‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 132 sur 190 · MON TRAÎNEAU · texte numérisé non relu

MON TRAÎNEAU

Glisse, glisse toujours, suis les déclivités; Creuse encor des sillons dans la neige qui tombe En couvrant le dos noir de mon cheval, qui plombe Les cristaux de frimas écrasés sous ses pieds. Promène, ô mon traîneau, promène sur la neige, Berce, berce mon corps sur les peaux de bison Dont j*bîme à caresser le poil soyeux et long. Tandis que, ruminant, je m'endors sur ton siège, Et qu'un cigare en feu qui délecte mes sens Mêle aux vapeurs du punch ses doux enivrements !

(0 M. Aubin, né à Paris en 1812, est venu en Canada en 1834. U commença, à Québec, dans le cours de Tannée 1837, la publication du Faniasquef dont la verve et TtSprit ont fait rire bien des gens, même à leurs dépens. Lors de la seconde insurrection, en 1888^ il fut renfermé avec son imprimeur dans la prison de Québec, et on jetta rfmprimerie dans les caveaux du palaisde justice. Sorôde pri8on,ilrQcOmniençalapttUioationduFaa<a«gf«e . et plus tard, en 1843, il fonda et rédijg;ea le CosUm^ qui fiit discontinué à la suite des grands incendies de Québec. M. Aubin rédige aujourd'hui le Canadien. Ce monsieur est l'auteur d'un petit ouvrage, intitulé : La Chimie Agricole mise à la portée de tout le monde.

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Quand du jeune écolier paré du capot bleu Je fesais, en courait comme un daûn dans Tallée, Retentir bous mes pas les pavés du lycée Pour arriver plus vite à la salle du jeu, Mon cœur se dilatait aux accords d*un prélude ; Ce n*igtàit pas le bruit du fifre, du tambour, Dont jamais le concert ne troubla ce séjour, Ki le son du piano que j*aimais d*habitude:

C*était des voix d^amis préparant leiurs traîneaux Qui parlaient de glisser sur le flanc des coteaux.

Quand par un soir d*hiver, la lune m*éclairait De ses reflets d*argent répandus sur la neige ; Qu*à Tombre au pied des murs la main du sortilège Silencieusement se eoidait, 8*agitait, Des sons harmonieux comme le chant des fêe^- Yvrsaient dans mon oreille un diarme délirant ; Ce n*était pas la voix du petit oiseau blanc, Ni le bruit du grésil sur les feuilles gelées : C'était les sons joyeux qui sortaient des grelots Annonçant le tnyet des rapides traîneaux.

Quand, retrempée au feu des méditations,

Mon âme réfléchit la lampe du poète,

Et monte à sa lueur par degré jusqu!au &tte

Du bonheur idéal et des illusions,

H est un souvenir parmi ceux que j*«stîme

Qui vient comme un fantôme effiicer mes penaers ;

Ce souvenir n'est pas la verdure des prés«

Ni du soleil couchant le rose si «oUime :

Non! mais ce souvenir, si suave, si beau,

Ce souvenir d'école enfin, c'est mon traîneau.

Glisse, glisse toujours, suis les déclivités; Creuse encor des sillons dans la neige qui tombe En couvrant, le dos noir de mon cheval, qui plombe Les cristaux de frimas écrasés sous ses pieds. Promène, ô mon trûneau, promène sur la neige, Berce, berce mon corps sur llËs peaux de bison Dont j'aime à caresser le poil soyeux et long. Tandis que, ruminant, je m'endors sur ton siège Et qu'^n cigioie en feu qui délecte mes sens Mêle aux vapeurs du punch ses donx enivrements!

J, Phkl^QV (0 M, PbeUux d-de?ant rédacteur de \a Minerve*

248 LE BiFEBTOIBE HATIOHAL.

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