COLAS, LE BAILLI
COLAS. Serviteur à M. le Bailli.
LE BAILLI. Ah! te voilà, maitre Colas, tu me parais bien gai ce matin.
COLAS. Pas beaucoup, M. le Bailli.
LE BAILLI. Comment ? il me semble qu'on n'est pas triste quand on chante.
COLAS. Je ne sis pourtant pas ben content, je vous assure.
LE BAILLI. Qu'as-tu douc, es-tu malade ?
COLAS. Je m'porte assez ben, mais je n'mange ni n'dors, et pis par fois j'poussons des soupirs comme si m'étions arrivé quelque malheur.
LE BAILLI. Mais c'est être malade que de ne pouvoir manger ni dormir.
COLAS. C'est une maladie sans mal, je sentons seulement là dedans queque chose qui m'tarabuste furieusement, et je viens pour en parler à M. Dolmont.
LE BAILLI. A M. Dolmont ? est-ce qu'il est médecin ?
COLAS. Non, c'est l'Seigneur du village.
LE BAILLI. Et bien! que peut-il faire à cela?
COLAS. Ly ! 7 pourrions d'un seul mot m'rendre gai comme un pinçon.
LE BAILLI, (hpart.) Je crains bien d'avoir deviné, (haut)
Sais-tu que je suis un peu devin, moi, et que je" puis te dire
d'oà vient cette langueur! Voyons, moulT^-moi 1^^ ^^ut-
LE lUÉPERTOIBE NATIONAL. 13
COLAS. Regardez.
LE BAILLI, (le regardant JhsementJ C'est cela même. Eh bien ! je connais à présent la cause de ton mal.
COLAS. Vous badinez?
LE BAILLI. Je te parle sérieusement.
COLAS. Oui? Eh bien! comment appelez-vous ça? C'est ty dangereux?
LE BAILLI. Non, c'est ce qu'on appelle la maladie de l'amour.
COLAS, (riant niaisement.) De l'amour. Hé à quoi diantre connaissez-vous ça, vous ?
LE BAILLI. Je ne m'y trompe jamais, et je te dirai de plus le nom de celle que tu aimes.
COLAS. Oh ben, ça serait drôle, voyons, dites-le moi.
LE BAILLI. C'est Colînetje.
COLAS. Colinette?
LE BAILLI. Oui, l'orpheline de M. Dolmont.
COLAS, (riant.) Mais, mais, vous êtes pire qu'un sorcier.
LE BAILLI, (h part.) Voilâmes soupçons confirmés, (haut) Eh bien ! n'ai-je pas deviné?
COLAS. Tenez, je nVoulions pas l'dire, mais morguenne v'zavez mis l'nez dessus drès Ppfemîer coup. Est-ce que vous la connaissez ?
LE BAILLI. Comme ça, je l'ai vue quelquefois, chez M. Dolmont.
COLAS. Eh bien I comment la trouvez-vous ?
LE BAiLU. Mais assez gentille.
COLAS. Dites plutôt, qu'elle est ben jolie.
LE BAILLI. Eh bien ! soit, jolie si tu veux. Y a-t-il longtems que tu la connais ?
COLAS. Pardine drès toute petite ; j'avons été élevés par ensemble ; sa mère et mon père étions amis et voisins ; y s'étions ben promis d'nous marier un jour par ensemble, mais malheureusement, je les avons perdus tous deux:
LE BAjLLi. Et c'est saus doute pour cela que tu veux parler à M. Dolmont?
14 LE B^EBTOIBE NATIONAL.
COLAS. Justement, mais c'est que j'snig si honteux que ça m'coûte à Vj en parler ; j'ons été ben souvent au château dans c't'intention, mais drès que j'suis à la porte le cœur me bat, j'n'ose entrer, et j'm'en reviens sans avoir rien dît.
LE BAILLI. Le pauvre Colas! mais crois-tu que Colinette ait aussi de l'amitié pour toi ?
COLAS. Oui, je l'crois.
LE BAILLI. Comment t'en es-tu aperçu?
COLAS. Oh ! dame, à ben des choses.
LE BAILLI. T'art-elle dit quelquefois qu'elle t'aimait ?
COLAS. Si elle me l'a dit? Oh ! oui, pus d'cent fois.
LE BAILLI. Et jamais tu ne t'es brouillé avec elle?
COLAS. Oh ! pour ça, si fait ; mais tant y a toujours, que si j'nous brouillons par ensemble je n'tardons pas à nous raccommoder; enfin tenez, M. le Bailli,
aib:
Colinette est un vrai trésor, Tout plaît en c'tf jeune bergère, Joli minois, taiUe légère.
On n*peut s*tenir d^Faimer d*abord,
C*est comme un sort.
Pour moi que Tamour engage, A songer au mariage, Je sens bien, sauf vot rei^ect,* Que Colinette ept tout mon &it. (bis.J
Quand aux bois elle va sautant, Je la guettons pour aller avec elle.
Elle r*f\ise d*abord, d'abord eirme querelle. Mus j*ren prions si poliment.
Qu'elle y consent.
Pour moi que Faroour engage, A songer au mariage.
Je sens bien, sauf vot respect.
Que Colinette est tout mon fait. (^O
* Chaque fois que Colas dit ces mots ** sauf vot respect,** il ôte son chapeau »* ^oe profondément le BaillL
LE lUÊFBBTOIHE NATIONAL. 15
Si queuqYois j*la yeux embrasser, '* Contre moi elle 8*met en colère,
Mais j'crois pourtant qu'elle m'iaisserait faire, 1% j'osions un peu la presser,
Et recommencer.
Pour moi que Tamour engage, A songer au mariage.
Je sens bien, sauf vot respect.
Que Colinette est tout mon &it. (hi^O
LE BAILLI, (h, part). Je vois bien qu'il n'est que trop vrai qu'elle l'aime, (hmd) Mon cher Colas, je m'intéresse à ton amour, et comme je connais M. Dolmont, je lui parlerai pour toi si tu veux.
COLAS. Ah ! si vous vouliez faire ça, quelle obligation je vous aurais.
LE BA[LLi. Oui dà, je le ferai ; je crois que ce parti-4à te conyient beaucoup, mais je ne me chargerai de parler pour toi qu'à certaines conditions ; M. Dolmont n'est pas un homme fort traitable, il faut savoir le prendre, ainsi il faut que tu me promettes d'être soumis à tout ce qu'il te dira.
COLAS. Qu'à ça n'tienne, je vous l'promets.
LE BAILLI. Et de ne rien répliquer à tout ce que je ferai pour toi.
COLAS. Oui, ouï, j'frons tout ce que vous voudrez, pourvu que....
LE BAILU. Tu me le promets ?
COLAS. Oui, d'un grand cœur.
DUO
Ul BAUXI.
Tu peux compter sur moi.
Je parlerai pour toL
COLAS
Vous sayez mon affaire?
IiB BAUiU.
Oui, oui, laisse-moi faire.
Je parienû pour toi.
16 LE lUéPEBTOIKE NATIONAL.
COLAS
Ah ! si de ma maîtresse Vous m'obtenez la main, Je veux par politesse, Vous prier du festin.
LS BAILLI
Par mon heureuse adresse, De ta jeune maUressc Je t'obtiendrai la main ; Serai-je du festin ?
COLAS
Vous serez du festin.
LE BAILLI
Tu peux compter sur moi.
Parlerez-vous pour moi ?
LE BAILLI
Je parlerai pour toi.
COLAS
Vous savez mon affaire ?
LE BAILLI
Oui, oui, laisse-moi faire.
Tu peux compter sur moi.
COLAS
Parlerez-Yous pour moi ?
LB BAILLI
Je parlerai pour toi.
LE BAILLI. Oh ça, tu te souviendras de ce que tu m'as promis ?
COLAS. Oui, oui, Monsieur le Bailli.
LE BAILLI. Car autrement je ne me mêlerai pas de ton affaire.
COLAS. Vous serez content de moi, je vous assure.
LE BAILLI. Tu sens bien que ce que j'en fais n'est que pour t'obliger et te rendre service.
COLAS. Oui certes, et jVous en remercie.
LE BAILLI. Eh bien I écoute-moi, je serai chez M. Dol' mont dans une demi-heure ; tu n'as qu'à venir m'y trouver et je te présenterai à lui.
COLAB. Ça suffit, M. le Bailli, grand merci de vot bonté.
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