‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 83 sur 123 · AR RS · texte numérisé non relu

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286 LE RÉPERTOIRE NATIONAI,

descend du nord vers le midi, plus on voit les peuples faire dominer le régime végétal sur le régime animal.

Un Anglais se gorge de rosbif, mange peu de pain et boit du brandy ! Le Français mange plus de pain, moins de viande, et boit du vin. L’Italien vit presque uniquement de macaroni, de polenta et d'excellents légumes. Dans l'Inde méridionale, les habitants ont horreur du sang de tous les animaux, et d'en approcher la chair de leur bouche ; ils se contentent de fruits sucrés et délicieux et de laitage.

L'homme prépare ses aliments et les fait cuire. Le feu est exclusivement à l'usage de l’homme. Quand Homère veut peindre un homme féroce et sauvage, il l'appelle crudivore, parce que, en effet, la nourriture de chair crue annonce des viscères et des appétits analogues à ceux d’un ours ou d’un lion.

La nature nous donnerait à croire que la gueule du quadrupède s'avance et s'élargit tout exprès pour saisir sa proie et l’avaler, et que son cerveau se rétrécit et se recule ; tandis que chez l'homme le cerveau s'avance en un

front large et noble, et qu: ses mâchoires se raccourcissent. Ne devions-nous pas mettre la pensée avant la nourriture ? Mais la brute fait le contraire de l'homme.

La double fonction digestive sur les substances végétales et animales, rend l’homme le seul être qui use des condiments de sel, de moutarde, d’épiceries, pour exciter plus efficacement l'activité de la digestion, et le seul qui boive des boissons enivrantes, fermentées et spiritueuses. De là l'art culinaire chez les peuples civilisés, art funeste qui, en étudiant les moyens de faire manger beaucoup, en aiguisant la sensualité du goût, devient la source d'une foule innombrable de maladies.

Suivant moi, ce qui distingue davantage l'homme d'avec la brute, c'est la connaissance qu’il a d’un fître suprême et de la mort. Par la première, il s'élève à tout ce qu'il y a de plus sublime et d’infini ; par la seconde, il contemple le terme de toutes choses, le néant.

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L'existence de l'homme se partage en trois périodes, celle de l'accroissement, celle de la plénitude et de la force et celle du décroissement ; chacune est de vingt-cinq ans. Il y a des exceptions, mais elles sont rares. Le bonhomme Parr, par exemple, a, dit-on,vécu cent cinquante-deux ans.

Mais une extrême vieillesse est-elle bien désirable? ne faut-il pas du sommeil après une longue journée de fête ? De même, il faut le repos du tombeau après une belle vie. Lui seul peut garantir de tout revers la mémoire de nos actions les plus nobles et du génie le plus sublime.

Nos politiques canadiens ne disent-ils pas qu’un des leurs a vécu trop longtemps ; que s'il fût mort après ses cinquante années de travaux pour sa patrie, il aurait conservé, en descendant dans le tombeau, l'estime et la reconnaissance de ses concitoyens. La pierre sépulcrale imprime le sceau de notre vie, car, d'ordinaire, on ne rend justice aux hommes qu’à leur mort. Et vivre toujoursen travail et en doute, n'est-ce pas un long wowrir ?

L'homme vit un peu moins que la femme ; on voit plus de vieilles femmes que de vieux hommes, Cela vient-il des dangers et des fatigues auxquels l’homme est exposé, ou de ses vices, tandis que la femme est tranquillement concentrée en dedans et généralement vertueuse? Et en effet, dans quels périls ne s'élance pas l’homme, poussé par la jeunesse, la valeur, l'ignorance du danger et l'orgueil de ses forces! N'a-t-on pas vu des philosophes s'ensevelir, par la passion du savoir, dans les flammes et les explosions des volcans? Témoin, Empédocle se précipitant dans le cratère de l’Etna, et Pline le naturaliste, étouffé par la pluie de feu du Vésuve. Cette inébranlable audace devient le triomphe de l'homme, il se place au delà de la mort, il y reconnaît une imimortalité.

En naissant, l'homme a le quart de sa hauteur future, et la moitié à deux ans et demi; à dix ans, il est aux trois quarts de sa taille, qu’ii atteint à dix-huit ans. Alors, il prend de l'épaisseur jusqu’à vingt-sept ans, puis la corpulence arrive, si sa complexion en est susceptible.

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À quarante ans, la vie commence à se refroidir. Eh! où en sont ceux qui approchent de la soixantaine, comme votre très humble lectureur ! La durée moyenne de la vie de l’homme est de soixante et dix ans.

Le chiffre des hommes sur la terre est généralement fixé à neuf cents millions, comme suit: Europe, cent quatre-vingts millions ; Afrique, quatre-vingts millions : Amérique, quatre-vingt-cinq millions ; Asie, cinq cent quatre-vingts millions. Voilà donc plus de cinq cent quatre-vingts mille hommes qui, dans une chance commune, naissent, et tout autant qui meurent chaque jour! voilà cent morts et cent naissances par seconde! Ainsi s’écoulent sans cesse les flots de la vie.

Mesdames et messieurs, —Ici se termine :e que je vous avais promis sur l'univers ; mais il s’en faut que le sujet soit épuisé. Je ne puis me retirer, sans vous offrir mes sincères remerciements pour l’empressement et la bienveillance avec lesquels vous avez bien voulu venir enten. dre mes lectures. S'il plaît à la Providence, nous revien-

drons l'hiver prochain, et je redoublerai d'efforts pour captiver votre attention.

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