‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 70 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Milton, avant de reprendre son récit, fait une digression touchante sur son aveuglement. Il y met une sensibilité qui charme, et qui fait sentir la grandeur de son infortune. Nous en citerons quelques vers :

But closed instead, and ever during dark, Surrounds me, from the cheerful ways of men Cut off, and for the book of knowledge fair, Presented with a universal blank

Of nature’s work, to me expung'd and rais’d, And wisdom at one entrance quite shut out.

Le poète décrit avec grandeur les chœurs célestes, l’espace entre l’abîme et l’enfer, et Satan qui arrive aux extrémités du monde. L’Eternel s'adresse à son fils, lui représente l'excès de la rage dont est dévoré Satan, ses tentatives futures pour effectuer la chute de l’homme, qui sera la victime de ses trompeuses amorces. Il lui rappelle ensuite ses motifs en créant l’homme ; la liberté qu'il lui a accordée, et qui seule sera cause d’une faute qu’il pourrait éviter.

Le Fils fait une réponse égale en beauté au discours de son Père. Le Père reprend la parole ; son discours excite un vif intérêt, et fait naître une inquiétude sur celui qui devra mourir pour opérer la rédemption de l’homme. Mais le discours que fait ensuite le Fils porte dans l’âme une douce consolation, dissipe nos appréhensions sur notre futur, et nous remplit de joie et d'espérance. Il parle d’avance de ce qu’il fera à son avénement dans le monde ; il s'offre au trépas pour racheter les hommes, prédit la victoire qu'il remportera sur Satan, son entrée triomphante dans les

cieux, ainsi que le pardon céleste accordé par le Très-Haut: Son discours est mystérieux ; il pique la curiosité des anges qui désireraient le comprendre. Le Père accepte ses offres dans la réponse qui commence ainsi :

O Thou in heaven and earth the only peace Found out for mankind under wrath, O thou My soul complacent ! ............,......., stnées

Après lui avoir exprimé la douleur que lui causera son absence, il lui explique le but de sa mission, son incarnation, la naissance d’une femme qui, sans cesser d’être vierge, enfantera le Rédempteur des humains; la mort qu’il souffrira, le pardon qu’elle méritera aux hommes ; son réinstallement dans sa gloire première. Illui décrit, en termes magnifiques, le jugement dernier, l'éclat de sa gloire, la séparation des élus d'avec les réprouvés, le bonheur ineffable et éternel des premiers. Après cette conversation entre l'Eternel et son Fils, les anges pénétrés et ravis les adorent et chantent leur grandeur. C’est 1à où brille le génie de Milton.

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Dans la reprise de sa narration, le poète nous démontre, rebus ipsis, qu’il connaît l’'Hydaspe et le Gange; qu’il croit les Chinois voyageurs en des sables mouvants, comme les Arabes et les Africains; qu’il suppose une espèce de paradis des fous, où il place Empédocle, Cléombrote, ceux qui cherchent la pierre philosophale, les partisans luxe. Il ne veut pas donner, en dépit de St. Pierre, entrée aux récollets, aux dominicains, dans le paradis, et il dépeint les reliques, les indulgences, les bulles, les dispenses, que le vent arrache à ces pauvres rebutés qui tourbillonnent dans les airs. Il les met dans le paradis des fous. Il nous décrit ensuite une échelle tout éclatante par sa richesse, et qui va du paradis terrestre jusqu’au ciel. Satan, après l’avoir admirée, regarde les planètes, en poursuivant sa marche. Milton nous donne ici à entendre qu’il se connaît en hypothèses; il suppose qu’il pourrait habiter quelque peuple dans les étoiles. Il parle ensuite au soleil en grand poète; mais il reprend aussitôt la qualité d’astronome, en raisonnant sur la cause du mouvement des astres. Nous sommes gratifiés enfin d’une petite leçon de chimie, mais qui, finissant prématuré ment, ne met dans l’esprit qu’une très faible idée de cette science.

Satan parle à Uriel. Le rang et la qualité de celui-ci sont mentionnés brièvement: Satan lui adresse un discours pour l’engager à lui enseigner lequel des globes qu’il voyait était la terre. Uriel trompé par ces paroles captieuses, lui répond avec cette franchise qu’inspire un cœur généreux. U lui fait une courte narration de l’histoire de la création. I lui montre l'endroit où sont les premiers hommes, qu’il décrit ainsi:

That spot to which I point in paradise, Adam’s abode, those lofty shades his bower.

Thy way thou cans’t not miss, me mine requires.

Satan s'incline, part, se rend promptement sur la terre, et en y arrivant, il met le pied sur le mont Niphathès.

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