LA HARPE
Harpe divine, ô source d*barmonie, Répète encor tes chants mélodieux.
Et toi qui d* Apollon partage le génie, Elève aussi ta voix qui sut charmer les Dieux. Mais déjà la corde soupire, L^on dirait un souffle du soir, Ou le murmure de ^Téphire, Dans les créneaux d*un vieux manoir.
Silence! un chant — La harpe recommence;
L*amour prélude à ses divins accords; Emilie a repris le fil de sa romance.
Jamais plus doux concert n*embrasa nos transports.
Ah! que ne puis-je en traits de flamme
Graver en moi ces doux accents.
Et nourrir longtemps dans mon âme
Le charme secret de mes sens !
Que ces doux sons expriment bien Tivresse
De deux amants qui, près d'un jeune ormeau, Interrogent leurs yeux qu'adoucit la tendresse, Et jurent de s'aimer jusque dans le tombeau.
O harpe qui te fait sourire F
Eugène volait un baiser
De son amante qui soupire
Et qui n'osa le refuser.
LE EÉPBBTOIRE NATIONAL. 237
Je vis alors son front où Tinnocence
Avait laissé sa couronne de fleurs, Plus rouge qu^une rose accuser Timprudence De Tamant qui déjà flétrissait leurs couleurs.
Mais quel nouvel écho résonne,
C^est le chant de nos vieux soldats ;
Et comme la foudre qui tonne . La corde redit leurs comhats.
Là has paraît le guerrier sur Tarène ;
Un noir panache omhrage son coursier.
Le glaive dans sa main hrille au loin sur la plaine, Le soleil enflammaient ses vêtements d^acier.
L*airain sonne dans la carrière :
Soudain volent les escadrons ;
Au milieu des flots de poussière
Le fer retentit sur les monts.
Victoire! a dit la harpe glorieuse,
Et ses accords devinrent plus bruyants.
Pour s*éloigner bientôt sur la plaine poudreuse, Et suivre des vaincus les bataillons fuyants.
Car déjà la chanson guerrière
Etait à son dernier refi^n.
Lorsque la brise printanière
Des ondes eflieura le sein.
La flbre d'or imitant son langage,
Du vieux pécheur commença les chansons, Et les échos lointains dont murmurait la plage Semblaient en soupirant renouveler ses sons.
Ainsi du poétique délire
La harpe, aimant les doux accords.
Chante ou sourit, gronde ou soupire.
Toujours fidèle à nos transports.
Jadis David répétait avec elle
Ces chants sacrés révérés des chrétiens; Et Paurore souvent en suspendant son aile.
Ecoutait leurs concerts des monts îduméens.
Au temple un jour j*ai cru Tentendre;
Mais ce n*était plus cette voix
Dont récho frappant Alexandre,
Lui fit suspendre ses exploits.
238 LE BÉPERTOIRE NATIONAL.