‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 75 sur 123 · FEUX FOLLETS · texte numérisé non relu

FEUX FOLLETS

Les feux follets, que le vulgaire nomme encore #-fo/lets, ne sont autre chose que des exhalaisons enflammées, à pâles couleurs et à formes indécises, que l'on voit le plus souvent dans les cimetières, dans les marais et partout où se trouvent des matières animales en décomposition.

Suivant le vulgaire, un feu follet est un esprit malfaisant. Ceux qui en ont peur (et ils ne sont pas en petit nombre) prennent la fuite et se mettent à courir, en cherchant à devancer le #auvais esprit ! Le vide d'air que ces gens font par derrière eux en courant ainsi, entraîne le feu follet à leur suite, et, comme de raison, il va aussi vite qu'eux sans jamais les atteindre. Courent-ils directement sur le feu follet, alors celui-ci fuit à son tour devant eux ; et c'est en courant toujours que nos peureux de coureurs tombent dans des fossés, ou s'engagent dans des marais ; de l£ la mauvaise intention de ces mauvais esprits. Le vulgaire débite là-dessus maintes et maintes histoires. De misérables filous ont joué à cette occasion plus d'un tour à nos bonnes gens de la campagne, qui croient généralement que le feu follet s'amuse volontiers avec le fer et l’acier, et que lorsqu'on veut s'en débarrasser, on n’a qu’à planter sur un piquet son couteau de poche ou sa hache. Le feu follet va de suite danser autour de ces outils, et vous êtes en sûreté tout le long de votre route !

De misérables escrocs ont ainsi commis de vrais larcins, et sur une grande échelle. Ils attendent le retour des gens des noces, qui d'ordinaire s’en reviennent tard chez eux. Nos filous fixent une boule de feu au bout d’une perche; ïls la font aller et revenir en zigzag : voilà un feu follet; et vite, chacun de tirer de sa poche et de son gousset, canifs, couteaux, fourchettes, etc.; les grand’'mères tirent leurs aiguilles et leurs ciseaux ; les filles n'hésitent pas de détacher leurs belles épinglettes ; tout enfin est déposé sur la clôture, dans l'espérance bien sûre de retrouver le butin le lendemain au matin. Mais

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le feu follet se plaît tant avec ces bagatelles, qu'il a jugé à propos de les emporter avec lui, pour en jouir plus longtemps !

Il est bien connu à présent que les feux follets ne sont que des émanations de gaz hydrogène phosphoreux, qui a la propriéte de s'enflammer spontanément à l'air. Ces vapeurs inflammables sortent parfois des cimetières et prennent en entier la forme du cadavre dont elles émanent; et de là ces contes d’apothéose, ces histoires de montée au ciel en corps et en âme de certains défunts sortis de la tombe, tandis que ces vapeurs peuvent tout aussi bien venir des cadavres des plus grands scélérats, morts en véritables damnés, que de ceux qui sont morts en prédestinés !

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