vos ennuis apportez du repos.
Plein de douleur je quittai ma patrie; Enfin le ciel y brille plus serein.
Retourne-t'en, mon âme un jour me crie:
De bords chéris je reprend» le chemin.
Mais de mes ans j?ai senti la faiblesse; Déjà la mort a pénétré mes oâ !
Pauvre étranger, Dieu chérit la vieillesse :
A vos ennuis apportez du repos.
O Canada! le ciel enfin m'appelle, As- tu tari la coupe des douleurs?
Mab des destins l'urne se renouvelle; Un sort plus doux dissipe tes malheurs.
Adieu, je meurs,... je sens glacer mes veines.... Mais quels longs bruits ont frappé les échos : O ma patrie, on a brisé tes chaînes!
Fuyez, ennuis, je meurs dans le repos.
F. X. Gabneau.