‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 61 sur 123 · LA ’FERRE · texte numérisé non relu

LA ’FERRE

La terre a entre neuf et dix mille lieues de circuit, et trente et un millions de lieues carrées, dont les deux tiers sont occupés par l'Océan, trois mille lieues de diamètre ; de sorte qu'il faudrait descendre mille cinq cents lieues pour arriver au centre de la terre ; son volume est d’environ dix-sept milliards de lieues, et son poids, en livres, est d’un chiffre de 544, suivi de 22 zéros.

Il n'entre pas dans l'idée de tout le monde que l’on puisse ainsi connaître le poids, le circuit et la circonférence de la terre. Où est la balance, demandera-t-on, pour peser la terre? Où est le contrepoids ? où est l’arpenteur qui a chaîné et arpenté la terre? Tout cela paraît d’abord impossible et incroyable ; mais l’étude de l’astronomie rend tout cela aussi clair ‘‘que deux fois deux font quatre, ’’ et, en effet, le génie humain s’est tellement élevé dans la connaissance des lois qui régissent les corps célestes, qu'on peut, d'avance et avec la certitude d’une heure, d’une minute, prédire quand ils doivent se rencontrer. Le vulgaire a été si frappé de cette précision, qu'il commence à croire dans la puissance de la science astronomique : il appelle cela lire dans les astres. M. A. P!amondon, président de l’Institut, veut bien venir, après moi, vous donner une lecture démonstrative sur ce que je ne fais que vous énoncer aujourd'hui: il vous satisfera, je n’en doute point, il a déjà fait ses preuves.

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Mais, diront quelques-uns, notre terre est donc furieusement grande ! Quand vous parlez de milliards de listes en volume et d’un poids en proportion, vous trouvez la terre grande ! Eh! voulez-vous savoir au juste ce qu'elle est auprès de ces lustres immenses qui brillent à nos veux durant la nuit? C’est un grain de sable à côté de la plus haute de nos montagnes ! Il y a là de quoi étonner ; oui, mais il n'y a là rien d’exagéré.

Eh! que sommes-nous donc, nous, habitants de cette petite terre, si elle est elle-même si peu de chose ; que sommes-nous dans ce vaste univers? ‘‘Oui, répondent les ‘“ prétendus philosophes, nous sommes bien peu de chose ‘* dans ce monde: nous sommes presque rien; Dieu ne ‘‘ pense pas à nous, nous allons à l'aventure : quand nous ‘“ finissons, tout finit avec nous.’’

Ces messieurs désireraient bien qu'il en fût ainsi: cela les mettrait à leur aise. Mais à quoi leur sert-il de se faire si petits? Est-ce que notre grand Dieu n’est pas aussi grand et aussi puissant dans les petites choses que dans les grandes? Ne déploie-t-il pas autant de force et de sagesse dans les organes du puceron que dans ceux de l’éléphant? dans la formation de notre petite terre que dans celle des cieux ? Pour la paix de ces messieurs, il leur faudrait, d'abord, pouvoir se débarrasser de leur conscience; mais cela est en dehors de leur contrôle : «ti: conscience les force à tenir intérieurement un langige différent. C’est elle qui leur crie sans cesse ‘‘ que Dieu ‘prend un soin tout particulier de tous les hommes, ‘comme de tout le reste dans cet univers.”' C’est elle qui leur dit: ‘‘Ouvrez les yeux, et soyez convaincus que ‘‘ tout ici-bas tend à procurer à l'homme et la jouissance, ‘‘et le plaisir, et le bonheur.’’ Cette conscience leur en dit assez sur ce qui doit leur arriver et pour les mettre sur leurs gardes s'ils désobéissent aux ordres divins. Quoi ! l’homme tout entier retournerait-il en terre? tout entier retournerait-il en poussière ? Ne serait-il qu'un caprice du Tout-Puissant ? cet être infiniment bon serait-

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il, à l'égard de l'homme, injuste, cruel et barbare ? L'oppresseur et l'opprimé seraient-ils également destinés au même sort? Non, il en sera autrement. Il y a chez l'homme quelque chose qui n’est point matière ; ce quelque chose ne doit pas mourir: l’homme le savait avant qu'on lui en eût parlé. Et, en effet, ne se sent-il pas capable de parcourir le ciel en entier, de mesurer l’éterpité si elle avait des limites, de s’élancer jusqu’au trône de l'Éternel? Eh! le dirai-je? il voudrait argumenter avec lui! Il va plus loin: il l'insulte ! il travaille, il s’épuise à l’anéantir; dans son délire, il crie à tue-tête : ‘Non, il n’y a pas de Dieu !’" Mais la matière peut-elle monter si haut, philosophe impie? Dis-moi, que veut donc dire ce cri qui t’échappe ét que tu pousses dans ta douleur ou dans le danger ? Tu prononces le nom de Dieu malgré toi ou sans t’en apercevoir. Pourquoi lèves-tu ton front vers les régions hautes? pourquoi tournes-tu les yeux vers le ciel? Sais-tu ce que cela veut dire? Cela veut dire que ton äme connaît sa véritable patrie, qui est là-haut. Est-ce que, durant ta courte existence sur cette terre, ton cœur ne palpite pas toujours pour ta patrie? tes soupirs ne sont-ils pas toujours pour ton pays natal? tes délices ne sont-elles pas toujours sous le toit paternel ? Et, s’il en est ainsi pour ton corps mortel, est-ce qu’il ne doit pas en être de même pour ton âme incorruptible et immortelle ?

Les mines les plus profondes connues ne descendent encore qu'à un quart de lieue: ainsi, l’homme n’a fait jusqu'à présent qu'effleurer l'épiderme de la terre. Et cependant, dans ce peu que nous connaissons de la terre nue et stér'le, la Providence nous offre des merveilles et des bienfaits sans nombre.

Des rochers antiques nous servent à élever des maisons pour vivre en famille; des pierres brûlées au feu et mêlées avec du sable les lieront avec un ciment incorruptible ; les cailloux se transformeront en une glace transparente pour laisser venir la lumière et en exclure le vent et la

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pluie ; l’argile donnera des tuiles et des ardoises pour les couvrir. Plus bas, sont les métaux, le fer, l'argent, l’or et les pierres précieuses pour les orner. Le cuivre et l'étain produiront cet airain sonore qui, suspendu entre le ciel et la terre, invitera les mortels à s'assembler pour louer le Seigneur et faire monter vers lui et leurs joies et leurs tristesses, et leurs espérances et leurs craintes !

La terre est suspendue dans l'espace, mais sur quoi ? sur rien! Et les autres mondes? sur rien aussi! Qui donc les tient ainsi et les fait tourbillonner? le bras du Tout-Puissant !

Les savants vous diront bien qu'ils ont trouvé le mystère: que tout cela se meut et se soutient par la force de l'attraction, par l'affinité et la cohésion; que deux gouttes d'eau s’attirent l’une l’autre, qu’il en est de même de deux astres ; que le soleil attire la terre, que la terre attire la lune, et ainsi de l'univers. Mais ici la question ne fait que changer de forme. Sur quoi est suspendu l'univers? sur rien? Non, sur le bras du Tout-Puissant ! et cela est suffisant.

Dans cet univers matériel, l’action réciproque que les corps célestes exercent les uns sur les autres, ne les empêche pas d’avoir chacun leur mouvement propre. Le soleil se meut sur lui-même en vingt et un jours et demi. La terre et les autres planètes se meuvent sur elles-mêmes et en même temps autour du soleil. Notre soleil n’est probablement qu'un satellite d'un plus grand système céleste, et qui tourne aussi, avec toutes ses lunes, autour d'un plus grand soleil que lui.

Plus on creuse dans la terre, plus on trouve de la chaleur et de l’eau qui jaillit avec d'autant plus de force qu'elle est puisée de plus bas. Le puits artésien de Grenelle est creux de dix-huit mille pieds, et l’eau qu’il donne est très chaude. C'est, je crois, la plus grande profondeur à laquelle nous soyons encore parvenus.

Cette réaction de'‘l'eau et de la chaleur donne la raison des volcans, des tremblements de terre et des sources

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d'eau chaude minérale. C'est par ces émissions souterraines de gaz qu’on explique les aspérités, les bosses à la surface de la terre, les montagnes et les vallées.

Les tremblements de terre sont reconnus avoir deux mouvements : un vertical, c’est-à-dire, de bas en haut, et l’autre horizontal, accompagnés d'un bruit semblable à celui d'un coup de canon. En 1797, la ville de Riobamba sauta par un tremblement de terre, et les habitants furent lancés à la hauteur de plusieurs cents pieds et jetés sur une montagne, au delà d'une rivière,

Les chocs de tremblements de terre sont plus violents, s'ils ont des intervalles plus longs, pour !a raison d'une plus grande accumulation de gaz comprimés.

Ainsi, les volcans en activité serviraient de valve de sûreté : ils dégageraient continuellement les masses de gaz qui tendent à se dégager de l’intérieur du globe. En preuve, on pourrait citer la destruction de Lisbonne, les tremblements de terre à Caraccas, à Lima et à Cashemeer, en Syrie, et dans l’Asie-Mineure, qui ne sont point dans la vicinité de volcans. Lorsque ces émanations de gaz acide carbonique se trouvent sous des couches étendues de masse métallique ou pierreuse, il n'y a pas d’explosion en dehors, mais il surviendra des soulèvements de terrains, des îles. La terreur que nous imprime un tremblement de terre vient de notre habitude de voir la terre que nous foulons solide et immuable. Nous sommes accoutumés à voir la constante mobilité de l'eau, et que l'Océan soit bouleversé jusque dans ses bases, cela ne nous occupe guère. Mais du moment que nous nous apercevons que les choses stables changent, alors nous perdons confiance. Les animaux mêmes en sont effrayés ; on dit que le chien et le cochon en sont particulièrement terrifiés.

La croûte de la terre ayant été liquide et incandescente, c'est par le refroidissement que nos continents sont ce qu’ils sont aujourd’hui ; au centre du globe, tout est encore comme était la surface autrefois : il se refroidit lentement depuis bien des milliers d'années, et il s’en

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Mais alors qu'arrivera-t-il à la terre? il lui arrivera probablement ce qui lui est déjà arrivé; une comète viendra la frotter et lui fera changer de face !

L'étendue de nos continents, comparée à celle de l'Océan, est comme r est à 21; les îles peuvent former la vingt-troisième partie de la masse des continents.

La profondeur de l'Océan n'est pas encore connue ; à vingt-sept mille six cents pieds, ou plus d'une lieue et quart, on n'a pas trouvé de fond.

La plus haute montagne a deux lieues au-dessus du niveau de la mer. Celle appelée Himalaya dépasse les nues, et ie voyageur placé sur son sommet voit sous ses pieds les nues, tour à tour enflammées et ténébreuses, darder au loin la grêle et la foudre sur les campagnes inférieures.

L'Europe est la plus petite des cinq parties du monde. Le Canada est beaucoup plus grand qu'elle ; maïs elle est bien la plus puissante, la plus riche, la plus complètement civilisée. Ses peuples ont assujetti une grande partie du globe. C’est dans son sein que les lettres, les arts et les sciences ont brillé et brillent encore avec plus de splendeur et plus d'éclat. Son génie domine tout le reste de l'univers. L'Amérique seule se présente comme pour la devancer et lui disputer le pas.

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