LA TOUR DE TRAFALGAR
Etes- vous jamais allé jusqu'au Fort des Prêtres à la montagne ? Vous êtes-vous eijfoncé quelquefois dans les sombres taillis qui bordent au sud-ouest la montée qui conduit à la C0te des Neiges ? Et si vous avez été tant soit peu curieux d'examiner ^es sites pittoresques, les vallées qui n'étendent jeunes et fleuries sous vos yeux, les rocs qui parfois s'élèvent menaçants au-dessus de vos têtes ; vous n'êtes pas sans avoir vu comme une tache blanchâtre qni apparaît au loin, à gauche, sur le fond vert d'un des flancs de la montagne. Eh bien, cette tache qui de loin vous semble comme un point, c'est une petite tour à la forme gothique, aux souvenirs sinistres et sombres, pour celui qui connaît la scène d'horreur dont elle a été le théâtre.
^ , l'orage.
C'était, il y a quelques dixaines d'années, par un beau jour du mois de juii^, le soleil s'était levé brillant. Je pris mon fusil, et suivi de mon chien, je me dirigeai vers le Fort des Prêtres, dans l'intentiqn de ne revenir quç le soir à la maison. Il était midi quand j'arrivai à la Croix Rouge, à laquelle se rattache le souvenir de l'exécrable Bélisle (^).
(?) Extrait du réquisitoire du procureur du roi: — Je requiers pour le roi que Jean Baptiste Goyer dit Bélisle soit déclaré duement atteint et convaincu d'avoir de dessein prémédité assassiné le dit Jean Favre, d'un coup de pistolet et de plusieurs coups de couteau, et d'avoir pareillement assassiné la dite Marie Anne Bastien, l'épouse du dit Favre^ à coups de bêche et de couteau, et de leur avoir volé l'argent qui était dans leur maison; pour réparation de quoi il soit condamné avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs sur un échafaud qui, pour cet effet, sera dressé en la place du marché de cette ville, à midi; ensuite sur une roue, la face tournée vers le ciel, pour y finir ses jours, le dit Jean Baptiste Gojer dit Bélisle préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire; ce fait, son corps mort, porté par l'exécuteur de la haute justice sur le grand chemin qui est
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La terre était couverte de niille fleurs nonvellement écloses, la végétation se faisait avec vigaenr, les feuilles des arbres qui commençaient à se développer, formaient une ombre qui s'étendait épaisse sur le gazon. Assis sous un grand orme, j'écoutais le gazouillis des oiseaux qui se répétait mélodieux, pour se perdre ensuite dans le murmure d'un petit ruisseau qui coulait à ma droite. Le zéphyr doux et chaud, tout eu secondant le développement de la nature, portait aux sens une étrange impression de volupté. Après quelques heures * d'une délicieuse nonchalance, je me mis à la poursuite d'una couvée de perdrix que mon chien avait fait lever, et insensiblement je4n'égarai dans la montagne. Déjà il se faisait tard, quand je m'aperçus que j'avais perdu ma route. Le temps s'était enfui rapide, d'énormes nuages, couleur de bronze, roulaient dai^s l'espace, et par moments voilaient le soleil, qui déjà rasait la cime des hauts chênes. Bientôt les nuages se condensèrent, et formèrent comme un dôme immense qui s'étendait sur tout l'horizon et menaçait de se dissoudre et de s'abîmer en pluie. Les oiseaux fuyaient d'un vol rapide, et cherchaient un abri contre l'orage qui allait bientôt éclater. Le vent s'était élevé terrible et soufBait furieux à travers la forêt. Qnelqueà éclairs déchiraient les nues et serpentaient avec une majestueuse lenteur. Déjà même on entendait le tonnerre qui grondait sourd dans le lointain. Quelques gputtes d'eau tombaient larges sur , les feuilles des arbres ; et moi, j'étais là, seul, isolé, au milieu de la montagne, sans^ guide ni sentier poui: retrouver mon chemin. Dans l'étrange perplexité où je me trouvais, je saisissais avec avidité tout ce qui aurait pu m'être utile, j'écoutais avec anxiété le moindre bruit, mais je n'entendais
entre la maison où demeurait le dit accusé et celle qu'occupaient les dits défunts Fayre et sa femme; les biens du dit Jean Baptiste Goyer dit Bélisle acquis et confisqués au roi, ou à qui il appartiendra sur iceuz, ou à ceux non sujets à confiscation, préalablement pris la somme de trois cents liyres d'amende, en cas que confiscation n'ait pas lieu au profit de sa majesté. Fait à Montréal, le 6e juin, 1752.
(Signé,) FOUCHBB.
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que le cri de lâ choaette, qui se mêlait seul et prolongé aux sifflements du vent. Un instant je crus entendre le bruit d'une sonnette, dont le son fêlé vibra, en ce moment, doux à mes oreilles. Je me précipitai, le cœur serré, vers l'endroit d'où le son paraissait sortir. En avançant j'entendis distinctement la marche d'un homme; j'allais être sauvé. Mais je fus frappé d'un bien cruel désappointement, quand je reconnus que ce n'était que l'écho de mes pas qui avait causé mon illusion: et le son, ce n'était autre chose qu'un courant d'air qui, s'introduisant avec impétuosité dans la fissure d'une branche fendue, imitait de loin le bruit d'une clochette fêlée.