LE DERNIER JOUR DE L'ANNÉE
Tu fuis enfin fatale année,
Source d'éternelles douleurs!
Enfin ta course terminée
Un instant fait trève à nos pleurs.
Tout souriait au jour de ta naïssance, Notre horison paraissait s’éclaircir; Ton cours fâcheux trompa notre espérance,
Ne croyons plus à l'avenir.
A combien de malheurs en proie
Ton règne nous a-t-il laissés ?
Heures de plaisirs, jours de joie,
Par le deuil furent remplacés.
Quand le fléau qui dévastait le monde, (1) Nous décima, nous avons su mourir:
Du plomb mortel la plaie est plus profonde, Ne croyons plus à l'avenir.
(*) Le choléra asiatique.
L'inévitable maladie Sur nous répand son venin ; L'art le combat par son génie, Elle résiste, et cède enfin.
Mais qu’opposer au plus affreux des crimes? (1) De coups de feu l'air vient de retentir!.… On a frappé d'innocentes victimes!
Ne croyons plus à l'avenir.
L'an expire; un autre succède:
Aux maux qui nous ont accablés, Vient-il apporter le remède?
Nos vœux seraient-ils donc comblés?
De Dieu sur nous l'œil bienveillant s’abaisse, Et sa bonté se lasse de punir; Faibles humains, que votre haine cesse, Et nous croirons à l’avenir.
Puisse aux rigueurs de la fortune Le nouvel an mettre une fin, Et que d'une mère commune Les enfants se donnent la main.
Il est bien temps, dans la même carrière, Que les partis aillent se réunir:
Fils égarés, rentrez sous la bannière, Et nous croirons à l’avenir.