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l’abîme, et avec le fer un long câble dont le bout est dans la barque : et puis, il faut bien qu’une demi-heure après, elle revinne sur l’eau pour reprendre haleine: le hardi pêcheur en profite pour l’achever à coups de dard. Morte, on la suspend avec des chaînes au côté du gros navire; des charpentiers, les pieds armés de crampons de fer, montent sur son dos, en dépècent le lard à coups de hache. Sa graisse, son huile enrichiront es provinces : les commerçants les transporteront de royaume en royaume, les arts les emploieront en beaucoup de manières différentes. Les lames osseuses où fanons qui garnissent sa gueule, et avec lesquelles elle écrase les insectes et les petits poissons dont elle se nourrit, serviront entre autres à des parasols et des parapluies ; son énorme charpente amusera peut-être les enfants de quelque grande cité, tandis que les peuples du Groënland en feront la carcasse de leurs barques, qu'ils revêtiront de sa peau.
Chose étonnante, et qu’on aura probablement déjà remarquée, c'est que parmi les imperceptibles habitants d'une goutte d’eau, et parmi les gigantesques baleines de l'Océan, il y ait guerre, il y ait combat à mort; et que sous la main de la Providence ces guerres et ces combats entretiennent cependant la vie et l'harmouie universelles.
Ainsi, cette année comme l'année dernière, des millions de harengs et de morues, poursuivis, à ce qu'il paraît, par les baleines, et attirés par des insectes et de petits poissons, viendront se faire prendre, le long des côtes d’Europe et sur les bancs de Terre-Neuve, afin de servir de nourriture à des millions d'hommes ; et l'année prochaine, en la même saison, il en viendra autant : et malgré cette consommation prodigieuse, leur nombre ne diminue pas. Dieu leur a donné une fécondité plus prodigieuse encore : une seule femelle de hareng en produira dix mille ; une seule morue, jusqu'à dix millions !
Ont-ils approvisionné les divers peuples de la terre, et pourvu, en particulier, à la nourriture du pauvre, ces ha-
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rengs, et après eux ces morues, s'en retournent sous les glaces du Nord, pour s'y multiplier sans péril, et s'en reviendront, l’année suivante, par milliards, marchant à la suite de quelques chefs, en ordre de bataille, non pour combattre, mais pour se faire prendre plus commodément. Et, chose singulière, ces poissons qui naissent, qui vivent dans les eaux salées de la mer, ne le sont point euxmêmes : 11 faut qu’on les sale quand on veut en conserver la chair, ou l'envoyer au loin. Mais c'est la mer qui fournira le sel !
Une seule carpe échappée au filet des pêcheurs, suffit pour repeupler toute une rivière avec ses trois cent millions d'œufs. Qui ne bénirait le créateur de tant de merveilles ?
Outre tous les avantages que possèdent les poissons pour voyager dans les mers, ils ont un organe bien curieux : c’est une vessie d'air qu'ils ont dans l'intérieur, et qu'ils dilatent ou compriment à volonté, à leur gré. La compriment-ils, devenus plus pesants, ils enfoncent ; la dilatent-ils, devenus plus légers, ils remontent. Quoique toujours dans l’eau, ils respirent cependant l’air comme nous, mais non pas autant que nous. Ils er trouvent assez dans l'eau qu'ils avalent par la bouche et qu'ils chassent par les ouies. Dans le passage, ils extraient les particules aériennes à peu près comme font nos poumons de l'air atmosphérique ; ils en emploient une partie à entretenir la circulation du sang et la vie. Chaque espèce de poisson a reçu une arme ou du moins quelque industrie pour se défendre au besoin: la baleine à sa queue meurtrière ; l'espadon, son épée à scie ; la licorne de mer, sa corne en spirale ; le hérisson et la perche, leurs piquants ; la pourpre, sa tarière, qui perce les coquilles les plus dures; le dauphin lance aux veux de son adversaire un violent jet d'eau pour l’étourdir ; la sèche a une bouteille d'encre pour se dérober à la vue de son ennemi; la torpille engourdit la main qui veut la saisir ; tel autre, sur le point de devenir la proie de ses nombreux ennemis, s'envole
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