ÉTOILES FIXES
Les étoiles fixes paraissent garder entre elles la même position ; mais elles ont, comme tout le reste dans cet univers, un mouvement ; sans mouvement point de vie, et tout est vivant dans les cieux.
En regardant le ciel à l'œil nu, on n’y compte guère plus de six cents étoiles ; mais la multitude qu’on en aperçoit à l’aide du télescope est si grande, que le dénombrement en est impossible.
Toutes celles que nous apercevons dans la voie lactée ou le chemin de Saint-Jacques, de même que toutes les autres qui, quoique infiniment plus grandes que la terre, ne sont cependant pour nous que des points lumineux, et de quelque instrument dont nous nous servions, elles nous paraissent toujours aussi petites qu'auparavant, ce qui démontre le prodigieux éloignement où elles sont de nous.
Si un habitant de notre globe pouvait, en s’élevant dans l'air, atteindre à la hauteur de soixante et dix millions de lieues, ces masses de feu ne lui paraîtraient encore que des points rayonnants. Quelque incroyable que cela paraisse, c'est un fait dont nous sommes témoins toutes les années: vers le 10 décembre, nous sommes au delà de soixante et dix millions de lieues plus près des étoiles qui ornent la partie septentrionale du ciel, que nous ne le sommes le 10 juin, et malgré cela nous n’apercevons dans ces étoiles aucune augmentation de grandeur.
On a encore découvert, assez récemment, qu'il existait des étoiles doubles, composées de deux étoiles qui paraissent contiguës et généralement de couleurs différentes. Bien plus, on s'est assuré que l’une des deux tournait
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autour de l’autre, comme nos planètes tournent autour du soleil. Il suivrait de 1à que les lois de l'attraction céleste s’exercent au milieu des étoiles, infiniment au delà des limites de notre système.
L'impossibilité de répondre à tous les phénomènes astronomiques et l’incommensurable distance qui nous sépare des astres, ne doivent pas nous empêcher de porter un regard contemplateur sur l’armée des étoiles, sur les profondeurs les plus reculées des cieux, ni même sur ces indécises et mystérieuses zébuleuses, qui sont autant de gro'pes moins visibles encore que ceux de la voie lactée. Elles sont peut-être des vapeurs lumineuses, des matières en réserve pour alimenter les corps célestes, ou pour en créer d’autres, s’il en est qui périssent ; car il n’y a pas de doute qu'ils passent et qu’ils passeront comme le reste, Le temps fait marcher humanité, nations, empires ; tout marche avec lui, et finira avec lui; d’autres cieux renaitront et un autre teinps avec eux ! ‘Eh! qu'êtes-vous ‘* donc, astres luminetix ? D'où venez-vous ainsi? Et où ‘‘ainsi allez-vous? Aux ordres “e ui marchent vos ‘‘légions? En l’honneur de qui et pour qui jetez-vous ‘ de là-haut tant ‘ie feu et de clarté? Îites-vous vivants ? ‘ Îtes-vous animés comme nous? , , . . ... . . .. ou nue où 6 à 6 à à eo» + + + < Pénsez-vVonsautant ‘que vous brillez? Îites-vous créés ou éternels? Îîtes- ‘* vous mortels, fragiles et passagers comme nous ici-bas ? ‘ Âtes-vous les maîtres de votre route, de votre mouve- ‘‘ ment et de vos vapeurs ? Choisissez-vous vos rayons et ‘vos sphères à votre gré? Ou plutôt, êtes-vous de glo- ‘‘rieux esclaves, de magnifiques machines que la mani- ‘ velle du Tout-Puissant fait remuer comme et quand il ‘veut? N'obéissez-vous qu'à un seul et suprême maître, ‘ dont vous ignorez aussi bien que nous, et plus que nous ‘* peut-être, l’origine et l’auteur ?’?
A ces ardentes questions, point de réponse |! Pas une syllabe de la part des cieux toujours éblouissants et toujours muets pour nous. Point de réponse de la part de
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la science astronomique, qui, timide et réservée, se défend, comme d’un acte téméraire, d'élever ses observations au delà de notre système, et d’aspirer à la connaissance des étoiles. Elle les compte, les décrit et les classe ; mais cela fait, elle les quitte et les abandonne à leurs lointains mystères! Et, en effet, à quoi servirait à l'homme de s’épuiser et de s’évertuer
‘A jamais déchiffrer sur le front des étoiles ‘“ Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles !”’
Qu'il me soit cependant permis de soulever la question suivante : Tous ces mondes solaires qui sont, sans aucun doute, coordonnés à la même fin, et qui forment un monde universel, tous ces globes, dis-je, sont-ils habités par des créatures intelligentes, comme celui d’entre eux que nous appelons la terre? Les philosophes répondent que ‘‘cela est probable.” Eh bien ! moi, je dis que cela est plus que probable. Dieu ne fait rien d’inutile. Et à quoi nous servirait ces immensités de mondes que nous avons de la peine à voir avec nos plus forts instruments, et qui sont des millions et des milliards plus volumineux que notre petite planète? Dira-t-on que ces masses invisibles sont faites pour l'usage de l’homme? pour l’inviter à louer le Seigneur et à admirer sa toute-puissance ? Certainement que la beauté et la grandeur du ciel sont de puissantes invitations pour l’homimne d’adorer et d'admirer. Mais ces globes que nous ne voyons pas, ainsi que ceux que nous ne faisons qu’entrevoir par le secours de nos instruments, ne doivent-ils avoir d'autre destinée que de ravir quelques savants? Les cieux ne doivent donc pas être déserts de créatures animées et intelligentes. Et ces créatures qu'éclairent ces soleils, doivent sans doute nous surpasser en perfection et en intelligence, en proportion des mondes qu'elles habitent. Nous, probablement, nous ne sommes que le dernier degré des intelligences créées, celles de la petite planète Mercure exceptées !
Moïse ne nous dit qu'un mot des cieux: ‘‘ Dans le
‘principe, dit-il, Dieu créa les cieux.”' Il ne nous en dit pas davantage. Tout son récit se restreint à la terre, et à ce qui a un rapport direct avec elle.
Mais saint Paul dit ‘‘qu’il plut au Père de tout restau- ‘‘ rer, de tout concilier, de tout pacifier par le sang du Fils, ‘°et ce qui est sur la terre et ce qui est dans les rieux.”’ Or, on ne œncilie pas, on ne pacijfie pas la matière brute, des globes déserts ! Saint Paul croyait donc qu’il y avait des créatures dans les astres. Et il disait cela après avoir été ravi au troisième ciel! Saint Augustin pensait que chaque astre avait son ange qui le conduisait. Mais tout cela, mesdames et messieurs, n’est point imprimé sur le front des étoiles. Les astronomes n’y voient goufte ! Mais que tout cela marche régulièrement, que chacun des astres suive sans broncher sa course à travers un pays où il n’y a pas de balises; qu'au bout de cent, deux cent, trois cent mille ans et davantage, tout se retrouve au point d’où il est parti, personne n’en doute.
Dites à présent que tout cela est du hasard ; que c'est le hasard qui les conduit ; que tous ces globes sont sans habitants ; que toutes ces étoiles qu'on appelle fixes, et que l'on tient pour autant de soleils, roulent simplement pour le plaisir de rouler ; et qu’elles n’ont été créées et allumées que le quatrième jour, comme l’ont été notre soleil et notre lune.
Job semble répondre à cette question quand il dit dans son livre que ‘‘les étoiles du matin louaient déjà le Sei- ‘‘gneur, lorsque la terre était encore plongée dans les ‘eaux.”
Plusieurs sobres philosophes sont d'opinion que notre soleil n’est qu’une simple planète, par rapport aux étoiles fixes ; qu'il circule autour de quelque autre soleil plus grand que lui, avec son système planétaire, comme font la terre et les planètes autour de lui; que d’autres soleils en font autant, toujours emboîtant système sur système jusqu'à fatiguer l'imagination ! O immensité! Ô profondeur ! Ô toute-puissance de notre grand Dieu !
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Il y a une douzaine d'années, on ne connaissait pas encore la distance d'aucune étoile à la terre. Aujourd’hui, on connaît celle de quatre. L'astronome Bessel a trouvé, le premier, que la soixante et unième de la constellation du Cygne est à une telle distance de nous, qu'il lui faut dix ans pour nous envoyer sa lumière, à raison de soixante et dix-sept mille lieues par seconde, c’est-à-dire, six fois le tour de la terre, pendant que l'horloge ne fait qu'un /#c ou un /ac/ Et on est fondé à croire qu'ily a des étoiles, des astres ou des soleils dont la lumière met six mille ans à venir à nous. Par conséquent, il se peut que nous voyions aujourd’hui des étoiles qui se sont éteintes (car elles s’'éteignent) à la naissance d'Adam ; et peutêtre que nous en voyons d’autres que notre grand-père n’a jamais vues ! Qu'on parle après cela de rai/roads et de télégraphes électriques ! Ce télégraphe met, combien ? deux heures à transmettre les nouvelles de Boston. Il est vrai que le fil est interrompu et que, s’il était possible de faire le tour de la terre d'un fil sans interruption, le choc serait ressenti au bout du monde en quelques secondes.
Hershell dit avoir aperçu avec son télescope de vingt pieds des étoiles qui doivent mettre deux mille sept cents ans à nous envoyer leur lumière,
Si notre soleil était transporté dans la région des étoiles, même les plus rapprochées de nous, il n’occuperait que la modeste place d'une éoi/e invisible à l'œil nu !
Il y a dans le ciel des régions où l’on n’aperçoit pas d'étoiles du tout ; et les astronomes appellent ces régions des sacs à charbon. Dans d’autres régions, au contraire, elles sont tellement accumulées qu’on en compte jusqu'à vingt mille dans un espace moindre que celui de la lune, telle qu’on la voit en pleine lune. Ces groupes d'étoiles et d’autres groupes lumineux, où l’on ne distingue pas d'étoiles déterminées, se nomment zébw/euses, leur nombre est énorme.
Mesdames et messieurs, il nous sera impossible d’en
finir avec le ciel ce soir. Il nous reste encore à parler des
feux follets, des étoiles filantes, des aérolithes, des éclipses et des comètes. Il nous faut donc rester au ciel, bon gré mal gré, pour une huitaine et peut-être une quinzaine, Mais dans le fond, dans ce saint temps du carême, ne nous faut-il pas faire pénitence quelque part, ici ou là ? Eh bien! faisons-la au ciel, nous aurons moins de distractions !
C’est assurément une bien belle et bonne chose que de contempler le ciel; mais il est bien bon aussi de se garder d’avoir continuellement les yeux tournés vers lui. Il est sage de savoir où l’on met le pied, et de se rappeler la piteuse aventure de l’astrologue, de tomber dans le puits. Le badaud ! il aurait dû y rester ; le puits lui aurait servi d’une excellente lunette !