‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 14 sur 81 · SE · texte numérisé non relu

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Des considérations qui précèdent, il semble suivre que Île prêtre qui est l’organe, l'expression vivante du spiritualisme doit avoir sa place à occuper un rôle, un rôle bien important à jouer dans la société humaine ; mais qu’il ne doit pas usurper la place, le rôle du pouvoir civil, chargé, lui, spécialement du soin des affaires temporelles, des intérêts matériels de la société. Ces deux puissances, personnifications des deux principes constitutifs de la nature humaine, doivent se donner la main pour pousser et diriger l’humanité dans la voie du perfectionnement et du bien-être. Alors vous avez la parole et le glaive, la raison et la force, la voix de Dieu s’unissant à celle de l’homme, et le monde moral faisant écho, cette fois, au sublime ct harmonieux concert que fait entendre le reste de la création.

Nous voici naturellement amenés au point principal de notre thèse : le prêtre.

Le mot prêtre vient d’un mot grec qui signifie vieillard : c’est dire que dans l'origine des sociétés, on attachait à l’idée de prêtre, celle de sagesse et de vertu ; qu’on voyait dans le prêtre le dépositaire de la science et de l'expérience des temps passés, et par conséquent le flambeau qui devait éclairer les hommes et les peuples dans le présent, comme guider leur marche progressive vers l'avenir. Le prêtre, comme son nom le comportait, était en effet le père de la société, y exerçant l'autorité, y commandant le respect et la considération, dont le père de famille jouissait dans l’intérieur de sa maison; autorité bénigne, sainte et salutaire ; respect et considération commandés par l'affection et la reconnaissance,

Aujourd'hui, le prêtre est un homme, (il serait presque impropre de dire un citoyen,) qu’on relègue et claquemure au fond du sanctuaire comme un être dangereux à la société; et cela sous le prétexte dérisoire que son saint ministère souffrirait au contact des choses mondaines ; comme sil n’y avait rien de saint dans l'association humaine, comme si l'origine ct la fin de la société n'étaient pas saintes,

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Il est vrai que, pour être conséquent, l’on a défini la politique ; science des intérêts matéricis. En effet, s’ils n’y a pour les gouvernements humains d’antres objets de sollicitude que les intérêts matériels, on a raison de vouloir se débarrasser de l'intervention du prêtre, lui dont les soins sont avant tout pour les choses spirituelles ; on a raison de vouloir étouffer cette voix incommode et discordante, qui crierait esprit pendant que l’on parlerait matière ; qui opposerait sans cesse le dévouement à l’égoïsme, le sacrifice à l'ambition, la charité à la cupidité, l’humanité à l’homme, le ciel à la terre. Maïs comme l’on a trouvé un double avantage à rejeter ces vieilles notions cléririles pour soi, et à les conserver pour les autres, on à laissé le champ libre au prêtre pour tout ce qui se rattache à la morale privée proprement dite. Le prêtre peut tout à son aise sermoner, damner même les petits pécheurs, tous ceux qui se bornent à faire tort à leurs voisins. Mais les grands pécheurs, ceux qui sacrifient à leur vanité, à ieur ambition, à leur avarice, à leur sensualité, les intérêts, le bonheur de peuples entiers, le prêtre doit avoir la bouche close à leur égard : ce serait faire de la politique, et la politique est interdite au prêtre, à cause de la sainteté de son ministère. Encore une fois, on lui laisse son franc-parler, lorsqu'il s’agit des rapports de particulier à particulier, des devoirs que les hommes ont à remplir les uns envers les autres dans le cours des affaires ordinaires de la vie; mais les grands et importants rapports sociaux des citoyens entre eux, des gouvernés entre les gouvernants, d’un pays avec un autre, des différents membres de la grande famille humaine entre eux, rien de tout cela n’est du ressort du prêtre. (C’est, sans doute, parce que Dieu qui s'occupe beaucoup des torts individuels, s’occupe fort peu des torts faits aux nations, à l’humanité entière ; c'est sans doute, que les desseins de Dieu sur

l’homme se trouvent beaucoup plus contrariés par l’oppression d’un seul être Bumaiïn que par celle de Pespèce entière, ou de quelqu’une des grandes familles qui la composent.

Vit-on jamais pareille perversion, disons le mot, perversité de la raison humaine ? Il y a, peut-être, quelque chose d'aussi étrange, c’est que le prêtre dont la mission est divine, et par conséquent indépendante du pouvoir humain, au-dessus de Popinion des homnes, semble prêt, en apparence au moins, à accepter cette condition de paria, couronné de Pauréole si vous voulez; mais auréole qui me paraît à moi ni plus ni moins que la couronne d’épine dont on couvrit dérisoirement le front du Christ, dont le prêtre continue la mission.

Le prêtre donc croit devoir limiter son action aux rapports de la morale privée, comme si les vues de Dieu sur l’homme pouvaient s’accomplir par l’individu qui ne peut rien, et non par la société qui seule peut tout. Moraliser le peuple dans ce sens restreint, façonner les particuliers à l'exercice des vertus douces et simples de l’évangile textuel ; multiplier à cette fin les pratiques religieuses de toutes sortes et en toutes occasions, ce que je suis certes loin de désapprouver si on n’abuse pas de ce moyen ; présenter dans sa propre personne et sa propre conduite un exemple, un modèle de toutes ces vertus bien précieuses, sans doute ; voilà bien à peu près, je pense, tout ce à quoi le prêtre en général se croit obligé, et c’est bien là tout ce qu’il peut faire dans la sphère d’action qu’on lui a tracée.

Pour lui, diriger le mouvement religieux, dont il dispose, dans des vues de progrès social et humanitaire, et c’est à cela que le spiritualisme bien entendu doit nécessairement conduire le prêtre ; considérer ce progrès même comme la fin première de la religion ici-bas, comme l’œuvre par excellence des sociétés chrétiennes, et la voie la plus sûre pour arriver à la patrie éternelle, une pareille pensée, conçue dans d’autres temps ou dans d’autres liéux aurait été une témérité, quelque chose de pis encore peut-être. Je lis

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