‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 139 sur 190 · LE PONT DE PIERRE · texte numérisé non relu

LE PONT DE PIERRE

iéclin d'un beau jour du mois de septembre, je quittai Santé, charmant village situé à environ douze lieues lie de Québec, et gagnai la forêt en arrière, déterminé,

la débilité de mes vieilles jambes, d'aller contempler mde curiosité de la nature qui se trouve à quelques le marche de ce village. Ni les instances de mes li les prières de ma famille, qui tous me représentaient gués, les privations et la misère qu'il me fallait essuis ce voyage, ne purent me dissuader de mon projet.

bien muni de provisions; je n'avais pas non plus ie tabac à pipe, quoique Aristote dise que tout tabac isible à la santé. J'avais pris au Cap-Santé deux is qui devaient me piloter dans cette expédition, [uoiqu'arrivé à l'automne de son âge, conservait encore ette vigueur qui accompagne d'ordinaire jusqu'à la

vie active et laborieuse ; et l'autre jeune et robuste

pour le plus capable du village. Ils étaient tous snommés pour leurs longues excursions dans les bois naient à beaucoup de bon sens, à des manières civiles rentes, cette aimable gaité si caractéristique de nos X paysans. Après une marche de quelques heures lous arrêtâmes, jugeant qu'il était temps de dresser abane pour la nuit. Nous eûmes bien vite &h^tt\L ^<^

qall fallait d'arbres pour la faire, et le tout fat fait en bien pen de temps ; la terre jonchée de rameanx de sapin nous tenait lien de lit, et j'avone qne snr le mol êdredon je n'aurais pas dormi d'un sommeil plus profond qne dans cette cabane.

Le lendemain, conune de coutume, car je suis fort matineux, à l'aube du jour j'étais debout; après un léger repas nous nous mîmes en marche. Le temps était magnifique. Tantôt s'ofirait à nos regards une montagne dont la cime allait se perdre dans les nues : alors nous en suivions le penchant et par de longs détours nous nous épargnâmes les fatigues de la gravir dans sa plus forte hauteur. Tantôt c'était une rivière qu'il nous fidlait traverser: dans ce cas ' nous mettions toute notre dextérité à lier ensemble de petits arbres, sur lesquels nous nous embarquions. Ainsi nous franchissions tous les obstacles qui se présentaient. Enfin, après avoir parcouru de vastes solitudes pendant sept grands jours, et non sans avoir subi assez de misère, nous arrivâmes au lieu désiré — au célèbre pont de pierre naturel, dont j'avais tant ouï parler. Quel spectacle ravissant pour l'homme admirateur de la nature! Je ne puis décrire les mouvements dont je fus agité lorsqu'il se développa à mes regards.

Entre deux montagnes escarpées, bordées de divers arbres, les plus beaux qu'on puisse voir, coule une rivière superbe. Les sauvages, m'a-t-on dit, lui ont donné le nom de Scandindâîoy mot de leur langue qui veut dire rivière ou fontaine de nos blondes. Quoique profonde^ l'eau en est si limpide qu'on voit parfaitement le fonds, qui est un pavé de petits graviers. C'est sur cette magnifique rivière que se trouve le pont de pierre naturel, qui est une espèce de digue de pierres admirablement liées ensemble, qui s'élève audessus de l'eau à peu près dix pieds, et qui ne laisse de passage à l'eau que par une ouverture vers le milieu d'environ sept pieds de large. La largeur totale de ee pont est de vingt-cinq à trente pieds, et dans son endroit le plus large, il a dix pieds, 1\ ^al A'xm^ ^Q\\4it4 à toute épreuve.

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il n'y âarait qae de fortes commotions de la natm'e qui pourraient en disjoindre ses parties. Le dessus ou le jpa&é est couvert d'un gazon mousseux, où il croît pourtant de faibles arbrisseaux. J'ai observé à l'une des extrémités un sumac, dont le fruit faisait pencher les branches de tous côtés.

Enchantés de ce chef-d'œuvre de la nature, nous décidâr mes que nous resterions là quelques jours, si nous pouvions toutefois faire assez de pêche et de chasse pour nous nourrir. Dans cet espoir, nous commençâmes notre cabane au pied de la montagne; nousy dévouâmes plus de temps qu'à celles que nous avions faiteé précédemment, aussi était-elle très confortable. Nous y allumâmes un grand feu d'un bois dont la bonne odeur en brûlant se répandait de tous côtés.

Quelle nuit délicieuse je passai dans ce lieu! le gazouillement de l'oiseau rouge au milieu de la nuit me ravissait, et les cris lugubres du sinistre chat-huant vibrent encore à mon oreille.

Le lendemain, dès que l'aurore commença à poindre, nous nous mîmes, moi et l'un de mes hommes, à pécher, tandis que l'autre allait essayer sa chance avec son fusil. Mais ce fiit en vain. H fallut en conséquence repartir pour nos foyers. Mais avant de quitter l'endroit, je mis sur un bouleau, le seul dans les environs de notre cabane, une inscription pour attester ma visite au célèbre pont de pierre, que des gens incrédules semblent révoquer en doute, parce que j'ai failli plusieurs fois dans des entreprises semblables.

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