‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 43 sur 190 · ADRESSE AUX JEUNES ACTEURS · texte numérisé non relu

ADRESSE AUX JEUNES ACTEURS

Vous qui, novices encor dans les jeux de Thalie,

Voulez avec succès jouer la comédie,

Agréez qu'en ces vers ma muse sans fiiçon.

Vous donne sur cet art une utile leçon.

Peu fiiit pour m'élever au ton de Melpomène,

De Thalie autrefois je montai sur la scène ;

Ces muses quoique sœurs diffèrent dans leur goût.

Mais leur art est le même et peut senrir à tout.

6S LE BÉFEETOIBE NATIONAL.

L*art de représenter n'est point on jeu folâtre^

n faut du jugement pour briller au théâtre ;

Et tel, qui quelquefois se croit un bcm acteur,

Ne fiiit qu*à ses dépens rire le spectateur.

Acteurs, pour réussir voici la règle sûre :

Obseivez, imitez, copiez la nature ;

Examinez surtout quelles impressions

Produisent sur les traits toutes les passions ;

Afin, selon le cas, qu*en votre personnage,

Vous puissiez sur cela mouler votre visage ;

Qu'il sache en temps et lieux exprimer la douleur,

Le plaisir ou la peine, ou la crainte ou la peur.

De chaque émotion saisissez bien le geste.

Que d'accord avec lui, votre air se manifeste ;

Sachez pdndre en un mot l'exacte vérité.

Que dès votre début en entrant sur la scène,

On puisse deviner quel motif vous amène.

Et, même en la coulisse, en vous composant bien.

Avant que de paraître ayez l'air qui convient.

Je ris d'un froid acteur qui sans intelligence.

Apporte sur la scène un air d'indifférence,

Et qui par ineptie ou par distraction,

Semble être étranger à tonte l'action ;

Ou qui sortant à tort de l'esprit dé son rôle.

Abandonne son jeu avecque la parole.

Acteurs, pour conserver toujours l'illusion,

A ce {Mrécepte-ci faites attention :

Tout le temps qu'un acteur est présent sur la scène,

U doit être attentif et toujours en haleine ;

Toujours à l'action il faut qu'il prenne part.

Et la marque du geste ainsi que du regard.

Des plus près spectateurs oubliez la distance, Et n'ayez avec eux aucune intelligence ; Si l'on vous applaudit n'en faites pas semblant. Et gardez- vous surtout d'aucun remerciment ; L'acteur qu'on applaudit ne doit jamais en fidre. Que vos yeux soient fixés vers le fond du parterre Lorsque «eul sur la scène od tous voit déclamer, AttacheSfVous, aussi, à vous Ynen exprimer ; G*e8l peu pour on acteur de bien savoir ses rôles, . S'il ne sait faire aussi entendre ses paroles.

LE BÉpiBTOIRE NATIONAL. 69

Fuyez en prononçant toute affectation,

Et parlez comme on parle en conversation.

Je sais que plus touchant, le ton de Melpomène,

Veut qu*ayec dignité Ton parle sur la scène ;

Toujours triste, éperdue, là tragédie en pleurs,

Se plaît dans les allarmes et vit de ses douleurs ;

Mais sa joyeuse sœur, de sarcasmes nourrie,

Veut que tout isimplement on converse et Ton rie.

Imitant la nature en sa simplicité.

Jusque dans le costume aimez la vérité,

On peut s*eu écarter sans craindre la critique,

Dans les rôles outrés du burlesque comique.

Où la charge souvent soutient Fillusion;

n faut partout ailleurs de la précision.

Quelque talent qu*il ait, Tacteur ne saurait plaire.

Quand un costume faux dément son caractère.

Et le rôle en un mot perd souvent tout son sel.

Quand Thabit et Tacteur n*ont point Tair naturel.

Le langage affecté ne peut plaire à personne ;

Mais rien n'est plus choquant qu*un acteur qui gasconne,

Et qui, croyant briller, ikit ridiculement

Sonner xîhaque syllabe avec un t<ID pédant ;

C*est d*un acteur sans goût le défaut ordinaire.

Ne donnez pas pourtant dans un excès contraire,

Et gardez-vous encor, pour avoir plus tôt fait,

De réciter un rôle ainsi qxCxm chapelet ;

Les sifflets furent &îts pour Tacteur monotone.

Acteurs, si les conseils qu^en ces vers je vous donne.

Reçus en bonne part sont goûtés de chacun,

Souffrez qu^en finissant j'en ajoute encore un :

Pure et chaste en ses goûts, de l'aimable Thalie,

Gardez-vous de jamais blesser la modestie,

C'est en vain dans leurs jeux que d'indiscrets acteurs

Se flattent d'amuser en corrompant les mœurs ;

Si d*un trop libre auteur vous choisissez l'ouvrage,

Des endroits mal sonnants il faut rayer la page ;

Mais pour mieux &ire encor, et si vous m'en croyea,.

Faites choix des auteurs déceos et ehAtiés;

A vos amusemens pourrait*on contredire.

Si sur le choix des pièces il n-est rien à redire ?

Non. Pourtant si quelqu'un vient blâmer ma leçon^

n n'a rien à payer du moins pour la fiiqon.

70 LE BÉFBBTOIBE NATIONAL.

STANCES MAROTIQUES À MON ESPRIT, (i)

Non, mon esprit, vous n*ête8 sot.

Mais onc ne fûtes philosophe :

Point n*est sagesse votre lot ; Pourtant ne manquez pas d*étoffe.

Point trop mal vous dites le mot ; Assez bien raillez sans déplaire ; Or un sot ne le pourrait faire ; Non, mon esprit, vous n*êtes sot.

Mais flatter ne fut mon métier; Plurtant soufirez cette apostrophe ; Bien êtes un peu smgulier ; Mais onc ne fûtes philosophe.

Triste, gai, libertin, dévot, Sans fin variez votre assiette, £t don» à bon droit je répète.

Point n'est sagesse votre lot.

(>) En justioe pour M. Qnesnel nous devons dire que nous apprenons de M. Jacques Viger, que la note de la page 62 est injuste en disant» ** qu'on ** trouve dans ces pièces des licences que l'impression ne sonffire pas plus " maintenant que les fautes d'orthogr%pbe." M. Yiger possède dans ces précieuses notes sur l'histoire et les hommes du Canada, une copie des œuvres de M. Quesnel où ces fautes n'existent pas: les copistes ou les imprimeurs aurûent même changé des vers entiers, suivant M. Yiger. Nous regrettons de n'avoir pu puiser dans la " Saberdache" de M. Yiger. Nous n'en étions pas le maître. D'ailleurs, afin d'éviter tout reproche à ce sujet nous avons dit dans notre prospectus: ** Les écrits porteront la date " de leur première publication et seront insérés dans le Répertoire sans subir " aucun changement** Les auteurs ou les amis des auteurs nous auraient rendu service en nous informant des erreurs qui ont pu se glisser dans la première publication des pièces littéraires que nous republions. Nous recevrons volontiers toutes les informations que l*on voudra bien nous donner, afin de nous empêcher de commettre involontairement des injustices envers n'importe quel écrivain. A propos nous devons dire aussi que les détails de la note de la page 7 nous ont été fournis par le fils de M. Joseph Quesnel, M. Frederick Auguste Qnesnel, Avocat et Conseil de la Beine, etci-devuatVêpaté du Comté de Kent et du Comté de Montmorency.

IiB BÉFE^TOIBB NATIOKAL. 71

Or évitez des esprits vains, Commune et triste catastrophe ; Car certes n'êtes des plus fins ; Pourtant ne manquez pas d*étoffe.

Joseph Quxsrbl.

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