SCÈNE IV
LE BAILLI, COLINETTE, COLAS (au fond du théâtre).
COLAS, (à part). Oh! oh! qu'est-ce que j’vois! j'avais ben raison de m’méfier d'eux, écoutons. (I se cache derrière un arbre.)
COLINETT. Maïs qui vous répondra du succès de ce projet ?
LE BAILLI. Îl ne peut manquer de réussir, et voici comment : ce soir, après le coucher du soleil, tu viendras te promener sous ces arbres; je m’y trouverai avec ma voiture et je te conduirai à ma maison de campagne, près d'ici, où se trouvera à point un notaire affidé qui nous mariera sur le champ.
COLINETTE. Vous ébranlez ma résolution; mais il faut que du moins j’emporte les hardes dont j’ai besoin, et je crains que cela ne fasse soupçonner..…….
LE BAILLI. C’est ce qu'il faut éviter avec soin, tu es assez bien vêtue comme cela, laisse-moi faire, je pourvoirai à tout.
COLINETTE. Oui, mais vous ne me donnerez pas peutêtre...
LE BAILLI. Je te donnerai tout ce qui te plaira, et en attendant accepte cette bourse de cent louis, pour commencer ta garde-robe.
COLINETTE. Eh bien! j'y consens ; mais pour éviter les soupçons, j'irai me cacher ici aux environs à l’heure indiquée, vous viendrez m'y trouver, et nous-partirons sans être aperçus.
LE BAILLI. D'accord. Le soleil va bient ‘ terminer sa carrière,* et dans peu l'obscurité secondera nos desseins. Oh ! que tu vas être heureuse ! nous allons habiter ma jolie maison de campagne, et là, assis à l’ombrage..…......Mais à propos, laisse-moi donc prendre d’avance un petit baiser.
COLINETTE. Oh ! non.
LE BAILLI. Pourquoi non ?
COLINETTE. Tantôt, tantôt.
LE BAILLI. Seulement rien que............
COLINETTE, japerçevant Colas). Retirez-vous, je erois aperçevoir quelqu'un là-bas, et je tremble qu’on ne nous voie ensemble.
LE BAILLI. Allons, jusqu’à tañtôt, prends bien garde à l'argent. (Il s'enfuit.)