LIVRE SECOND
Milton, après avoir parlé d'unt^ône magnifique sur lequel est assis Satan, lui fait débiter un discours pompeux, par lequel il ouvre la séance. Il propose une alternative, et finit par ces mots:
Who can advise may speak.
Meloch opine, et la manière énergique dont il s'exprime dévoile presque toute l'horreur de sa situation.
Bélial parle ensuite. Mais avant de rapporter son discours, le poète nous le dépeint comme le plus beau des anges révoltés. Il lui donne de superbes traits, quoiqu'un
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W^ altérés par Faction de feu infernal et obscurcis par la Aimée. Un autre pair se lève, dont Milton dit:
For vice industrions, but to nobler deeda Timorous and slothful
Le premier attribut convient à un démon ; mais le bien répugnant directement à sa nature, il était inutile de lui donner les épithètes timide et paresseux pour la perpétration des actes plus nobles que le vice. Son discours est très ingénieux ; il j règne une éloquence marquée. Mais en même temps, le poète n'aurait pas dû placer des tours au ciel, avec un guet armé ; car toutes ces fortifications, en rabaissant la majesté de Dieu, tendent plutôt à nous faire rire qu'à efirayer les assaillants :
The towers of heavèn are filkd •
With anned watch, that render ail acccss Lnpregnable
La fin du discours est marquée au coin d'une impiété contradictoire avec la science qu'ont les démons de l'immutabilité de Dieu :
/ When tbe ragiog fires
Wni slacken, if his breath stir not their flames, Our parer essence then wiU overcome Their nauscious vapour, or, inured, not feel ; Or change at length
Qu'on ne dise pas que if his breath siir not their fiamesj rend l'impiété conditionnelle; car Dieu leur avait expressément prédit que jamais les feux de l'enfer ne s'amortiraient, ei que leurs soufirances seraient toujours égales. Gonséquemment les démons, qui étaient intelligents et qui avaient sans doute la mémoire en partage, n'ayant pu oublier cette malédiction, ne pouvaient proférer sans impiété réelle les paroles mentionnées plus haut.
Après Bélial, Mammon prend la parole : il propose, en termes magnifiques, d'égaler l'enfer aux cieux. Il opine à
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la paix, et tons d'une voix unanime adoptent son avis. Le poète, après un beau portrait de Beizébuth, lui fait prononcer un assez long discours, qui tend à faire attaquer, par force ou par adresse, le monde des humains. Son conseil est approuvé et reçu avec enthousiasme; et les applaudissements rendant Beizébuth plus orgueilleux, il prend la parole sur un ton plus .fier et plus élevé ; il discute sur le choix de celui qui sera chargé d'aller à la réfcherche du monde terrestre. Satan parle, et prend sur lui d'aller chercher le globe sur lequel il fonde ses projets de vengeance. Son discours fini, il rompt la séance. Par son ordre l'arrêt est publié au son de trompe, et l'armée y répond par de grands cris. Dans le cours du récit, on nous parle de combattants qtfon voit s'entrechoquer dans le firmament, présage de guerre; ce qui nous fait croire que Milton, en cette occasion comme en plusieurs autres, ressent l'effet des préjugés superstitieux des temps où il a vécu.
Nous voyons de plus que les démons, sans s'amuser à souffrir les tourments imposés par l'Être Suprême, prennent des divertissements ; les uns font des concerts en orchestre, mariant leurs voix aux sons des instruments ; d'autres n'étant point sensibles à l'harmonie musicale, se distraient en faisant usage de la dialectique ; on en voit d'autres qui, préférant la promenade aux autres amusements, font des voyages de plaisir le long du Styx, du Cocyte, du Phlégéton, du Léthé, de l'Achéron ; et s'ils n'y naviguent pas, c'est probablement parce qu'ils n'avaient point de canots, et n'en savaient point faire, par la raison que Milton ne connaissait pas un canot sauvage du Canada. Mais nous ne voyons pas dans la théologie qu'il y ait jamais eu des fleuves en enfer, et Dieu n'en avait certainement pas créé pour raffraichir les démons.
Satan se trouve dans le même cas que Jupiter, en ce que sa tête enfante un ange féminin. Vient ensuite un conte immoral d'une hardiesse inconcevable, et qui dégoûte également le métaphysicien, le théologien et le philosophe. Nous
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^^^8 abstiendrons de le rapporter, comme en étant donble- 'ï^^nt indigne, par son indécence et par son défaut de justesse. Ëb un mot, à l'exception de la beauté des vers, ce passage 68t indigne de son auteur.
Satan répond à sa fille la Mort^ et l'instruit de ces vues, ainsi que la Révolte. Il les engage toutes deux à lui donner ime issue, afin de pouvoir continuer son voyage. Il y :réussit, et ayant surmonté ces obstacles, il poursuit sa^ marche. Ayant accompli son trajet, il arrive à la demeure du Chaosj qui se présente à lui aussitôt. Le roi infernal lui adresse quelques mots, afin de l'engager dans ses intérêts : le Chaos, quoiqu'embarrassé, lui répond d'une manière qui comble ses désirs, et lui enseigne où est le globe terrestre. Satan, dans son empressement, ne lui réplique rien, et vole au lieu indiqué. Après beaucoup de difficultés, il entrevoit la terre.
Nous ne saurions poursuivre sans nous arrêter un moment, pour contempler et admirer la sublimité des pensées de Milton, et la beauté qu'il mêle aux récits les plus futiles. Il y met une importance que lui seul peut ajouter, et sans laquelle une grande partie de son poème serait vide de sens. C'est là surtout que l'on voit sa grande supériorité sur tant d'autres, qui ont voulu briller dans le genre où il a excellé.