‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 82 sur 123 · PLU · texte numérisé non relu

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qui en feront autant? Le dragon-mouche se soutiendra en l'air, par la force de ses ailes, tout un long jour d'été, toujours volant de la même force! La mouche de nos maisons donne six cents coups d'ailes dans un temps, et à chaque coup. elle avance de six pieds par seconde ! Eh! où en serions-nous, si ces êtres, en devenant plus volumineux, conservaient cette force en proportion? Eh ! ils détruiraient tout sur la surface de la terre !

Voici encore une règle générale, c'est que à mesure que les formes organiques se perfectionnent dans le règne animal, la sensibilité augmente de pair avec une certaine portion d’intellect ;: et plus les êtres descendent bas dans l'échelle animale, plus la sensibilité diminue, et plus la fécondité augmente, et cela d’une manière étonnante. Par exemple, les infusoires et autres êtres semblables forment de hautes montagnes, et cependant, pour les étudier, on a besoin des microscopes de la plus grande force. En montant un peu l'échelle, on retrouve presque la même fécondité. Le ver à soie pond entre mille à deux mille œufs ; la guêpe, trois mille; la fourmi, cinq mille ; la reine des abeilles, quarante mille ; la fourmi blanche, quatre-vingt-six mille par jour, et cela pendant un mois, ce qui fait en tout à elle seule deux millions quatre cent dix-neuf mille œufs. Tous ces petits êtres sont, sans aucun doute, destinés à servir de nourriture à d’autres plus élevés dans l'échelle. Ils naissent par milliers dans une heure, et périssent par millions dans un jour. Mais il faut remarquer que, destinés qu'ils sont à être la proie des autres êtres plus proportionnés, ils sont constitués de manière à ne pas souffrir en passant de la vie à la mort, ils sont presque insensibles.

Chez l'homme non plus ce ne sont ni les plus gros ni les plus longs qui ont plus d'intellect et de force. Le vulgaire dit, ‘‘grand corps, grand lâche,’ c’est bien la règle générale ; mais, pour la consolation de ceux qui sont de haute stature, nous devons dire tout de suite qu’il y a de nombreuses et de nobles exceptions. Mais toujours est-il vrai

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que Alexandre le Grand était petit, et que Napoléon n'était pas grand, je veux dire long, car le petit caporal savait bien distinguer entre l'un et l’autre de ces mots. Un jour qu'il ne pouvait atteindre à un livre qui se trouvait sur une tablette placée haut dans sa bibliothèque, son aide de camp lui dit: ‘‘ Permettez, sire, que je vous donne ce ‘‘livre, je suis plus grand que Votre Majesté.—Dites ‘ donc plus long,'’ répondit Napoléon.

Nous sommes cependant bien loin d'accorder que tous les petits hommes soient des lions, et que les longs soient des vaches ; que ce sont des flandrins qui ont les côtes sur le long, comme dit le vulgaire.

Mais, outre ces proportions de cervelle avec le corps, le cerveau de l’homme est reconnu d'une structure plus fine et plus élaborée; il n’y a que lui qui ait cette petite glande qu’on nomme pinéale. De plus, le cerveau se manifeste particulièrement en ampleur, chez l’homme, par la capacité de la partie frontale. De là le fameux angle facial de Camper. Cet angle est formé par une ligne tirée des arcades sourcilières à la acine des dents supérieures, et par une autre qui la coupe :n venant du trou occipital.

Chez les Européens, l'angle facial est de quatre-vingts à quatre-vingt-quinze degrés ; chez les nègres, de soixante et douze; l’orang-outang, soixante et cinq: le chien, quarante-cinq. Mais les parties les plus propres au grand déploiement de l'intelligence paraîtraient se développer vers le devant de la tête et le front ; tandis que le cervelet, ou le derrière de la tête, paraîtrait destiné à l'exercice des fonctions animales.

Aïnsi, les crétins, ces individus qui ont la grosse gorge et la tête en pain de sucre, ont aussi une forte dépression du front, et on les range parmi les hommes bruts et imbéciles. On a observé que, chez les peuples où la classe pauvre portait des fardeaux sur la tête, ces individus avaient le front déprimé et devenaient stupides ; tandis que chez ceux où l’on porte les fardeaux sur les épaules, il en arrive autrement.

De célèbres anatomistes ont encore fait remarquer que chez l’homme l'encéphale le distingue encore des animaux d’une autre manière : c'est que plus l'animal a un large cerveau, plus son corps est mince et grêle; et plus la moelle épinière est considérable, plus l'animal est fort, vigoureux et féroce : et c’est exactement ce qui se rencontre chez l’homme et la brute. L'homme est destiné à vivre par la tête, et les autres animaux par le corps. L'homme est donc l'animal intellectuel par excellence, et les autres animaux, les êtres sensuels sont destinés à la vie brute et physique. Un résultat de cela encore, c'est que l’homme périt sur-le-champ par le supplice de la décollation, tous ses membres s'affaissent presque sans mouvement: de là l'invention de la guillotine; tandis que les quadrupèdes décapités, oiseaux, poissons, s'agitent encore après la décollation; et la raison, c’est que chez l’homme la tête est le centre de toute l'existence, et que chez la brute le centre de l'existence est dans la moelle épinière. En compensation, les animaux ont plus d’instinct que l’homme, et les sens plus développés. L’aigle et un grand nombre d'oiseaux ont le sens de la vue supérieur à celui de l’homme ; l'ouie est plus subtile chez le lièvre. la taupe, la chauve-souris et les oiseaux de nuit, qu’il ne l’est chez l’homme. Il en est de même de l’odorat : le chien évente le lièvre de loin, le guette et le suit à la piste ; le cochon découvre, à travers une couche épaisse de terrain, les émanations des patates, des navets, etc.

Les vautours d'Afrique vinrent, dit-on, à Pharsale, dévorer les cadavres romains, sur le seul tact de l’odorat.

Mais le sens du toucher surpasse chez l’homme, en délicatesse, tout ce qui se voit chez l'animal. Ce seul être à peau nue a une main qui devient l’instrument par excellence de toutes ses volontés.

Mais, malgré cette supériorité dans le toucher, l’homme dans son enfance ne saurait subsister seul, au moins pendant les dix premières années. Or, cet extrême désavan-

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tage que l’homme a avec la brute devient un extrême avantage, un bienfait de la nature. La mère et les parents sont naturellement obligés d'en prendre soin ; sa faiblesse excite le soin de sa mère, de là cet attachement de l’homme à la femme ; de là l'existence en famille devient nécessaire ; de 1à le fondement de toute société, de tout fonctionnement, en dépit des sophismes éloquents de Jean Jacques Rousseau, qui soutenait que l’homme n'était pas naturellement destiné à la société.

L'homme considéré ainsi, son corps n’est bientôt que la moindre partie de lui-même : il recèle dans son intérieur une puissance secrète d'intelligence, de raison et de génie, source de tout son empire sur la terre pour gouverner, en quelque manière, le système des corps organisés.

L'homme, sous des climats chauds, est plus disposé à la vie frugivore et herbivore; et dans les climats froids, il est plus disposé à la vie carnivore, ou plutôt il devient omnivore, se nourrissant également de substances animaies et végétales.

Nous voyons cela par ce que nous préférons en été et en hiver: nous mangeons plus de viande en hiver qu'en été. Et l’homme se porte bien quand il obéit à cette loi de la nature. Et il ne mourrait pas tant d’Anglais de maladies aiguës, de pléthore, de dyssenterie dans les Indes, s'ils ne s’obstinaient pas à manger tant de viande et boire autant de madère sous les tropiques que sous le ciel nébuleux de la Grande-Bretagne.

L'instinct ou l'impulsion de nos appétits nous guide à cet égard bien manifestement. Jes enfants, bien plus près de la nature que nous, moins dépravés par des goûts factices, désirent bien plus les fruits que la chair. Dans les fièvres ardentes, que désire le fébricitant? des fruits.

En somme, nous penchons à croire que nous sommes plus proches de la famille des herbivores que de celle des carnivores. Nous pouvons grimper aux arbres; notre nudité naturelle manifeste que notre première origine a dû être sous les tropiques ou les pays chauds. Plus on

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