L'ÉRABLE
Parti dû nord, Thiver, en frissonnant, Déroule aux champs son froid manteau de i)eige ^* L*arbust€ meurt, et le hêtre se fend.
Seul au désert comme un roi sur son siège, Un arbre encor ose lever son front, Par les frimats couronné d*un glaçon ; Cristal immense, où brillent scintillantes, D*(Nr et de feux mille aigrettes flottaule«^
340 LE RÉPERTOIRE NATtOKATr^
Flambeau de glace, otîncf.'Uant la nuit.
Pour diriger le chasseur qai le suit :
Du Canada c'est l'érable chérie, L'arbre sacré, Tacbre de la patrie.
Mais quand séphyr amoBît' les ^oos, Que le prinlemps reparait c^ns la plaine.
Le charme cesse ; ils tombent ee» glaçons.
Comme des bals la parure mondaine Dont la beauté s'orne tous les hirers.- L'arbre grisâtre échau£fe par les airs.
Verse des pleurs de sa souche entr'ouyerte, Comme un rocher suinte une écume verte f Mais douces pleurs, nectar délicieux, C'est un breuvage, un mets digne des Dieux :: Du Canada c'est l'érable chérie, L'arbre sacré, Tarbi'é de la patrie.
L'été s'avance avec ses verts tapis; Et libre enfin du bourgeon qui la couvre, En festons verts sur chaque rameau gris, Comme un trident une feuille s'entr'ouvre ; L'arbre s'ombrage, épaissît ses rameaux, Fait pour l'amour des voûtes, des berceaux.
Sur le chasseur, l'émigré qui voyage,' Le paysan^ il étend son feuillage, Dôme serré qui brave tour-^-tour^ Les vents d'orage, et le» rayons du jour :- Du Canada c'est l'érable ehérîe.
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.
L'automne enfin sur l'aile d'Aquilon, Comme un nuage emporte la feuillée, Et verse à flots sur l'humide vallon, Brume, torrent, &oid, brouillard et gelée.
L'érable aussi dépouille son orgueil, Et de» forêts sait partager le deuil ; Mais en mourant, sa feuâle, belle encore, Des feux d'Iris, et du &rd de l'aorore, Tombe et !frémit, en quittant son rameau, Comme le vent sifOb aux mâts d'un vaisseau r Du Canada c'est l'érable chérie, L'arbre sacré, l'arbre de k patrie.
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