‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 13 sur 190 · Scène VL colas, colinette · texte numérisé non relu

Scène VL colas, colinette

COLINETTE. Te Yoilà donc enfin 1 II est bien tems de venir quand l'ouvrage est fait.

COLAS. Quoi donc ?

COLINETTE. Le bouquct que nous devions présenter à M. Dolmont.

COLAS. Ahl ....Mais c'est que je n'y ons pas songé

du tout.

COLINETTE. Belle excuse I voilà comme tu es, tu ne songes à moi que quand tu me vois.

COLAS. Tu savons ben l'contraire.

COLINETTE. Yoilà OU amoureux bien empressé ; il me donne un rendez-vous et il n'y vient pas I

COLAS. C'est ben vrai, je n'sais pas comment j'ons pu oublier ça.

COLINETTE. Ni moi. J'aurais été bien aise que tu fus venu, mais cependant je n'y ai rien perdu, car pendant que j'étais seule ici un beau monsieur m'est venu trouver qui m'a bien désennuyée.

COLAS. Que veux-tu dire ?

COLINETTE. Je te dis que j'ai fait la connaissance d'un monsieur bien riche et qtd m'a dit qu'il m'aimait.

COLAS, y 'là un beau conte que tu m'fais là I

ooLiNisnrTE. Ce n'est pc»nt un conte.

COLAS. Tout de bon ?

COLINETTE. Oul. Il m'a même (ait des propositions de mariage.

18 LE BiFEBTOIRE NATIOISTAL,

COLAS. Des propositions de mariage I Et que Vy as-ftr répondu ?

COLINETTE. Eh dame l j^ai répondu. ..j'ai répondu comme il convenait de répondre.

COLAS. Mais sans doute que tu ne Vy as pas donné d'espérances ?

COLINETTE. J'ai fait plus, car je lui ai presque donné ma parole.

COLAS. Tu Py as donné ta parole ?

COLINETTE. Oui, ma parole, mon consentement.

COLAS. Serait-t-y possiWe que tu pourrais en aimer uit autre après toutes les promesses que tu m^as faites ?

COLINETTE. Il cst vrai, je ne sais pas comment j'ai pu oublier cela.

COLAS. Je l'sais ben moi. C'est que ton amiquié est pus changeante que rvent. Mais dis-moi, est-t'y convenable à une fille d'écouter les cajolleries d'un queuqu'un quand elle s'étons promise à un autre ? Comment as-tu pu oublier c'que tu m'as dit cent fois, c'que tu médisons tous les jours? Ah 1 Colinette, je n'te croyais pas capable de ça.

COLINETTE. Allous, voilà eucOTc les reproches. Ehl n'as-tu pas toi-même oublié qu'hier au soir tu me demandas avec empressement la permission de venir ce matin me trouver au jardin ? Etait-ce une chose à oublier ?

COLAS. Tu as raison. Mais dis-moi donc, est-t-y ben vrai qu'un monsieur. . .?

COLINETTE, (Vînterrompant). Tiens, c'est une petite vengeance dont j'ai voulu avoir le plaisir, pour t'apprendre à ne pas manquer une autre fois au rendez-vous.

COLAS. Tu es trop méchante aussi de m'faire endêver comme ça.

COLINETTE. Eh bien! laissons cette plaisanterie qui te cause du chagrin et sois sûr que je suis toujours la même pour toi.

COLAS. Tu me remets le cœur. Eh ben, puisque tu n'es point fâchée, dis-moi donc encore une fois que tu m'aimes.

GOLiNETTE. Je te l'ai répété cent fois, mais je vetix bien encore t'assurer de mes sentimens.

ARIETTE

Le tendre amoar qui pour Colas m*engage,

Ne changera jamais d*objet ;

Les vains dehors d*un brillant étalage,

Sur moi ne font aucun effet ;

Ton cœur constant, ton cœur fidèle,

Pour le mien est un don flatteur :

C*est dans une ardeur mutuelle

Que Ton peut goûter le bonheur.

COLAS. Chère Colinette ! te me rends le bonheur.

COLINETTE. Es-tu contcnt de cette assurance ? et cela te guérirart-il de ta jolousie ?

COLAS. Pardonne-moi, ma chère, c'est parce que j 't'aimons que j'ons toujours peur de t'perdre, et pisque tu m'aimes aussi n'me donne donc pus d'chagrin ; mais à propos, y faut que j'te conte queuque chose qui nous regarde tous deux.

COLINETTE. Qu'CSt-CC quC C'CSt ?

COLAS. C'est pour à l'égard de not mariage.

COLINETTE. As-tu parlé à M. Dolmont ?

COLAS. Non, mais j'ai trouvé queuqu'un qui s'est chargé de l'y en parler avec moi, et j'y vas aller tout-à-l'heure.

COLINETIE. Que veux-tu dire ? Conte-moi donc cela.

COLAS. Tiens, v'ià comme ça s'est passé, je m'suis levé c'matintout triste comme d'ordinaire, et j'ai dit enmoi-même : c'est demain la fête à M. Dolmont, faut pas que je manque d'aller l'voir; c'est un bon jour pour Vy demander une grâce, faut que j'I'y conte mon amiquié pour Colinette, et que je la l'y d'mande en mariage ; il a l'cœur bon, il est généreux, peut-être qui ml'accordera.

COLINETTE. Et tu uc sougeais point au bouquet ?

COLAS. Pas un brin, j'avions trop d'choses en tête.

COLINETTE. Eh bien.

COLAS. J'ons donc été au château, mais eom'7 ii'^X:^ pas Vvé jVoDs pu Vy parler, et j'en avais \)e;iv âiw âïaçrai%

mais en revenant j'ons rencontré M. le Bailli qui m'a dit com'ça : D'où qu'tu viens Colas ? Moi jTy ai dit que j 'venais d'cheux M. Dolmont ; vl'a t'y pas qu'y s'est mis à deviner à mes yeux que j 'avions dTamour pour toi. Ah ! m'a t'y dit, j'sais bien c'que tu as, t'es amoureux d'Colinette ; moi quand j'ai vu ça, j'ai dit tout ingénument que c'était vrai, mais que j 'n'osions l'y en parler. Eh bien 1 Colas, y m'a dit, j'veux m'intéresser pour toi ; viens tantôt m'trouver cheux M. Dolmont, et je l'y en parlerai; moi ben content j'I'ons remercié, et j 'sommes accouru t'chercher pour te conter ça.

COLINETTE. Tu as fait là une belle affaire.

COLAS. Vas-tu point encore me quereller ?

COLINETTE. Qu'avais-tu besoin de t'aller confier à ce vilain Bailli?

COLAS. C'est qu'y va parler pour nous.

COLINETTE. Qu'avais-tu besoin de lui parler de cela?

COLIN. J'te l'dis, y m'a promis d'prendre nos intérêts ; et pis c'est que c'est un homme qu'a la langue ben pendue, va.

COLINETTE. Je te dis moi qu'il ne faut point s'y fier. Il faut que tu lui parles toi-même, ou ne plus songer à notre mariage ; mais voyez un peu quelle confiance !

COLAS. Pardine j'ons ben du guignon ! Je n'puis jamais t'contenter ; ne vois-tu pas qu'c'est un service que voulions me rendre M. l'Bailli ?

COLINETTE. Et moi je ne veux pas que tu lui ayes eette obligation.

COLAS. J'n'oserai jamais l'y en parler.

COLINETTE. As-tu pcur qu'il te mange? Fi donc! tu n'as pas plus de courage qu'une poule.

COLAS. Allons^ je vas prendre ma résolution et aller l'y parlet, coûte qui coûte, mais comment que j'dirai ?

COLINETTE. Il faut premièrement demander à lui parler,

et s'il n'est pas occupé, tu te feras introduire, tu le salueras,

et tu lai dira» : Monsieur, j'ai pris la liberté de vous troubler

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pour avoir Phonneur de vous souhaiter une bonne fête. Là-dessus il te répondra quelque chose, et aussitôt tu lui demanderas son consentement pour notre mariage.

COLAS. C'est bon, je m'y en vas.

OOLINETTE. Tu te souvieudras bien de cela?

COLAS. Oh ! que oui.

COLINETTE. Eh bien 1 voyons, répète-moi ce que je viens de te dire.

COLAS. Tiens, je suppose que tu es M. Dolmont ; j'ôte mon chapeau, et jU'y dis : Monsieur, je prends Thonneur d*avoîr la liberté...

COLINETTE, (U contrefaisant) . L'honneur d'avoir la liberté. Quel galimatias fais-tu donc?

COLAS. Eh dame aussi il y en a si long I j'puis t'y me souvenir de tout ça, moi ?

COLINETTE. Comment, ne peux-tupas répéter mes paroles?

COLAS. Eh sarpedié, j'ies dis toutes les paroles.

COLINETTE. Ouî, tu Ics arranges joliment.

COLAS. Tiens, laissons ça, vaut bien mieux que j'I'y dise tout franchement c'que j'ai dans l'âme.

COLINETTE. Oui ; mais tâches de t'expliquer le plus poliment que tu pourras, et cours vîte, car il sera occupé toute la matinée.

COLAS. Je dirai com'tu m'as dit, et j'y cours 4out d'suite ; mais où te trouverai-je ?

COLINETTE. Je vais t'attcudre là-bas daus le jardin, mais ne vas pas faire conune ce matin.

COLAS. N'y a pard'risque ; attends-moi, je s'rons bientôt r'venu.

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