‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 81 sur 190 · FÊTES RURALES DU CANADA · texte numérisé non relu

FÊTES RURALES DU CANADA

Oui, les jeux les plus doux sont les jeux du village. Et le sage y sourit sans cesser d'être sage.

" Homme pur, homme franc, colon du Canada, Sache à jamais bénir la main qui t*accorda Le sol qui te nourrit, ces eaux dont tu t^abreuves. Maître d*un pays libre, et roi du roi des fleuves. Que peut-il te manquer? quels seraient tes désirs? Tu sais innocemment varier tes plaisirs :

Ici c*est un repas où la gaité préside, Là je vois sautiller la hergère timide.

Plus loin de vieux parents à leur tendre neveux Apprennent Fart de vivre et Tart de vivre heureux : Leurs gestes, leurs discours respirent la franchise ; L*éloquence du eœur plaît, entraîne, électrise ; Et dans ces entretiens se montrent tour à tour La piété, Thonneur, Tallégresse et Tamour.

De ces heureux colons comment peindre les fêtes? Les frimats les plus durs, les plus longues tempêtes En vain de leur gaité voudraient fléchir les traits. Us n*adorent qu'un Dieu, c'est le Dieu des bienfaits : Ils n'adressent qu à lui leurs soupirs et leurs larmes ; Pour eux chaque saison produit de nouveaux charmes ; Ranimés au printemps, Tété les rajeunit.

Us cueillent en automne, et l'hiver les unit.

(0 L'honorable Dominique Mondelet, Juge de la CSo\Lt dià !&«&!& ^X» Heine aux Trols-Ri rières.

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Déjà le fh>id Décembre a blaochi la chaumière ; Du flambeau de la nuit, la jalouse lumière S'élance sur la neige, attaque ses flocons Et joint à leur éclat Téclat de ses rayons.

D*une double blancheur Télégante parure Change la nuit en jour, embellit la nature, Et montre les défauts du rimeur babillard ^ Qui dans ses vers malins peint Thiver en vieillard.

Cependant Thomme heureux, le villageois modeste. Au coin de son foyer, près d*une table agreste, Redit à ses enfants: ** C*est demain, oui, demain ** Que le pourceau choisi grognera sous ma main ; ** Oui, Pierrot, oui, Colas ; oui, Nanon, oui, Marie, *' C*est demain ;" à ces mots, la famille ravie. Pierrot, Colas, Nanon joignent les sauts aux cris ; Et Marie au berceau dort au milieu des ris.

Du plus léger sommeil on a compté les heures : L*aurore brille enfin sur ces humbles demeures ; L*en&nt au chant du coq joint sa perçante voix. Et déjà tout s'agite et 8*apprête à la fois.

Bientôt Thomme des champs amène la victime; Aux cris de Tanimal, on s'empresse, on s'anime : La mère avec transports rôde de tous côtés.

Polit la table ronde et le vase argenté.

Tandis qu'en son fauteuil la bonne aïeule assise. Prête l'oreille au bruit du couteau qui s'aiguise. Et sourit aux enfants qui célébrant leur jeu. D'un bûcher mal construit alimentent le feu.

Dix jeunes marcassins, au groin assez agile, S'avancent, sont chassés, reviennent à la file. Et par les sons aigus de leur gémissement.

Semblent se lamenter du sort de leur parent.

Soudain le villageois firappe la bête impure ; Le sang, à bouillons noirs, ruisselé de sa hure. Découle dans le vase, et suivant les apprêts. Sous des doigts ménagers forme d'excellents mets. Qui mêlés avec art rehaussent la gogaille.

La victime s'étend sur le bûcher de paille.

Sur son corps l'eau bouillante est versée à grands seaux; Les plus légères mains font glisser les couteaux Qai du grognon défont enlèvent U dé^xiiUe;

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£t bientôt sont fbrmés la sacculente andouille,

Le boudin lisse et gras, le saucisson friand,

Et plusieurs mets exquis, savourés du gourmand.

Ainsi le bon pourceau change pour notre usage,

Et ses pieds en gelée, et sa tête en fromage.

On taille, on coupe, on hache, et des hachis poivrés

Sortent les cervelats, et les gâteaux marbrés.

L*un remplit les boyaux, Tautre enfle les vessies ;

On partage, on suspend les entrailles farcies ;

Un lard épais et blanc étale ses rayons ;

Ici brille la hure, et plus loin les jambons;

Et là se met à part la côtelette plate,

Qu*un sel conservateur rendra plus délicate ;

Tous les morceaux 'enfin, même le plus petit,

Sont rangés avec art et flattent Tappétit.

La &mille aussitôt borde la table ronde.

Et du Dieu qui fait tout, bénit la main féconde.

Prodigue sans excès, un nectar généreux

Passe du père au fils et les rend plus joyeux.

Chaque enfant à Fenvie dépèce sa grillade :

L'hypocrite matou médite une escalade.

Et d'un œil bien ûxéj contemple en miaulant,

lies boudins suspendus l'appareil attrayant.

Tandis que Hanidor, vigilant et fidèle.

Dévore le morceau qu'on devait à son zèle.

Cependant la famille a préparé ses dons.

Dons sincères, dons pufs. Riche, lis ces leçons I Gaiment on court à table, on en sort avec joie; On porte au pauvre honnête un morceau de sa proie : Obliger est tout dire — ah ! si l'faomme est content, C'est alors que son cœur se fond dans un présent.

Ainsi ces francs colons s'obligent l'un et l'autre ; Tel est le vœu sacré de leur premier apôtre : ** Mes en&nts, aimez-vous, et vous serez heureux, >* L'union fait la force, et nous rend généreux; ** La plus belle vertu, la charité chrétienne, ** Est celle que Dieu prêche, et qu'il faut qu'on obtienne." De famille en famiUe on voit les mêmes traits, La même bonne humeur, et les mêmes bîenfidts. Et dans ce pays libre une vertu commune De nàUe btimbleB maisonf parait n'en foimet qv^unft.

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• Peuple franc, sois béni ! qa*un éternel bonheur Règne dans tes foyers, et surtout dans ton cœur. Toujours digne du sang qui coule dans tes Teines, Imite tes ayeux, ris au milieu des peines ; Et souviens-toi toujours qu*une douce gaité.

Du corps comme de TÀme assure la santé.

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