‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 123 · A. PAINCHAUD · texte numérisé non relu

A. PAINCHAUD

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Tel n'est pas aussi notre dessein : nous nous contenterons de jeter, bien humblement, un rapide coup d'œil sur tout ce qui nous frappe davantage dans cet univers ; sur tout ce qui touche plus généralement nos sens. Nous n'avons pas, non plus, la prétention de vous donner du nôtre dans ces lectures. Nous ne ferons que mettre devant vos yeux ce que les savants ont dit et écrit de mieux et de plus satisfaisant sur cette matière : notre seul mérite, s’il y en a, sera donc d’avoir bien choisi, d'avoir assemblé les différentes pièces, et leur avoir &onné de la suite.

Nous parlerons d'abord de la terre et de ce qu'elle contient; puis nous monterons au ciel tous ensemble, mais non pour y rester longtemps, car, dans ce cas, tout le monde ne monterait pas avec nous: tant on aime cette misérable terre, cette vallée de larmes, que personne ne veut quitter: jeunes, vieux, pauvres, riches, infirmes, malades, mendiants, personne ne demande à partir. Vous connaissez ce que le poète fait dire au bûcheron, réduit à l'extrême misère : il succombe sous le poids de son fagot; dans son découragement il le jette par terre, il commence à se lan -nter, il invoque la mort pour venir le débarrasser de ses maux. Celle-ci, à l’air diabolique, vient par derrière, lui tape sur l'épaule et lui dit: ‘‘ Que ‘ me veux-tu donc, mon ami? tu m'appelles, me voici. ‘*___Eh ! qui êtes-vous donc, s’il vous plaît ?’” dit le bûcheron en se retournant vers le squelette.—Je suis la mort, dit-elle, toujours ob/igeante /—‘" Ah! dans ce cas, vou- ‘“]ez-vous bien avoir la complaisance de m'aider à remet- ‘‘tre mon fagot sur mon dos?’ Voilà l'homme, tout l'homme. Personne ne veut mourir, chacun trouve des raisons pour vivre encore.

Lorsque nous serons, mesdames et messieurs, au milieu du céleste panorama, nous passerons en revue les astres, les soleils, les planètes ; nous les verrons suivre paisiblement et dans un majestueux silence, la route que l'Éternel leur a prescrite; nous les verrons rouler, s’avancer, s'éloigner, s’en retourner et revenir, avec une telle har-

monie, que l’on sera tenté de croire, pour un moment, que

ces corps sont réellement stationnaires. pe Je dois d'abord vous dire, par avance, que je suivrai de l'écrivain sacré dans tout ce qui concerne la création. bi Cet homme extraordinaire, qu’on dirait avoir été le secré- ce: taire de 1’ Éternel, nous parle de la terre et de son organi- joi sation, telle que Dieu l’a établie, pour en faire le domaine de l’homme ; il garde le silence sur tout le reste; il ne cel dit rien de ce qui s’est passé avant les temps, avant nos ni: siècles, car il est bien connu qu'avant que le soleil mar- et

quât nos heures et nos jours, il n’y avait pas de temps : le temps a été fait pour nous. Avant les temps, dis-je, d'autres créations, d’autres cieux que ceux que nous voyons peuvent et doivent avoir existé. Moïse n’en parle pas, parce que cela n’a point de rapport avec l’homme ; il se contente de dire, que, dans le principe, Dieu créa la matière, mais qu'est-ce que le principe, si ce n’est Dieu lui-même ? Il peut donc s'être passé une infinité de milliards de millions d'années, suivant notre manière de calculer, avant que la voix du créateur ait fait sortir du néant la terre et les cieux tels que nous les voyons. La terre à pu se vêtir, sous sa main toute-puissante, de bien des formes diverses, subir bien des bouleversements, et renaître plus d’une fois, avant de recevoir la dernière organisation qui la préparât à devenir le séjour de l’homme,

Cependant, il fut un temps, assurément, où la terre et les cieux n’existaient pas. Dieu a voulu qu’ils existassent, et sa volonté toute-puissante créa l'univers. Oui, mais quand ? mesdames et messieurs, il n’y a pas de quand pour Dieu, ni de pourquoi, ni de comment ! Il est lui-même le commencement et la fin: il n’y a pas d’époques en Dieu, ni passé, ni avenir; c'est un waëintenant éternel. ‘ Dieu, a dit Fénelon, est éternellement créant tout ce ‘qu’il lui plaît de créer.’

Mais si vous me demandez, depuis quand l’homme estil sur la terre? à cela je puis répondre, avec assurance, qu'il n’y a guère plus de 6000 ans.

Si vous me demandez encore, combien il y a eu d’espace entre la création de la lumière et celle des plantes, des animaux et de l’homme, à cela je réponds que c’est bien à tort que l'on a fait dire à Moïse que chacune de ces grandes œuvres de la création s’est opérée dans un jour de nos jours de 24 heures.

Du temps de Voltaire, quand on ne faisait que commencer à fouiller les entrailles de la terre, on a débité bien des niaiseries sur les six jours de la création de Moïse, contes et fourberies d’écoliers.

Aujourd’hui, qu'on entend un peu mieux la langue dans laquelle écrivait Moïse, on convient, au moins les physiciens chrétiens et les vrais savants, ‘‘que dans la ‘langue hébraïque le mot de jour se prend souvent pour ‘ désigner une époque,’ et dans d’autres langues, la même chose est employée. Quand on dit par exemple, ‘les savants du jour,’ où est celui qui s'imagine que l’on veut parler des savants d’hier, depuis le matin jusqu’au soir? Champollion, le père, a mis cela en évidence, dans ses recherches sur les langues de l'Orient.

Cette version des six jours de Moïse n’est pas une version nouvelle, elle n'appartient pas au siècle présent. Saint Augustin, ce grand saint et grand philosophe, a dit: ‘‘ Par les six jours de la création, on doit entendre ‘‘ des époques, et non des jours humains de 24 heures,” et il disait cela au milieu du quatrième siècle.

Cela posé, tous les faits géologiques antédiluviens s'accordent avec le récit de Moïse: le célèbre Cuvier a donné un calcul approximatif de la durée de chaque période, il en a évalué la durée à plusieurs milliers d'années.

L/homme est, de toutes les créatures terrestres, la dernière en date; ilvient après la création primitive, la durée du chaos, la production de la lumière, la formation des mers, le dessèchement de la terre, l'apparition du soleil, celle de la lune, des étoiles, des plantes et des animaux.

La géologie témoigne en faveur de la véracité de Moïse;

RER 626 Sam evo

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des couches pierreuses renferment une immense quantité d'animaux et de végétaux ensevelis dans une pâte, autre. fois limoneuse et solidifiée subséquemment, mais dans aucune de ces couches solides on ne trouve de fossiles humains : ceux-là ne se rencontrent que dans des terrains meubles ou diluviens, qui attestent un bouleversement, une révolution à la surface du globe; voilà les vraies médailles du déluge mosaique.

Lorsque notre terre reçut le mouvement de rotation sur elle-même, elle devait être molle et comme liquide ; c’est ce que la science moderne a découvert, en démontrant qu’elle est renflée vers son milieu (à l'équateur) et aplatie vers ses deux extrémités. C'est là l'effet naturel de la vitesse d’un corps mou qui tourne.

Mais la lumière que tout le monde voit, et par laquelle on voit tout, qu'est-ce que c’est après trente-cinq siècles ? Les savants sont encore à trouver la réponse, il n’y a personne qui connaisse la lumière, personne qui la connaisse dans sa nature: on ne la voit qu'’autant qu’elle se fait voir, et on ne voit rien qu'autant qu'elle le fait voir. Toujours est-il vrai que cette lumière qui fit le premier jour, n’était pas du soleil, et la preuve, c'est que le soleil ne luisait pas encore, qu’il n’a été créé, suivant Moïse, que le quatrième jour, et de plus aujourd’hui le soleil n’est pas le seul réservoir de la lumière. Dieu en a mis dans le caillou, dans le bois qui nous éclaire, dans les graines qui servent à faire l'huile, dans la graisse des animaux, dans le fluide électrique qui circule au dedans de nous et par toute la nature, et qui, amassé dans les nuages, produit la foudre et les éclairs.

Aussitôt que la lumière fut, la terre tournant sur ellemême, ou la lumière tournant autour d’elle, le premier jour commença tout à la fois par limitation, le midi, le soir, et le minuit, selon que les diverses parties de la terre furent éclairées ou à l’ombre. Cette succession a continué jusqu’à nous, et continuera jusqu’à la fin des siècles, très probablement.

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Aujourd'hui, il est démontré et reconnu universellement que la lumière est une substance indépendante, qui n’'émane nullement des astres, mais qu’elle est seulement mise en action par les corps célestes, comme l’air est mis en vibration par les corps sonores, dont il n'émane nullement. ;

La lumière est un fluide électrique et vibrant, qu'on nomme aujourd'hui l’éther, répandu par tout l’espace, inerte hors de l'influence de certains corps, et ondulant sous leur action, comme l’est l’air sous l’ébranlement d'une cloche, et produisant alors sur nos organes une impression qui nous donne la perception des objets. De plus, il est à peu près démontré que les agents qu’on nomme chaleur, électricité, magnétisme, ne sont que des modifications de l’éther, principe unique qui résumerait en lui seul les quatre fluides dits 2»pondérables.

Le quatrième jour, dit Moïse, Dieu fit les deux grands luminaires, le soleil et la lune ; il est plus que probable que cela veut dire que Dieu les rendit lumineux et qu'ils existaient auparavant, et qu'ils sont compris dans les cieux qui furent créés dans le principe, mais qu'ils étaient alors informes et invisibles, comme l'était la terre. Un de nos plus fameux astronomes, Hershell, le père, a pensé, après de longues et nombreuses observations, que le soleil est de soi-même un corps opaque, mais entouré d’une atmosphère lumineuse et incandescente, qui répand la lumière et la chaleur dans notre univers. (Cette opinion a été favorablement accueillie par les savants, et devenue encore plus que probable par une expérience qui montre que les rayons luminaires du soleil n’ont pas tous les mêmes propriétés que ceux d’une plaque métallique rou-

gie au feu, mais bien toutes celles d’une atmosphère incandescente et lumineuse. Cette expérience est due au génie d’Arago, et est appelée polarisation. Il peut se faire que ce vif éclat qui fait du soleil l’œil du monde, l'agrément du jour, la beauté du ciel, la grâce de la terre, et la gloire de la création, ne soit autre chose que cette TOME IV 13

lumière, cette atmosphère brillante que Dieu créa à la première époque et dont il aura revêtu cet astre à la quatrième. On a cru longtemps que la lumière se répandait partout dans un même instant. Ilest constaté maintenant qu’elle met huit minutes et un quart à faire le chemin du soleil à la terre, c’est-à-dire, trente-quatre millions de lieues en huit minutes, ce qui fait plus de quatre millions de lieues par minute. Celle des étoiles qui nous paraît la plus voisine de nous, est cependant plus de quatre cent mille fois plus éloignée de nous que ne l’est le soleil : il faudrait donc à la lumière de cette étoile, pour arriver jusqu'à nous, plus de quatre cent mille fois huit minutes et un quart, ou pour le moins six ans. Supposons maintenant qu’il y ait des étoiles, ce qui n’est pas à douter, mille fois plus reculées que cette première, il faudra six mille ans à leurs rayons lumineux pour venir jusqu’à la terre. Il se peut donc qu'il y ait des étoiles plus reculées encore dans l’espace, dont la lumière n’est pas encore parvenue jusqu'à nous, depuis le moment de leur création !

Suivant Hershell, une enclume qui tomberait du ciel sur la terre mettrait neuf jours et neuf nuits à faire le voyage ! Maïs la lumière la plus éloignée des étoiles dites rébuleuses, mettrait deux millions d'années à arriver jusqu’à nous. Dans ce cas, il y en a qui ont disparu avant que nous ne les ayons vues, et celles que nous voyons nous donnent une assurance que le monde n'est pas d'hier, car pour que nous voyions celles qui sont à une telle distance, il s’est passé plus d'un million d’années.

Un rayon du soleil reçu sur le bord d’un triangle de verre, dans une chambre obscure, se divise dans les couleurs de l’arc-en-ciel.

Cette lumière, incompréhensible dans son essence, inexplicahle dans sa vitesse, nous paraît une, indivisible et d’une seule couleur. Cependant, elle se multiplie et se divise en plusieurs couleurs différentes, pour varier à

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l'infini le tableau de la nature entière. Dans l'arc-en-ciel, le même rayon du soleil est divisé, par une goutte d’eau, en sept couleurs principales, le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet.

Au moyen d'autres verres en forme de lentilles, on peut prendre ces couleurs une à une, les écarter, les réunir, les mélanger et former ainsi diverses nuances. Réunies toutes les sept, elles forment le b/anc; toutes absorbées, c’est le noir, qui n’est ainsi que l'absence de toute couleur; de là cette variété de couleurs, ces nuances infinies qui nous charment tant dans nos parterres et dans tous les objets de la nature. Quand telle plante ou telle fleur nous renvoie tous les rayons, ce sera la blancheur du lis; quand telle autre ne nous en renvoie aucun, ce sera le noir de l’ébène.

Ce nombre de sept couleurs, depuis le rouge jusqu’au violet, est exactement dans les mêmes rapports entre elles que le sont les sept tons de la musique. On retrouve ce nombre de sept très souvent dans l'Écriture, sur des points de haute importance ; il nous paraîtrait toucher à quelque mystère. Dieu fait et sanctifie l'univers en sept jours ; devant son trône se tiennent sept anges ou esprits; devant son arche sainte, brûlait le chandelier à sept branches. L'année de la rémission était annoncée par les sept trompettes du yxbilé ; le livre éternel est fermé de sept sceaux. L'agneau qui les rompt nous est représenté ayant sept cornes ou rayons; et sept yeux ou esprits divins sont envoyés sur toute la terre. Sept sacrements, sept irradiations différentes de l’esprit de charité d'où découlent sept dons.

Après la création de la lumière, la terre se revêt d'un manteau de verdure. Les prés se couvrent de gazon, les champs de moissons, les montagnes de forêts, le fond vert de cet immense tableau repose doucement la vue. Avant de créer les animaux, Dieu leur préparait la nourriture et les abris nécessaires : les herbes, les plantes, les arbustes, les arbres de grandeur, d'attitude, de feuillage différents,

répandent une admirable variété qui devait, dans la suite, donner tant de jouissance et causer tant de plaisir à l'homme.

La semence contient la plante future ; déposée dans le sol, cette semence attire mystérieusement à elle les éléments de l'eau et de la terre qui lui conviennent, et les transforme en sa propre substance. Elle s'attendrit, elle se dilate, elle s'ouvre et de son sein naît le germe ou la jeune plante qu'elle nourrit de tout elle-même, et pour laquelle elle meurt à son tour; la jeune plante pousse ses racines, par lesquelles elle va chercher l'eau et la bonne terre, y choisit, y pompe les sucs qu'il lui faut pour former écorce, tige, branches, feuilles, fleurs, fruits et semence.

Mais ce n'est pas tout: non seulement la plante puise dans la terre ce qu'il lui faut pour élever sa tige vers le ciel, mais c'est du ciel surtout que lui viennent la vie, la beauté et la vertu: quel emblème, quel mystère pour l’homme ! Et de fait, mettez une plante dans le meilleur terrain, arrosez-la par les racines, mais ne lui donnez point d'air par dessous, elle meurt ; comme, sans l'air, l’homme étouffe, et le feu s'éteint. Donnez-lui de l’air, mais ne le renouvelez point, elle vivra quelque temps, et finira par mourir ; comme, dans un air non renouvelé, le feu finit par s'éteindre, et l’homme par étouffer.

Allons plus loin, la plante vivra bien avec l'air et l’eau, mais pour qu'elle prenne sa couleur et sa beauté naturelle, pour qu’elle porte des fleurs et des fruits, il lui faut encore quelque autre chose: il lui faut de la lumière ; sans la lumière du ciel, elle restera pâle, insipide, inodore et stérile.

Aussi, voyons-nous la plante renfermée dans un appartement, tendre avec efforts ses rameaux, ses feuilles et ses fleurs vers la fenêtre par où rayonne la lumière: et les pommes de terre de nos caves n’allongent-elles pas quelquefois de vingt pieds leur frêle tige, pour atteindre le soupirail où le jour perce? Tout le monde connaît ces

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faits, mais tout le monde comprend-il ce mystérieux commerce entre le ciel et la terre ?

On a trouvé que le règne végétal respirait et transpirait : il respire le gaz oxygène et inspire le gaz acide carbonique, tandis que l'animal fait tout le contraire, et c'est par cette harmonieuse coïncidence que la pureté de notre atmosphère est balancée et maintenue, et se conserve propre à la vie. Il y a de plus dans la plante une circulation de sève, comme il y a dans l'animal une circulation de sang, et l'air est également nécessaire à l’un et à l'autre. La transpiration des plantes n’est pas la rosée, comme l'ont cru quelques-uns : la rosée ne tombe pas du ciel comme la pluie ; et la preuve, c’est que les cloches de verre qui couvrent nos légumes n'ont de rosée qu’à l'intérieur. Cela vient de ce que, près du sol, le refroidissement se fait plus vite qu'à une plus haute distance, La rosée commence peu de temps après le coucher du soleil —c'est le serein —elle continue toute la nuit. Sans la rosée, les végétaux et les animaux ne résisteraient pas, surtout dans les climats où il pleut rarement.

Avant l'apparition des animaux sur la terre, le gaz acide carbonique doit donc avoir prévalu dans notre atmosphère, d'abord par ce qu’en fournissait le règne végétal, et de plus les nombreux volcans qui existaient alors, et dont on voit encore les traces, quoiqu'ils soient éteints depuis plusieurs milliers de siècles.

Cet excès de gaz acide carbonique a donc eu l'effet d'activer le règne végétal. Aussi, d'immenses forêts d'une dimension extraordinaire ont couvert les continents, Cela est constaté par les fouilles qu’on a faites dans !es entrailles de la terre, sous les s/ra/a du déluge. Ces immenses forêts ont été enfouies dans l'intérieur de la terre par les violentes secousses que la terre a éprouvées à sa surface : de là ces réservoirs de charbon, source inépuisable pour le commerce et les jouissances de l'homme. Il en est de même des mines de sel, etc. Les mers asséchées, le sel est resté, et ensuite enfoui dans la terre.

Ces secousses de l'intérieur à la surface ont formé les vastes plaines par abaissement ou élévation, ont changé le lit des mers: ce qui est continent aujourd'hui était mer autrefois. Les débris des êtres aquatiques, que l'on découvre continuellement en fouillant la terre, en sont des preuves irrécusables : nos lacs salés prouvent qu'ils faisaient autrefois partie de la mer : et s'il en est ainsi, nos grands lacs finiront par avoir de l'eau douce, et c'est ce qui se passe de nos jours.

Mais dans les abîmes, dans l'Océan, dans la mer, à quoi nous sert la plus grande partie de ces êtres, dira quelqu'un? tout cela n'est-il pas inutile et stérile pour l’homme insensé ? À quoi sert cette luxuriante prodigalité? Cette pensée vous vient parce que vous êtes ignorant de ce qui se passe dans l'Océan. A peine connaissons-nous quelques-uns des êtres aquatiques, et leur usage et leur destinée pour l'avantage de l'homme ; mais dans ce peu que nous connaissons, combien de choses qui nous frappent et nous confondent ! Cette éponge avec laquelle nous essuyons nos meubles, savons-nous bien qui nous en a fait présent ? C'est la maison mouvante que des vermisseaux marins se construisent eux-mêmes sur le flanc des rochers ! Et ce corail dont nous admirons le vermeil, c'est un débris de la ruche pierreuse que de petits insectes se bâtissent en forme de troncs d'arbres au fond des mers. Et ces perles auxque!les nous mettons un si haut prix, ce sont les gouttes de sueur qu’une espèce d’huîtres ou limaçons océaniques a laissé coaguler en formant de sa transpiration son vêtement et ses os. Et cette pourpre dont s’enorgueillit le manteau des rois, c’est une liqueur que distille dans sa conque une espèce d'escargot de mer !

L'habitant d’un autre coquillage enseigne la navigation, c’est le zaufile ou le navigateur, reptile marin à huit bras : il se bâtit de sa propre substance une conque en forme de navire ; il y met assez d'eau pour lui servir de lest ; élève deux de ses bras, déploie au vent la membrane ou voile qui les unit, en allonge deux autres dans

la m lui voile son t-ell naut emp dan dess à la dépl gré d'éc M inste cont croû qui :

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les la mer comme des avirons ; en avance un cinquième qui ngé lui tient lieu de gouvernail, et traverse ainsi l'Océan à tait voile et à rame, étant lui-même son navire, son pilote et l'on son équipage ! Ce n'est pas tout, une tempête s'annoncesont t-elle, un ennemi se présente-t-il, alors l'industrieux argor'ils naute replie sa voile, rentre ses avirons et son gouvernail, nos emplit son bâtiment d'eau, et s'enfonce dans l’abîme, Le ME LE t ce danger est-il passé, le voilà qu'il renverse la barque sens ' HULA dessus dessous, produit le vide et la fait remonter. Arrivé dd, "ih n quoi à la surface, il la retourne adroitement, la remet à flot, Inn à Mill uel- déploie de nouveau sa voile et recommence à voguer au A H! | our gré des vents! Quand l'homme trouvera-t-il le secret ut (BI iga- d'échapper ainsi à la tempête ? li {L”: Il TO- Mais sortons des ondes amères de l'Océan, rentrons un 1 x ll H ais- instant dans les fleuves et les rivières: tout le monde PT, “ll age connaît l'écrevisse, avec ses tenailles et sa ewirasse en an, | ans croûte ; mais tout le monde ne connaît pas la merveille 4 ous qui s'opère en elle chaque année.

elle Je ne parle pas des œufs qu'elle porte et qu'elle fait | s efl éclore sous sa queue ; je ne parle pas même de l'incroyable nis- facilité qu'elle a de reproduire les cornes, les pattes qu'on ny Il des lui arrache ou qu'elle s’arrache elle-même : je parle de la FE est transmutation complète qu’elle subit tous les ans. | ; se Elle se dépouille non senlement de sa robe, mais encore QE ets, de toutes les parties cartilagineuses et opeuses même de Ë , ce son estomac, de ses tentacules : elle se refait à neuf tout | : ou entière; pour comble de singularité, il paraît qu'elle TAC EE sa digère l’ancien estomac avec son nouveau ! Qui com- 1 pre prendra jamais tout cela? qui comprendra jamais cette eur mort et cette résurrection ? que de mystères ! er ! En voici un non moins étonnant.

ga- Dans nos ruisseaux, dans nos fossés, dans nos mares, uit et sur la vase qui est au fond, et au milieu des lentilles et qui en tapissent la surface, il est un petit verre ou insecte de à plusieurs pieds, nommé pour cette raison polype. Se >M- sent-il menacé, il contracte ses pieds et ses bras, car ils

sont l’un et l’autre, il se rapetisse de manière à se rendre

200 LE RÉPERTOIRE NATIONAI,

presque imperceptible ; se voit-il en assurance, il se dilate, il étend ses bras, il les allonge, il marche ; 11 saisit de petits insectes, de petits vers, qu'il dévore tout entiers : souvent deux polypes avalent le même vers, chacun par son bout : quand alors ils se rencontrent, plus d’une fois il arrive que l’un avale l'autre avec la portion du ver qui se trouve dans son corps : ce qui est encore plus curieux, c'est que au bout d'une heure, le polype sort sain et sauf du corps de celui qui l'avait englouti ; il n’y perd que sa proie. Autre singularité, le polype engendre à la façon des bourgeons : il vient de naître, et il est déjà père de dixhuit enfants ; les nouveaux arrivés suivent l'exemple du père, de sorte que au bout d’un mois le grand-père se trouve entouré d'un million d'enfants. Voilà ce que nous disent les naturalistes.

Depuis l'invention du microscope, lunette qui grossit étonnamment les petits objets, on a découvert dans chaque goutte d'eau, où l’on fait infuser des particules animales ou végétales, telles que du poivre, etc., tout un monde de petits animalcules, invisibles à l’œil nu et inconnus aux anciens. Un observateur célèbre en a compté jusqu'à deux mille et même plus dans une seule goutte d'eau de pluie, où ils nagent, gambadent, se battent comme dans une vaste mer. Avec une junette solaire qu'on a montrée à Québec, ces dernières années, on voyait dans une goutte de vinaigre des anguilles de la longueur de neuf pouces ! Cela a quelque chose de révoltant quand on pense qu'on boit du vinaigre ! Dans le rhum, il y a des serpents, et dans le vin, des couleuvres : le saviez-vous, ivrognes ? Mais qu'est-ce que cela encore, quand on pense que tout notre corps est un univers d'êtres animés? qu'il v a des êtres vivants dans notre sang ? qu'il y a des vers entre les dents de la plus délicate demoiselle, que scient les brosses, cependant, avec le plus grand soin et journellement. Eh bien ! prenez un microscope solaire, et allez voir ce qui se passe entre ses belles dents après son repas. Grand Dieu ! c'est un monceau de vers qui se disputent la curée ! ilya

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là de quoi faire frémir! Voilà ce corps qu'on idolâtre tant, et qui doit tomber en pourriture !

Mais, tandis que nous nous perdons dans une goutte d'eau à considérer ces infiniment petits, voici l'énorme baleine qui Ss’avance du Nord, dormant sur les eaux comme une île flottante, de soixante, de cent, de deux cents pieds de long, sur laquelle on aperçoit des coquillages et quelquefois des plantes. Le marinier est sur ie point d'y débarquer, lorsqu'elle se réveille et, d'un coup de sa queue, fait chavirer ou peu s’en faut le navire. Elle plonge dans les abîmes avec son petit, gros comme un bœuf, qu'elle embrasse avec ses nageoires et qu'elle allaite avec ses deux mamelles. Quoique l'animal le plus énorme qui existe, elle a pourtant peur. Dans sa famille même, elle trouve des ennemis redoutables, contre qui elle n'a de défense que sa queue. L'espadon, beaucoup moindre qu'elle, mais armé à la tête d'une longue épée dentelée de chaque côté, la poursuit avec acharnement ; elle tâche de le frapper de sa queue et de l’écraser ainsi d'un seul coup; mais souvent l’espadon lui échappe, bondit en l'air, retombe sur elle et s'efforce, non de la percer, mais de la scier avec son épée à dents. La baleine rougit la mer de son sang, qui jaillit à gros bouillons de ses blessures ; elle entre en fureur, elle frappe sur l'eau des coups épouvantables tels que le navigateur en frémit au loin . . Mais un ennemi encore plus à craindre, c'est l’homme ! Il viendra un jour jusqu'au milieu des glaces Ju Nord, lui faire reconnaître son empire : si elle pouvait toujours demeurer ax fond des eaux, elle aurait encore moyen de lui échapper ; mais non; différente en cela des autres poissons, il faut qu'elle vienne de temps en temps à la surface pour respirer l'air. L'homme en profitera pour lui lancer, de dessus une frêle barque, un harpon acéré qui entre dans sa chair et en fait jaillir des flots de sang ; elle aura beau bouleverser la mer par les battements de sa queue, le fer reste fixé dans la large piaie ; elle aura beau s'enfoncer dans l'abîme, le fer la suit dans

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