‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 123 · PRE ES · texte numérisé non relu

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eu la prudence, la sagesse ou la générosité de nous appeler à l'armée ou à la marine, qui nous sont restées parfaitement étrangères. Aussi leurs succès, leur vloire et leurs désastres produisent peu d'émotion chez 1 iusse franco-canadienne ; nous voyons presque avec indifférence les troupes anglaises se couvrir de gloire dans les Indes, et nous ne sommes pas sensiblement blessés des insultes que le pavillon britannique peut recevoir sur les mers. Ce n'est pas à dire que nous manquons à notre loyauté de sujets anglais, sous ce rapport nous avons fait nos preuves à plusieurs reprises, et nous sommes encore prêts à les faire lorsque l'occasion s'en présentera. Mais c'est une conséquence naturelle du système d'exclusion suivi par les autorités impériales contre la jeunesse francocanadienne, Traités en peuple vaincu, et non comme faisant partie du peuple anglais, nous voyons nresque sans joie les victoires remportées par les sol et les matelots de la Grande-Bretagne, et nous n'épruu 15 pas une douleur bien vive lorsqu'ils essuient des défaites.

Que nos sentiments seraient bien différents si la jeunesse canadienne était appelée à prendre part aux dangers et aux victoires de l'armée et de la marine! Avec quel sentiment d'orgueil national n'apprendrions-nous pas la nouvelle d'un succès remporté par une armée dans laquelle nous compterions seulement un régiment canadien, ou par un vaisssau dont l'équipage serait en partie composé de Canadiens ! Il y a déjà longtemps qu'un Canadien distingué, réfléchissant sur l'avenir de ses jeunes compatriotes qui tous les ans sortent des collèges après avoir suivi un bon cours d’études, et qui sont quasi forcés de se jeter dans des professions déjà encombrées, conseillait au gouvernement métropolitain de former des régiments franco-canadiens, dans le but d'offrir à la jeunesse du pays une nouvelle carrière à parcourir.

En suivant ce conseil, en offrant l'entrée de l’armée et de la marine d'État aux jeunes Canadiens-Français, avec l'espoir d’être promus aux principaux grades, l’Angle-

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terre ferait plus pour conserver le Canada qu'elle ne pourra jamais faire avec ses capitaux, sa politique et sa diplomatie, Car alors ses victoires seraient nos victoires ; sa gloire serait notre gloire; ses revers seraient nos revers; nous ne formerions qu'un seul et même peuple ayant les mêmes intérêts à protéger et les mêmes ennemis à combattre.

Si nous passons du gouvernement métropolitain et des choses de son ressort, au gouvernement colonial et à ce qu'il peut faire de lui-même, nous retrouvons toujours le même système d'exclusion suivi avec la même rigueur. Soit par haine de notre race, soit par une politique mesquine et mal entendue, ou soit en conformité d'instructions impériales, les gouvernants coloniaux repoussent systématiquement tous les jeunes Canadiens-Français des emplois publics dont ils disposent. Depuis 1841, il est vrai, quelques-uns ont pu trouver, grâce à l'influence de quelques personnes qui sentent le besoin qu'il y a de former des hommes de bureau canadiens, le moyen de se caser dans les bureaux du gouvernement, Nous sommes loin, très loin, toutefois, d'avoir la part à laquelle nous avons droit d'après le chiffre de notre population; et pour bien des raisons que vous comprendrez bientôt, nous serons encore longtemps sans l'obtenir. N'allez pas croire que ce soit là une vaine déclamation ; non, cet avancé est basé sur des chiffres, et les chiffres ne se réfutent pas.

Je vous ai dit plus haut que je prouverais que les administrations qui se succèdent sous la constitution de 1841 ne paraissent pas trop disposées à favoriser le développement de la nationalité canadienne en accordant quelque faveur aux jeunes Franco-Canadiens : cette preuve se trouve dans le tableau (1) qui suit des employés des principaux départements publics, des salaires qu'ils reçoivent et du nombre de Canadiens qui y sont agrégés :—

(1) Ce tableau a été fait au commencement de mai 1847.

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