‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 114 sur 212 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

Le murmure des flots qui blanchissent ces bords, Et la brise du soir cadençant ses accords ;

La douteuse clarté de l’astre du silence Effleurant les côteaux, les bois, la mer immense, Tout réveille dans moi de pieux souvenirs,

Et mon âme en planant s'enivre de désirs.

L'amant ou l'exilé, le bonheur, la misère, Chacun a ses échos dans ce lieu solitaire.

Heureux celui qu’embrase un délire joyeux !

Naguère je goutais ce nectar précieux ;

Londres il devint secrétaire de l'honorable D. B. Viger, agent du Bas-Canada auprès du gouvernement britannique, avec lequel il resta près de deux ans. 11 alla deux fois à Paris où il fut présenté à plusieurs hommes célèbres dans les lettres et dans les sciences. Pendant sa résidence à Londres, il fut admis dans les rangs de la Société Littéraire des amis de la Pologne, dont Thomas Campbell, l’auteur du beau poëme anglais: “ The pleasure of Hope,” était président, et dont formaient aussi partie le comte de Camperdown et plusieurs autres membres de la chambre des lords et de celle des communes. Il s’y lia d'amitié avec un savant polonais, le Dr. Zchirma, ancien professeur de philosophie morale à l’université de Varsovie, et connut une partie des réfugiés polonais qui vinrent à Londres, le poète national de leur infortuné pays, le vieux Niemcewitz, ancien aïde-de-camp de Kosciusko, le prince Czartoryski, le général Pac, etc. Il mit quelques fois la main à la rédaction de la revue, “The Polonia,” publiée à Londres sous les auspices de la Kociété.

De retour dans son pays, M. Garneeu se livra dans ses moments de loisir à son goût pour les lettres, chérissant dans le modeste silence du cabinet cette indépendance de l'esprit sacrifiée si souvent sur la scène politique. Il a publié dans les journaux différentes poésies dont nous allons reproduire une partie. Il travaille actuellement à une histoire du Canada dont les deux premiers volumes ont déjà vu le jour et le troisième doit paraître, dit-on, cette année. Quoique cet ouvrage ait eu à subir plusieurs critiques, il a mérité à son auteur des témoignages non équivoques d'approbation d'hommes, en Canada, en France et dans les Etats-Unis, dont les suffrages doivent flatter son cœur. Son but dans ce livre grave est de repousser les calomnies et les assertions mensongères prodiguées contre nos compatriotes par des écrivains ignorants ou préjugés, et de rallier au culte de nos ancètres ceux qui désespèrent de la cause sainte de la nationalité.

Mais errant aujourd'hui sur la terre étrangère,

Sans parents, sans patrie, oublié des humains,

A l'écho de douleur j'adresse mes refrains ; La nuit seule entend ma prière.

O toi qui de l'amour bus le philtre enchanteur, Ou qu'abreuve à longs traits la coupe du malheur, Poursuis les concerts de ta lyre :

La nature propice en ces lieux les inspire, Et les zéphirs te répondront en chœur.

Hélas ! dans quel climat le ciel te fit-il naître ? Quel destin malheureux, quel orage peut-être, Contre toi souleva les flots ?

D'un joug pesant fuis-tu l'ignominie, Ou de ton fatal génie Suis-tu l’astre entraîné par des sentiers nouveaux ?

Le bonheur file en silence Les jours de l'humble berger ; Le toit qui vit sa naissance

Ne le vit pas s'enfuir à l'étranger.

Content du sort, chéri de sa bergère, En vain, roule aux cités le char ambitieux, Dormant en paix sous la douce chaumière, Il méprise des rois les palais orgueilleux.

Que n'ai-je, comme lui, dans le hameau paisible Sut choisir un séjour aux chagrins inconnu !

Savourant le bonheur d’une épouse sensible J'eus partagé l’amour et la vertu.

Mais d'un astre fatal éprouvant l'influence, J'errai contre mon gré bien loin sous d’autres cieux. Je disais: je verrai le soleil de la France

Et le tombeau de mes ayeux.

Je laissai donc ces bords, où, profonds et sublimes Roulent du Saint-Laurent les flots majestueux ; J'entends encor gronder dans les sombres abîmes Du fier Montmorency les rochers écumeux.

Mes yeux suivaient de loin ces murailles superbes

Qui portent jusqu’au ciel leurs créneaux foudroyants.

Et les rayons du soir glissaient, comme des gerbes, Sur les toits éblouissants.

nts.

0 toi, fière cité, reine de ma patrie, Combien dût ce moment me couter de douleurs ! À ces pensers.. ma paupière attendrie

Ne peut retenir ses pleurs.

J'ai vu de l'océan les vagues agitées Que pressaient d'Aquilon les ailes irritées.

Puis j'ai vu de Paris les palais somptueux, Et le dôme superbe élancé jusqu'aux cieux.

Sur la colonne triomphale ; J'ai vu de vieux guerriers relire leurs exploits ; J'ai vu le lieu funèbre où repose des rois La cendre sépulchrale; Mais rien du Canada n’éteiat le souvenir :

J'y trouvais le passé, j'y voyais l’avenir.

En vain, Londre à mes yeux déployait sa richesse, Son faste, sa splendeur, d’un factice bonheur La perfide ivresse, Mon âme n’y trouvait qu’un charme empoisonneur.

Où sont ces jours quand, sous l'ombre d’un chène, Je frédonnais un rustique refrain ?

L'amour guidait mes doigts, et la timide Hélène

En rougissant sentait gonfler son sein.

Mais, comme un doux rayon au milieu d’un orage Frappe l'œil du voyageur,

Ce tendre souvenir perce, en vain, le nuage

Qui pèse encor sur mon cœur.

Hélas ! j'ai tout quitté, parents, amis, chaumière ; Chaumière où j'ai reçu la vie et la lumière.

O toit, cher protecteur de mon humble berceau, De ma voix, de mon nom nourrirais-tu l’écho ? Ingrat, j'ai déserté le seuil de mon enfance, Seul un furtif adieu fut ma reconnaissance.

D'une mère éplorée, oubliant les regrets, Je la quittais, peut-être pour jamais.

Non... je vous reverrai, lieux qui m'avez vu naître ; Champs, bocages, riants vallons ; J'y répèterai mes chansons ; De tristes souvenirs de la flute champêtre Attendriront les sons.

Ah! combien il est doux après ur. long orage, De rentrer dans le port, de baïser le rivage Que l’autan furieux semblait nous disputer :

Un bonheur toujours pur devient froid à gouter. Déjà je vois au loin venir sur la colline Mon père aux cheveux blancs, que la vieillesse incline. Ses cheveux que zéphire agite mollement, Couvrent son front joyeux de leurs boucles d'argent. De ses pas l’âge, en vain, ralentit la vitesse, Il me voit, il m'atteint, sur son sein il me presse. Une mère, une sœur, des frères, des amis!

Je revois donc enfin ces objets tant chéris… Mais que dis-je ?.. Peut-être un funèbre silence Règne au toit paternel, témoin de mon enfance ; Qu'un père, qu’une mère, enviés par les Dieux, Reposent maintenant dans la splendeur des cieux ; Que ses tristes enfants vont pleurer sur sa tombe Quand de l’humide nuit le voile épais retombe. Ils disent : notre frère est aussi loin de nous. Il quittait pour un rêve un asile si doux:

Il ne répondit pas à la voix de son père, Lorsqu’à ses yeux la mort déroba la lumière.

Errant en d’autres climats I! n’a pas entendu l’airain impitoyable Sonner.. ni dans le deuil s’avancer le trépas, Tenant le sablier dans sa main redoutable, Et notre seuil frémir sous ses pas.

Mais pourquoi de mon cœur augmenter la tristesse ? De ces illusions, noirs enfants de la nuit, Chassons l'ombre qui me poursuit ; Lyre répète encor tes accents d’allégresse, Et dérobe mon âme à l'ennui.

Oui, je verrai ces champs où rêvait ma bergère ; Du lympide ruisseau j'écouterai la voix ;

Et sous le pin touffu qui vit naître mon père

Je chanterai mes refrains d'autrefois.

Aux premiers rayons de l'aurore Qui brilleront à l’orient,

Je poursuivrai de l'œil encore L’astre des nuits dans l'occident.

nc.

L'airain sonore au clocher du village,

En répondant à l'hymne du matin,

Réveillera par son divin langage,

Ces sentiments qui charmaient tant mon sein.

Et sous l’ormeau, voisin du toit champêtre, Aux pas légers qu’accorderont mes chants, Je mêlerai les récits que fait naître

Le Dieu jaloux du bonheur des amants.

De la rive où le flot expire J'écouterai le vieux pêcheur.

Sa voix que le silence inspire

A des airs qui charment le cœur.

Mes doigts harmonieux animeront ma lyre,

Dont la corde souvent chantera nos exploits.

Et quand l’âge viendra refroidir mon délire, Assis à l’ombre d’un bois,

Mes chants plus doux plairont au folâtre zéphire.

F. X. Ganeau (Londres).

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LE CANADIEN

CHANSON

Air: Mon père était pot.

Le Canadien traître à sa foi Aurait-il la manie, D'oublier les mœurs et la loi, De sa belle patrie ?

Non que la gaité Et l’urbanité Règnent sur nos rivages :

Que chanson d'amour, En ce joyeux jour, Rappellent nos usages.

Parlerais-je de ces écrits,

Qui remplissent la presse, Et ne font qu'aigrir les esprits, Dans ces jours d’allégresse ?

Que nos marguilliers, Ou nos tenanciers Gouvernent les fabriques ; Cela m'ennuïi fort,

Et souvent m’endort ; La peste des rubriques !

Qu'un autre vante les attraits Des filles d'Hybernie ; Ou que l'anglaise, de ses traits, Le mène à la folie ; Pour moi le maintien, Le doux entretien De ma concitoyenne ; Ses yeux, sa douceur, Enchaînent mon cœur :

Vive la Canadienne !....….

Le sol a produit ses héros, Il est peuplé de braves:

Il n’est sur terre aucuns drapeaux Pour nous tenir esclaves.

Dans plus d’un endroit, Plus de maiïnt exploit En est preuve brillante ; Et de Chateaugay Le jour signalé Le souvenir m'enchante,

Honneur à nos législateurs !

Que de travaux utiles...

Enfin nous voilà donc vainqueurs De tous ces imbéciles, Dont le fiel malin, Et l'orgueil hautain, Voulaient sous leur domaine, Et nous asservir, Et nous abrutir :

Leur espérance est vaine.

O mon pays! sois florissant,

Que tes jours soient prospères..…… Ne pli jamais ton front naissant, Sous les mœurs étrangères...

Sans soins, sans soucis, Les jeux et les ris,

Feront notre partage ;

Et que nos neveux

Soient toujours joyeux,

Jusqu'à leur dernier âge.

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