‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 114 sur 190 · L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

L'ÉTRANGER

Depuis ranrore, assis sur le rivage, Ed vain j*attends, Tesquif ne revient pas:

Courez, vents frais, volez sur son passage, De ma patrie il laisse les climats.

Mais déjà de la nuit le voile sombre Cache à mes yeux les rives et les flots.

Pauvre étranger, attendre encor dans Tombre : A vos ennuis apportez du repos,

La nuit se passe et bien des jours encore; Le nautonnier n'écoute plus sa voix.

Dans ma patrie aurait-il vu Taurore Dorer les monts, les fleuves et les bois?

Le toit champêtre où résonnaient ma lyre De mes chansons nourrit-il les échos?

Pauvre étranger, bien loin est le navire:

A vos ennuis apportez du repos.

n ne vient point des bords qui m*ont vu naître, Où si souvent je chantais nos exploits; H n*a point vu Carouge où pour un maître Tombaient nos fils, que trahissaient des rois. D*un joug à Tautre, hélas! on les transporte; Prenez ces fers, dit-on à des héros!

Pauvre étranger, leur bras vainqueur les porte: A vos ennuis apportez du repos.

Déjà les champs où reposent nos pères, A d'autres mains ont «édé leurs moissons; £t sous nos toits des langues étrangères Chassent Técho de nos douces chansons.

Un orphelin quête un pun d*indigence Au seuil sacré.... trahi par ses sanglots!

Pauvre étranger, j'y fêtai sa naissance:

A vos ennuis apportez du repos.

Des inconnus saisîss^t sa balance,

£t de Thémis ils usurpent les droits.^

Au temple saint fai vu briller la lance

Qui chasse aulom touaVea «t\A ^\i^\«A>wÀ&.

LE BÉPERTOIRB NATIONAL. 223

Peut-être, un jour la liberté propice Viendra finir et ?08 pleurs et vos maux.

Pauvre étranger, régnera la justice:

A vos ennuis apportez du repos.

Vient-on encor jeter sur la chaumière.

Un œil hautain où brille le mépris?

Toujours mon front brava leur troupe altière; Mais je pensais à des frères proscrits:

Leurs toits brûlauts éclairaient la colline, Où nos pasteurs conduisaient leurs troupeaux. Pauvre étranger, pourquoi ton front s*incline? A vos ennuis apportez du repos.

Plein de douleur je quittai ma patrie; Enfin le ciel y brille plus serein.

Retourne-t'en, mon âme un jour me crie:

De bords chéris je reprend» le chemin.

Mais de mes ans j?ai senti la faiblesse; Déjà la mort a pénétré mes oâ !

Pauvre étranger, Dieu chérit la vieillesse :

A vos ennuis apportez du repos.

O Canada! le ciel enfin m'appelle, As- tu tari la coupe des douleurs?

Mab des destins l'urne se renouvelle; Un sort plus doux dissipe tes malheurs.

Adieu, je meurs,... je sens glacer mes veines.... Mais quels longs bruits ont frappé les échos : O ma patrie, on a brisé tes chaînes!

Fuyez, ennuis, je meurs dans le repos.

F. X. Gabneau.

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