‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 164 sur 190 · LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE

XfC jour, au loin, blanchîssût Thorizon; Le laboureur sortait de sa chaumière, Et le troupeau bondissant au yallon, Paissait déjà la verdure légère.

Le Sarmate était là; le front courbé d*ennuip, n voyait à regret 8*enfuir Tombre des nuits.

A ses yeux la clarté renouvelait Toutrage, Qu'imprimait sur son front le joug de Fesdavage. O ma triste patrie où donc est ta splendeur?

Le barbare, ditril, ne craint plus ta puissance.

Comme un lion, brisé par la douleur, Tu meurs sans te venger de sa lâche insolence.

Naguère encor, le guerrier de Wilna Sur la tète des rois ûdsait brandir sa lance; Les plaines de Madrid, les flots de Moskowa

Diront longtemps son nom et sa vaillance.

Son coursier, hennissant aux portes des palais. Troublait impunément le sommeil des monarques,

Et le doigt sang^t des Parques Montrait le vieux, Kremlin au brave Pcdonais.

Mais qu*il fut court ce jour de gloire!

Les frimats ont, dans nos lauriers, Détruit le prix que la victoire Devait à d'illusties guerriers.

Les lois ne tremblent plus à la voix de leur maître ; Des débris de son sceptre ils ont armé leurs mains, Et du trône orgueilleux où le sort les fit naître Us foulent sous leurs chars le reste des humains.

Depuis ce jour au barde solitaire La liberté n*inspire plus d*accents ; Sa lyre s*est brisée, et la corde légère J^e pousse que des gémissements.

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Mais n*entendez-yoa8 pas sous le soc qui résonne

Mugir Facier qui fit tremUer les rois f Des casques et des fers, des débris de couronne, Au laboureur pensif rappellent nos exploits.

Iciy dit-il, tombaient ces héros de Thistoire; Toujours pour la patrie, ils bravaient les combats. Plus loin, Poniatowski s'engloutit dans sa gloire. Et rister aux tyrans dérobait son trépas.

Hélas! de la Pologne il était Tespérance :

En vain, elle rêvait son antique puissance, Tout, espoir, liberté dorment dans son tombeau ; De la patrie en lui sVst éteint le flambeau.

Heureux le Polonais qui, dans ces jours de deuil,

Avec Tesquif disparut dans Forage; Son noble iront n*a pas, oubliant son orgueil. Essuyé la poussière aux pieds de Fesclavage.

Sa tombe eét là, dans ces champs immortels

Où résonnât la foudre des batailles.

Des héros ont pleuré sur ses restes mortels; Le tambour répondait au chant des funérailles.

Sa tombe est là; le triste voyageur Regarde avec respect la pierre qui la couvre; Et sous Fherbe penchée et que sa main entr*ouvre, n lit un nom qui fût fidèle à la valeur.

Cependant à Warsaw le coursier des barbares.

En paix, foule les champs où donnent nos aïeux,

Et Fair répond aux lugubres fan&res Que le Cosaque altier exhale dans ces lieux.

Pleure, ô Pologne abandonnée!

L'espoii' a déserté ton cœur.

Et la cruelle destinée Comble ta coupe de douleur.

Mais la nuit de son aile immense A tes yeux dérobe le jour.

Paix, ta voix trouble le silence Et le Baskir veille à la tour.

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Cndns de raUamer sa colère, Les plean blessent Toeil du tyran; n hait le cri de la misère Qn*amielie un jong intolérant.

En proie aux étrangers perfides, Gémissent tes fières cités.

Vois briller dans leurs mains avides Les firuits de tes champs dévastés.

Pleure, ô Pologne abandonnée!

L*e8poir a déserté ton cœur, Et la cruelle destinée Comble ta coupe de douleur.

Le Sarmate chantait, ainsi, dans «on délire, L'hymne de la douleur résonnait sur sa lyre.

De ses tristes pensers, en vain, troublant le cours. Les maux de son pays le poursuivaient toujours. Ahl si Tastre des cieux, des portes de Taurore, Revoyait au château, sur les lambris qu*il dore, Ces armes autrefois fatales au tyran.

Que mes aïeux beignaient dans le sang ottoman» J*y trouverais écrit par la main d*un autre âge : Tout pour notre patrie et mort à Tesdavage.

Mais Forage a détruit ces restes glorieux, Sous Praga s'est brisé le fer de nos aïeux.

Hélas! ce jour fatal vit tomber ma patrie!

A peine arrache-t-elle une larme attendrie Au Polonais courbé sous le poids de ses fers; Comme au mourant pour lui ce nom n'est plus qu'un songe Qu'un espoir mensonger alimente et prolonge, Semblable au mirage des déserts.

Mais quel chant glorieux vient frapper mon oreille? Ah non]... mon cœur s'est trop nourri d'illusions.. Cependant, je la vois, la Pologne s'éveille, J'entends partout retentir les clairons.

L'ange terrestre a dit: Warsaw, brise ta chaîne. Devant nos fers vengeurs s'est enfui le tyran;

Et les débris de son sceptre insolent Surnagent dans le sang des g^errier8 de l'Ukraine.

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B règDe encor notre drapeau:

8orti glorieux de Forage, Sois nous daD8 ce jour le plas beau, L*arc-en-ciel qui brille au nuage.

Mille ans ont consacré ta gloire et tes exploits; Tu fus des ennemis le signe d'épouvante,

Et Sobieski, te suivant autrefois, Renversa le croissant sur la plaine sanglante.

Vieux héros de Pnga, lève-toi du cercueil, L*aigle de la Pologne anime ta poussière.

Dans les murs de Warsaw regarde avec orgueil Tes en&nts couronnés poursuivre ta carrière.

Et sur vos glorieuses tours Faire parler encor vos magiques tambours.

Chante, ô toi Pologne immortelle !

Ce jour de gloire et de splendeur; Jamais une palme plus belle Brilla dans la main du vainqueur.

En vain, une ombre passagère Couvrit ton front majestueux.

Des tyrans le règne éphémère Ne fut qu'un rêve soucieux

Mais silence... un bruit sourd gronde dans le lointain..

Oui, c'est le flot qui mugit sur la rive...

O barde, tu frémis; pourquoi tremble ta main Sur la corde plaintive?

Quel phantome, dit-il, vient de paraître au nord? Un nuage enflammé reflette au loin sa lance.

Et Tourse en nigissant voit ses étoiles d'or Verser des flots de sang sur l'impyrée immense.

Aux armes, Polonais! sur les bortes du Czar;

Mais leur nombre est égal aux feuOles des montagnes.

Braves lanciers, déployez l'étendard.

Ma lyre vous suivra pour chanter vos campagnes!

Ostrolenkal... dit le Baskir, Soudain s'avança le barbare.

Guerrets, son sang sut vous nourrir.

Le ciel en fut-îl mo\ii% «^«te*^

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Pour nous ce jour fut glorieux; Mais que nous coûta sa victoire !

L'élite de fils courageux, Pologne, a trop payé ta glcHre.

Comme les vagues de la mer Se précipitent sur la rive, L*ennemi brandissant son fer Inonde Tàrène plaintive.

Oui, seul le nombre f accabla, Sarmate, fils de la vaillance, En vain, ton courage ébranla Le Moscovite et sa puissance.

Sur Warsaw le vainqueur jette un œil irrité.

Dans ses derniers remparts combat la Uberté.

O liberté chérie, astre de la lumière, Verra-t-on le tyran dans son humeur altière De ton auguste autel disperser les débris?

L'implacable destin est-0 sourd à tea cris?

Mab hélas,. c*en est fait, FËurope t'abandonne ; Des barbares du nord la voix! d'airain résonne. Warsaw, fière Warsaw! victime oSérte aux Cieux, Tu portas au bûcher un nom pur, glorieux :

Le sang de Sawiski consacra ta poussière.

Dormez, restes sacrés, dans la nuit des tombeaux. B vaut mieux succomber, succombeir en héros, Que de vivre pour voir sous les pieds des chevaux Profaner le sein de sa mère.

Barde, élève encore tes chants; Que Tautan gronde sur ta lyre; Emprunte les gémissements Des flots que Torage déchire.

La foudre éclatte sur les monts, Le brouillard fbit devant Torage, Dans l'air sifflent les aquilons Qui répondent à ton langage.

Dieu serait -il sourd à ta voix?

Reconnais ces sigùes terribles, La mort de son fils autrefois Troubla les éléments sensibles;.

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Il brisa le joug de la mort, n domina toute la terre; Oui, Pologne, espère encor.

Tu renaîtras un jour de ta ppussière.

F. X. Gaenbau.

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