‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 104 sur 123 · DD ARR DOM D ER RS PQ IT NANTES VU · texte numérisé non relu

DD ARR DOM D ER RS PQ IT NANTES VU

un ennemi égal et souvent supérieur en force, mais encore contre les fatigues, la faim, la soif, la nudité, et les événements quelquefois se donnant la main pour accabler le soldat et lui faire subir les plus dures épreuves. ‘Tantôt, ce sont des marches rapides et forcées qu’il faut faire à travers des chemins bas, fangeux et impraticables ; tantôt, des défilés entrecoupés de précipices qu'il faut franchir; ici, c’est un rocher, une montagne escarpée que l'on a à gravir; là, un bras de rivière qui ne vous offre d’autres ressources que de la passer à la nage. Et si vous ajoutez aux sueurs et aux fatigues de ces journées, comme il s’en rencontre si fréquemment durant le cours d'une campagne, le soleil brûlant de l'été, ou, ce qui n’est guère plus agréable, la pluie, la grêle ou la neige de l'automne, et le cœmy/fort du bivouac qui attend le soldat las et épuisé, vers la fin du jour, vous pouvez peut-être vous former une faible idée des qualités morales et physiques indispensables à l’homme de guerre. Cependant, au milieu des privations, des fatigues, des hasards et des dangers sans nombre auxquels sont exposées les troupes, l'officier digne de ce nom doit constamment donner l'exemple de l’obéissance, de la patience et du dévouement. Dans la marche en avant, son poste est en tête, servant de guide et frayant le chemin à ses compagnons ; dans la retraite, il est en queue, les encourageant de la voix, les couvrant et protégeant de sa personne. La colonne arrête-t-elle un instant pour prendre haleine, il doit se multiplier, si je puis m’exprimer ainsi, autant qu'il est nécessaire, pour procurer à chacun les secours et les rafraîchissements dont il a besoin. S'agit-il du bivouac, il ne devra prendre lui-même de repos que lorsqu'il se sera convaincu, par ses propres yeux, que chaque homme a reçu sa ration; que l’on a pourvu à une suffsante quantité de combustible pour la nuit ; que l’on s'est procuré tous les moyens d’abri qu'offrent les ressources des localités environnantes, et qu'enfin toutes les précautions que peuvent suggérer l’art et la prudence ont été

prises pour prévenir une surprise de la part de l'ennemi. En un mot, l'officier ne doit penser à soi que lorsqu'il a pourvu à la sûreté et au besoin de tous les autres. Et comment la patrie pourrait-elle attendre des succès et des victoires d’une armée, s'il en était autrement ? Est-il juste et raisonnable que celui qui a le moins à gaguer soit le premier à s'exposer et à souffrir ; le simple soldat endurant toutes les fatigues, et exposé à tous les dangers, ne cueillera-t-il Ces lauriers que pour en ceindre la tête de jeunes muscadins sans force, sans courage et sans énergie, s’estimant pétris d'un pâte trop précieuse pour s’exposer aux peines et aux périls de l’humble fantassin ? Non, messieurs, la gloire, ainsi que les honneurs et les avantages qui s'y rattachent, ne s'achète qu'au prix des plus grands dangers, des plus pénibles sacrifices ; et n'oubliez jamais que ses reflets sont d'autant plus brillants qu'elle a coûté davantage.

En concluant, je crois donc devoir déclarer à mes jeunes compatriotes que, quel que soit l'état pour lequel ils se sentent appelés, ils doivent se convaincre qu'ils ne peuvent jamais obtenir de succès bien marqués, ni s'élever à une haute célébrité, à moins qu'ils ne soient préparés et disposés, dans les grandes occasions, à payer de leurs propres personnes. Que leurs prédilections soient en faveur des pro!.s inns savantes ou des beaux-arts, de la littérature, 4u com.netce ou de la politique, de la marine ou de l'arinée, il se présentera toujours, dans le cours de la vie, des cn'onetances où ils seront forcés d'agir : et de la manière dont ils sortiront de la première épreuve, dans une occasion solennelle, dépendront indubitablement leur réputation et leur avenir. Qu'ils y réfléchissent donc sérieusement, car il faudra que leur ambition soit bien limitée, et le rôle qu'ils se proposent de jouer bien secondaire, s'ils croient pouvoir se dispenser de mes recommandations. Qu'ils ne comptent pas sur les rares exceptions d'un hasard capricieux et aveugle ; mais au contraire, qu'ils fonderit leur espérance et qu'ils calculent leurs

chances de succès sur eux-mêmes, sur leurs propres ressources, se rappelant sans cesse cette sentence d’un grand poète, même à l'égard des enfants gâtés de la fortune :

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

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