‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 8 sur 190 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

De la vie à la mort et du néant à Têtre,

Que rétendue est immense à mes yeux.

Oh ! si rhomme avant que de naître,

Avait le pouvcnr de connaître La chiuDe de douleurs qui Tattend en ces lieux, Dans la nuit du cahos, mille fois plus heureux.

Loin d*oser fournir sa carrière.

Pour se mettre à Tabri du sort le plus affreux

Avec horreur il fuirait la lumière.

Eh ! qu*e8t-il en effet sur ces bords rigoureux

Qui puisse exciter notre envie ?

Exister un moment, est-ce bien une vie ?

Une vie ? Non, non, un supplice onéreux.

FoucHEB, fils, séminariste.

ZELIM. (histoire.) (*)

. Divine Sagesse I tes influences, pins salutaires à mon âme qne la rosée dn matin à la fleur languissante^ font revivre dans mon cœur le sentiment de la félicité, que le sou£3e empoisonné de l'illusion faisait évanouir. Je m'égarais sans retour sur les bords de l'abîme, et mon esprit troublé ne formait plus que des idées chimériques, quand tu me présentas l'exemple frs^pant de Zelim. Ecoute, mon fils! écoute la fidèle histoire de cet infortuné: Lorsque les chaînes du temps s'appesantiront sur tes membres, et que tes cheveux prendront la blancheur des cygnes qui folâtrent sur les bords des vastes étangs, tu rassembleras

(0 L'aotturdecettè ^'hisUMie'*, ayant été accusé par les critiqaes du temps dtl'aToir copiée dans quelque onnage européen, il les mit au défit de pronrer leur, accusation, et aucun ne put le faire. Nous sommes en ooûsé* ^aeoce porté à croire qu'elle est due à une plume canadienne.

ta nombreuse famille, sous l'ombrage d'un antique sycomore, et tu lui répéteras ce que je vais te raconter; elle le redira dans la suite à ses enfans, qui le transmettront d'âge en âge jusqu'à la fin des siècles ; afin que les hommes apprennent à respecter les décrets du Souverain Dispensateur des évènemens, et à ne jamais murmurer contre la Providence.

Dans les jardins délicieux d'un puissant de la t^rre, vivait un mortel chéri des Dieux, dont l'unique soin, dès son enfance, était d'arroser plusieurs fols le jour les tendres fleurs séchées par les ardeurs du soleil. Dans l'obscurité de sa condition, il était heureux, parce qu'il û'avaît point les désirs qui dévorent le cœur des avides humains. Le bonheur qui fuit les lambris dorés, vient plus souvent habiter sous le chaume, et se plaît dans sa simplicité. C'est lui qui répand la sérénité sur le front du laboureur, tandis que le riche, au sein de ses trésors, n'offire dans ses regards pâles et livides qu'un objet rempli d'horreur. L'aurore voyait l'heureux Zelim commencer avec plaisir son travail ordinaire, l'astre du jour au terme de sa carrière le laissait occupé à se préparer un repas frugal, jouissant d'un repos plein de charmes que les fatigues de la journée lui rendaient encore plus précieux. Son bonheur était parfait s'il eût été durable. Mais hélas ! comme la feuille que le moindre zéphir agite, le cœur de l'homme éprouve de continuelles agitations. Tel est son triste sort, qu'il ne se croit jamais heureux: l'ambition vient le chercher jusque dans les retraites les plus écartées. Pourquoi, dit-il un jour, en jettant ses regards sur les vastes palais du Sultan, pourquoi le destin m'a-Wl si mal partagé que de me faire naître dans l'état misérable de jardinier ; aussi peu considéré sur la terre que l'atome dans l'immensité de la nature ; tandis que d'autre» dans l'abondance, les grandeurs et les richesses filent sans inquiétudes les jours les plus fortunés. Oui ! le bonheur doit être plus grand sur le trône que dans une chaumière qui me défend à peine des injures dea aais^ow^. k. ^^vûfc cette funeite pensée se fût-elle empâtée àe s^Q^u ^^y*^\. «îî^^

6 XB KiPEBTOIRB NATIONAL*

son cœur ne fat plus qu'une mer dlllusions où la félicité vint s'engloutir et se perdre: il devint malheureux. Un soir qu'en plaignant son destin il se promenait à grands pas dans les allées à perte de vue, une force supérieure l'entraîna vers un bois de lauriers, dont le feuillage gardait pendant le jour des ardeurs du midi. De sourds gémissemens^frappent son oreille; dans sa surprise il avance et il entend distinctement la voix d'un homme plongé dans les eaux de la douleur; il reconnaît le Sultan qui se roulait dans la poussière en s'arrachant la barbe et se frappant la poitrine. Que mon sort est à plaindre, s'écriait-il, je possède des richesses immenses, mon nom fait trembler l'aurore et le couchant, et je suis le plus infortuné des mortels. J'apprends qu'un fils indigne, un fils dénaturé trame contre mes jours ; mes serviteurs que j'ai comblés de mes bienfaits me trahissent, et pour comble de malheurs, Fatima, ma bien-aimée^ Fatima m'est infidèle ; la perfide, en souillant par un crime nouveau la pureté de mes amours, s'unit avec mes ennemis pour me plonger le poignard dans le sein. Ah! cruelle fortune, reprends tes dons empestés puisqu'ils portent avec eux tant d'amertume. Les sanglots lui coupèrent la parole ; il se tut. Zelim reste immobile; une foule de pensées s'o&ent à son esprit; enfin la raison perce à travers les sombres nuages qui l'obscurcissaient. Les hauts pins, s'écrie-t-il, sont plus tôt frappés de la foudre que le faible roseau. L'aquilon insulte le sommet des montagnes et respecte l'humble vallée. Plus le mortel est élevé plus les coups que la fortune lui porte sont terribles. vérité céleste ! tu seras désormais gravée dans mon cœur. En finissant ces paroles il se prosterna devant l'Etemel qui avait éclairé son entendement ; il l'adora dans sa grandeur, et le remercia de ne l'avoir fait naître que simple jardinier.

Ls Canabieii.

LE KÉPEBTOIRB NAUOKAL*

€OLAS ET COLINETTE OU LE BAILLI DUPÉ, (i)

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