‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 123 · TOME IV · texte numérisé non relu

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encore des privilèges commerciaux, selon l'usage du temps, de vastes terres incultes et des titres de noblesse aux hommes qui s'étaient distingués au service de la colonie dans leur jeune âge. Aussi les jeunes Canadiens d'alors avaient-ils un caractère plus chevaleresque, plus aventureux, plus décidé, plus fier que les jeunes Canadiens de nos jours. Écoutez M. Garncau, l'historien du Canada, il va nous apprendre que ce beau caractère national était dû en outre à l'appréciation que les hommes savaient faire du dévouement et des travaux de la jeunesse.

‘* Le jeune Canadien, dit-il, se formait aux fatigues et à l'usage des armes à la chasse ; en peu de temps, il devenait un tireur habile, apprenait des sauvages à lâcher un plomb mortel avec promptitude, à se couvrir avec dextérité pour éviter celui de son ennemi, à tendre des embuscades. Il surpassait bientôt son maître dans l’art de combattre dans les bois ; avec encore quelques études, il était en.état de lutter contre ces barbares et contre les troupes disciplinées de l’ Angleterre et de ses colonies.

‘* Les premiers vœux, les premiers désirs ardents formés par un jeune homme, c'était de prendre part à une expédition guerrière ou de faire un voyage dans les pays d'en haut. À son retour, il racontait avec orgueil les dangers qu'il avait courus ; ses officiers louaient son courage ; o traifait avec considération. Toutes ces marques de respect excitaient l'ambition de ses plus jeunes frères ou camarades qui, dès que l'âge le leur permettait, s'empressaient de fournir la même carrière, que tous ne laissaient qu'après un certain temps pour s'établir sur des terres et donner naissance à des familles au milieu desquelles la relation de leurs aventures répandait de bonne heure le goût de la guerre et des voyages, qu'ils avaient contracté au foyer paternel, et qui se léguait ainsi de père en fils.”

Il n’en est plus ainsi, messieurs. Quelque mérite que puisse avoir un jeune homme, les hommes mûrs, à l'ex-

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ception de quelques âmes d'élite, ne le traitent plus avec considération ; et les marques de respect que lui attire son courage ou son dévouement, n'engageront jamais ses frères ou ses camarades à suivre son exemple. Les jeunes exilés de Van-Diémen, dont la conduite dans la malheureuse insurrection peut être blâmée, mais qui n'en ont pas moins montré beaucoup de courage et de désintéressement, n’ont pas reçu plus et quelquefois moins de #arques de respect de la part des chefs de la société franco-canadienne que les plus simples étudiants qui sont restés très prosaiquement dans leurs études, pendant que de farouches soldats dévastaient nos campagnes. Pour plaire aux jeunes femmes et aux hommes de notre temps, même dans la plus haute société, il ne faut plus, comme autrefois, que le jeune homme se soit distingué par quelque action d'éclat, de bravoure, de courage, ou par quelques travaux brillants et utiles, il ne faut plus que les vertus mâles et héroiques brillent sur son front; non, il suffit dans notre société dégénérée et apathique qu'il sache dire des riens et des calembours, qu'il se moque de ceux qui travaillent et qu’il cache son inutilité sous des habits soyeux, pour tourner la tête des jeunes filles et faire l’admiration de ses parents. N'est-ce pas ici le lieu de s'écrier avec le philosophe : 6 {empora ! 6 mores !

Quoique en général nous n'ayons pas le même amour pour les voyages, la vie aventureuse, les émotions et les hasards de la guerre qu’avaient les jeunes Canadiens du dix-huitième siècle, ni les mêmes espérances d'acquérir de la considération ou de la renommée en nous y engageant, cependant on peut encore reconnaître chez la jeunesse canadienne un penchant très prononcé pour les expéditions lointaines et la carrière des armes. Laissant de côté la guerre de 1812, qui fournit aux jeunes Canadiens d'alors une occasion de se distinguer et de connaître l’ingratitude du gouvernement métropolitain, nous avons vu de nos jours de jeunes Canadiens partir de la Nouvelle- Orléans pour aller verser leur sang dans la guerre d'indé-

pendance du Texas, et nous voyons encore à ce moment nos jeunes compatriotes combattre au Mexique dans les rangs des volontaires américains; et parmi eux nous comptons, je crois, un de nos amis, membre de cet Institut, parti récemment de Boston pour le théâtre de la guerre. Puisse la mort l’épargner et la fortune récompenser sa bravoure et ses talents, qu'il n’a pu, comme tant d’autres, mettre au service du pays. Le courage de la jeunesse canadienne s'est encore manifesté en 1837, lorsqu'elle volait à la défense de nos églises et de nos villages envahis et incendiés par les ennemis de ce que nous avons de plus sacré. Malheureuse dans une entreprise téméraire, elle s’est montrée digne du nom qu'elle portait. Nous l'avons vue monter sur l’échafaud sans trembler, supporter les ennuis, les douleurs, les angoisses de l'exil sans ramper au pied de ses maîtres pour obtenir un pardon déshonorant. Abreuvés de dégoûts en Canada, abandonnés par nos hommes apathiques, les plus exaltés des jeunes Canadiens instruits vont chercher à l'étranger un bien-être qui nous fuit. Aux États-Unis, surtout à la Louisiane, un bon nombre d'entre eux réussissent très bien dans le commerce et dans l’industrie. Quelques-uns ont été chercher fortune aux Indes occidentales, et y ont été très bien accueillis par les marchands et les planteurs. Un jeune homme de Québec, du nom de Richard, s’est aventuré jusque dans une des villes de la Chine, où il tient un hôtel spacieux et un comptoir de marchand. Dans les Indes orientales, un Canadien, M. Bouchette, parti très jeune du pays, est employé, comme ingénieur, je crois, à faire le relevé des routes que doivent suivre différents chemins de fer. Enfin, comme preuve du goût que l'on retrouve encore chez les jeunes Canadiens pour les voyages lointains, et de la nécessité qu’il y a souvent pour eux de s’expatrier, on voit dans les récits des voyageurs qu'ils en ont rencontré partout, en Europe, dans les républiques de l’ Amérique du Sud, à l'Orégon, en grand nombre : ce qui me rappelle, soit dit en passant,

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que la jeunesse canadienne était représentée par M. Franchère, dans l'expédition américaine qui est allée construire le premier fort sur la rivière Colombie. M. Bolduc, prêtre missionnaire à l’Orégon, nous dit dans le journal de son voyage, qu’il a rencontré trois Canadiens qui résidaient à Honolulu, capitale des îles Sandwich. Je pourrais' augmenter le nombre de ces exemples, si je le voulais, mais à quoi bon? à répandre peut-être le goût de l'émigration qui déjà nous a fait perdre un si grand nombre de nos compatriotes !

Chez tous les jeunes expatriés, disons-le avec orgueil, l'amour de la patrie ne s'est pas refroidi un instant. Moins lâche que quelques-uns des habitants du sol natal, ils n’ont jamais rougi de leur nationalité, des coutumes et des mœurs de leur pays. Ils sont fiers à juste titre d’appartenir au Canada français ; ils gémissent sur ses malheurs et sont heureux de ses progrès. Ils se réjouissent de nos triomphes lorsque la fortune nous favorise, et sympathisent avec nous dans nos désastres. Rendons hommage ici au patriotisme des jeunes Canadiens qui habitent la Nouvelle-Orléans et le Bâton-Rouge, eux qui célèbrent tous les ans la fête nationale de la Saint-Jean- Baptiste, eux qui ont si généreusement contribué en 1844 au fonds du rappel des exilés.

D'après ce qui précède, on voit combien la position de la jeunesse franco-canadienne est changée depuis le milieu du siècle dernier. Autrefois elle portait les armes pour la défense de son pays, aujourd’hui elle verse son sang pour l'étranger. Autrefois elle entreprenait de lointains voyages dans l'espoir de se faire, de retour au pays, un oveuir brillant, aujourd’hui elle est obligé de s’exiler pour se faire un avenir quelconque. Autrefois son mérite lui attirait de la considération et des marques de respect, aujourd'hui il n’attire pas même l'attention de ceux qui devraient le plus s’y intéresser, le gouvernement et les pères de famille.

Quant au gouvernement métropolitain, il n’a jamais

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