‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 62 sur 123 · CAVERNES · texte numérisé non relu

CAVERNES

Ce qui a le plus étonné les savants au sujet des cavernes, c’est la grande quantité d’ossements qu’on a trouvés dans quelques-unes. On a formé diverses conjectures sur la cause qui a placé tant d'os dans ces souterrains.

Les uns ont pensé que, dans l’ancien temps, elles servaient de retraite aux bêtes féroces, qui y laissaient les ossemeuts de leurs proies et leurs propres cadavres. D'au-

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tres ont cru que le culte religieux des anciens peuples de ces contrées consistait à faire des chasses générales d'animaux, et à aller ensuite les jeter en tas dans ces cavernes.

Mais l’origine de ces os est d’un tout autre genre : c'est un phénomène d'histoire naturelle et non un monument historique. Nous allons essayer de l'expliquer.

D'abord, c'est un fait qu'il se trouve quantité d'ossements dans la pierre calcaire, de même qu'il se trouve des coquilles. Ce phénomène date des temps où la mer couvrait nos continents. Les animaux ont été portés dans son fond comme l'ont été les végétaux; de là l'apparition de corps marins et de corps terrestres dans le même lieu.

Secondement, on connaît la décomposition facile et fréquente des matières calcaires par les eaux qui s’infiltrent ensuite dans les terres. Ces eaux qui filtrent dans ces terrains pierreux y trouvent des lits déjà mous ou susceptibles d'être décomposés, et les entraînent peu à peu, et forment ces vides ou cavernes.

Les cavernes avec ossements sont donc le résultat des écoulements de matières calcaires qui se sont trouvées placées sur des couches molles ou ramollies ; et les eaux les ayant mises en solution, tout a dispuru dans les terres par infiltration ; il n’a resté que les os, qui ne se sont pas dissous : leur masse entassée a formé des piliers qui, placés de distance en distance, ont donné différentes cavernes : dans les endroits où il n'y avait ni ossements ni autres matières indispensables, les terres ont disparu et la surface s’est affaissée, et a produit les vallons. Il suffit de voir les masses immenses de tuf que déposent certaines sources au sortir des montagnes calcaires, pour comprendre les vastes cavités qui doivent se faire dans l’intérieur. Il est connu que dans les montagnes ou collines de pierres à chaux il y a des couches que la filtration de l’eau a détruites.

Maintenant, si l’on réunit ces deux phénomènes, c'està-dire, si l’on suppose que c’est une couche calcaire pleine d’ossements que les eaux ont détruite et entraînée, nous

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aurons des cavernes où se trouvent de ces ossements qui résistent à l'action de l'eau plus que les matières calcaires,

Les eaux qui ont creusé ces cavernes n'ayant pu entraîner que les parties menues et dissoutes, ont laissé sur le sol les corps durs que renfermaient les couches molles, et en particulier les os: de là ces piliers, ces murs que l'on rencontre dans ces cavernes.

Lors donc que les curieux y sont entrés pour la première fois, il ont dû trouver de ces ossements en aussi grande quantité que dans une voirie. Mais peu à peu ces os ont été emportés où consumés, et l'on n'en trouve guère aujourd'hui qu'en accélérant l'effet du temps, c'està-dire, en attaquant les couches qui les renferment encore. Ces ossements seraient encore une preuve de la grande et dernière révolution qu'a subie notre terre ; les animaux pêle-mêle se voyant poursuivis par les eaux du déluge, se sont sauvés tout naturellement sur les hauteurs et ont fini par y périr ensemble.

Les deux plus célèbres cavernes du monde sont celles d'Adelsberg, en Autriche, et de Kentucky, en Amérique. La première est célèbre surtout par ses belles stalactites, et comme elle appartient au gouvernement, aucune de ces stalactites n’a été endommagée. Tout y est resté dans l’état où il a été trouvé. Notre concitoyen, le révérend messire L. Gingras, a visité cette caverne à son retour de l'Orient. |

Il se trouve dans cette caverne une rivière et un pont que la nature a construit pour la traverser. Après avoir passé ce pont, on a trois quarts de lieue à marcher à travers des salles, des galeries, des chambres de toute espèce et de toute beauté. Rien au monde de plus imposant ; cette caverne est si vaste qu'il semble qu'on voyage en plein pays.

Plusieurs stalactites ont la forme de figures sculptées. Au bout d’une lieue, le chemin se termine tout court; au delà, il y a encore d'autres cavernes qui n'ont pas été explo-

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rées, et qui, probablement, se continuent sous une chaîne de montagnes, Mais la plus grande curiosité, c'est un lac d'une immense grandeur ; il manque un bateau pour le traverser, Dans ce lac et dans la rivière, il y a une sorte de poisson sans yeux ; ce poisson est un mélange de plusieurs animaux : il est poisson, lézard et serpent tout à la fois. Sa longueur est de six à dix pouces.

Tous les ans les bourgeois d’'Adelsberg donnent un grand bal dans cette caverne. Étrange fantaisie de l’homme : on va danser sous terre avant d'y aller dormir du long sommeil de la mort !

Mais la plus fameuse caverne est celle qui se trouve dans l’État de Kentucky, connue sous le nom de caverne monstre, #ammouth cavern; elle est pour ainsi dire à notre porte et probablement que peu d’entre nous en ont soupçonné l'existence.

Le Kentucky est le plus petit État des États-Unis après la Virginie ; il est renommé par l'excellence de son tabac, et depuis que, par l’imprévoyance et la cupidité, la Virginie a beaucoup perdu de sa fécondité première, presque tout le tabac qui nous vient des États-Unis sort de Kentucky, mais il porte toujours le nom de /abac de Virginie. Le blé de Turquie y élève jusqu’à quinze pieds son superbe panache d’étamines. Quand les premiers Européens mirent le pied dans cet État, ils furent fort étonnés de voir dans ce beau pays de vastes déserts, et crurent d’abord que l'absence des arbres venait de la mauvaise qualité du terrain ; ils lui donnèrent le nom de Zarrens, ce qui équivaut en langue française à /erres ingrates où non cullivables ; et même à présent que ce pays est couvert des

plus belles forêts, on l'appelle encore Ha, et ce nom lui restera probablement pour t #1 .srs, car dans les langues jamais la raison ne pre: ntre l’usag

Ces grands abattis ou dés s que les premiers Européens aperçurent avaient été l'œuvre des hordes sauvages de l'Amérique du Sud ; cette partie des ftats était considérée un endroit neutre et servait de réunion pour 1

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