‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 64 sur 190 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Milton commence par l'invocation. Son début est plein de feu et de majesté ; ses allusions pleines de justesse, et conviennent parfaitement au génie de l'auteur.

Il s'enquiert ensuite des causes qui ont fait le malheur de

l'homme et décrit Satan d'une manière admirable) mais ce

vers :

hope never cornes

That cornes to ail

est contredit par le poème même, puisque Satan se nounît continuellement du fol espoir de renverser Dieu^ Il règne une énergie marquée dans la description de l'état (^ se

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trouve le prince des démons dans son lit de flammes, et son discours à Belzébuth est assorément de la plus grande beauté; mais en même temps il est directement contraire, en plusieurs endroits, aux maximes de la théologie et de la métaphysique. L'on trouve même de temps à autre, des traits d'impiété que nous sommes portés à attribuer plutôt à un défaut de jugement qu'à une dépravation de principes. Tels sont les vers suivants :

In dubîous battle, on the plains of heaven,

And shook bis throne. \^at though the field be lost I

AU is not lost et

Who from the terror of thîs ann so late, Doubted bis empire

L'on pourrait prétendre que ce langage est bien adapté à la situation et aux sentiments naturels à un démon : mais l'on peut répondre qu'un démon doit dire la vérité, parce qu'il ne peut avoir aucun intérêt à la déguiser. Or, le dîar ble connaissait toute la puissance de Dieu et son immutabilité. Ces impiétés ne convenaient donc pas à un démon qui parlait à un autre démon aussi savant que lui sur la nature de l'Etre suprême. La réponse de Belzébuth donne sans doute beaucoup de mérite à l'auteur, ainsi que la réplique de Satan; mais nous en allons citer quelques vers, en remarquant ce qu'il y a de contradictoire :

endangered heaven*8 perpétuai king,

And put to proof bis bigh supremacy.

Ces vers contredisent plusieurs des pensées ci-dessus^ sans compter Pimpiété qu'ils respirent. Même remarque au sujet des vers suivants :

anddistrest

9 HÎ8 inmost counsel from their destined aim.

L'on nous donne à entendre plus haut que les anges révoltés étaient retenu» par des chaînes de diamaiil*. ^ ^

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peut faire croire que Satan n'a pn projeter des promenades avec Belzébuth et plusieurs autres, sans s'être dégagé de ses liens, après des efforts considérables.

Ce qui vient ensuite, jusqu'à un autre discours de Satan, frappe l'imagination par les sublimes pensées qui y abondent. Mais il est fâcheux que l'on ait à remarquer que les comparaisons des démons avec les Titans et les baleines rabaissent, plutôt que d'élever tout ce que nous dit Milton de la force, de la puissance et de la grandeur des anges révoltés. Car enfin la grandeur des Titans et de la baleine est à k portée de l'esprit humain, et le poète nous donne à entendre, en plusieurs endroits de son ouvrage, qu'elle surpasse l'idée que l'on en peut concevoir. Le poète se trompe dans les vers suivants, en prêtant à un démon une pensée qui ne peut convenir à sa nature :

Both glorying to hâve escaped the Stygean flood, As gods ; and by their owd recover'd strength, Not by safferance of supernal power.

Le discours de Satan ne renferme guère que des pensées vagues et nullement appuyées par sa situation présente. Il y a pourtant dans le commencement de ce discours plusieurs élans d'imagination sublimes, et les vers qui les contiennent sont pleins d'harmonie imitative.

La réponse que lui fait Belzébuth renferme l'expression la plus énergique de sentiments diaboliques. Le poète reprend son récit avec ce ton éfëvé qui lui est particulier. Mais qu'il est aflSigeant pour ses admirateurs de voir la comparaison des Egyptiens, qui se voient avec les rois des enfers étendus dans leurs lits brûlants ! Satan parle ensuite avec beaucoup de force, surtout dans le dernier vers :

Awake, anse, or be for ever fàllen.

Aussi ces paroles produisent-elles l'effet qu'on doit en attendre. Au commencement de la reprise du récit. Ton voit une comparaison dont l'idée çtète d'îAitaat çlus à rire,

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^ les vers en sont exacts et hannonienx. Ce sont les ûêmons qu'on assimile aux hommes du guet, qui se réveil- ^eat en sarsaut, au cri d'alarme :

They heard, and were abashed and up they «prang Upon the wing, as when men want to watch, On duty sleeping, found by whom they dread, Rouse and bestir themaeWea, are well awake.

Suit une autre comparaison de même nature :

as wben thepotent rod

Of Aniram's son in Egypt*s evil day,

Wav*d round the coast, up caird a pitch cloud

Of locuste

Vient ensuite je ne sais quoi de Moloch, d'Ammonites,

^^« Basan, de Moab, de Gomorre, d'Hébreux, de Josué,

^^'un sens très obscur. Milton suppose des diablesses avec

^^s diables, quoique la révélation et la théologie ne nous

enseignent pas qu'il j ait eu des anges féminins dans le

^lel. Dans cette incertitude, il faut supposer, à tout

liasard, que les démones étaient déjà dans l'enfer avant l'ar-

tivée de leurs compagnons. C'eût été sans doute une chose

^gne de curiosité que de voir leur première entrevue.

Milton, après le nom de chaque démon, nous donne l'histoire des superstitions du pays où ce démon a régné. Ce sont autant d'épisodes qui nous font perdre le fil du récit poétique, au lieu de l'animer, en le variant.

Le poète fait une longue énumération de cors, de timbales, d'enseignes impériales, de drapeaux, d'armoiries, de casques, de dards, de boucliers et de flûtes. Ensuite l'armée démoniaque se range, et elle est disposée à faire toutes les évolutions militaires. Satan leur fait une harangue magnifique, mais où l'on trouve encore quelques impiétés. Elle finit par ces beaux vers :

War then war,

Open or undentood, must be resolved.

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Ce discours enflamme les anges rebelles d'un esprit séditieux : et, sans dire pourquoi un détachement part, Mammon, qu'on prétend avoir été avare jusque dans les cieux, le commande. Ils vont excaver de l'or d'une montagne ; et, chimistes éminents, ils préparent dans des creusets l'or qu'ils fondent) pour le faire couler dans des moules qui se trouvent là touf^exprès. Un orchestre de diables €xécute une symphonie d'une douceur toute diabolique, dont la belle ordonnance fait que les matériaux s'édifient d'eux-mêmes. Mais rien de plus surprenant que l'architecture moderne usitée en enfer, longtemps avant son invention dans le monde I Certes, un tel édifiée pourrait bien inspirer de la jalousie à la tour de Babel et aux pyramides d'Egypte, si elles en étaient susceptibles. Suit la description de l'intérieur du palais auquel on donne le nom de Pandémonium. Les pairs de Satan s'assemblent en conseil solennel dans le vestibule de ce palais. (Pomquoi n'y a-t-il pas une^ chambre des communes, puisqu'il y a une chambre des lords?) Par l'ordre de Satan, la populace des démons devient pygmée, et les pairs assis sur des sièges d'or vont commencer les débats.

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