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qu'il a racontré trois Canadiens qui résidaient à Honolulu, capitale des Iles Sandwich. Je pourrais augmenter le nombre de ses exemples, si je le voulais, mais À quoi bon ? à répandre peut-être le goût de l’émigration qui déjà nous a fait perdre un si grand nombre de nos compatriotes ! Chez tous ces jeunes expatriés, disons-le avec orgueil, l'amour de la patrie ne s’est pas refroidi un instant. Moins lâches que quelques-uns des habitants du sol natal, ils n’ont jamais rougi de leur nationalité, des coutumes et des mœurs de leur pays. Ils sont fiers à juste titre d’appartenir au Canada-français ; ils gémissent sur ses malheurs et sont heureux de ses progrès. Ils se réjouissent de nos triomphes lorsque la fortune nous favorise, et sympathisent avec nous dans nos désastres. Rendons hommage ici au patriotisme des jeunes Canadiens qui habitent la Nouvelle-Orléans et le Bâton-Rouge, eux qui célèbrent tous les ans la fête nationale de la St. Jean-Baptiste, eux qui ont si généreusement contribué en 1844 au fonds du rappel des exilés.
D'après ce qui précède, on voit combien la position de la jeunesse franco-canadienne est changée depuis le milieu du siècle dernier: Autrefois elle portait les armes pour la défense de son pays, aujourd’hui elle verse son sang pour l'étranger. Autrefois elle enireprenait de lointains voyages dans l'espoir de se faire, de retour au pays, un avenir bril- Jant, aujourd’hui elle est obligée de s’exiler pour se faire un avenir quelconque. Autrefois son mérite lui attirait de la considération et des marques de respect, aujourd’hui il n’attire pas même attention de ceux qui devraient le plus s'y intéresser, le gouvernement et les pères de famille.
Quant au gouvernement métropolitain, il n’a jamais eu la prudence, la sagesse ou la générosité de nous appeler à l'armée ou à la marine, qui nous sont restées parfaitement étrangères. Aussi leurs succès, leurs gloires et leurs désastres produisent peu d'émotion chez la jeunesse franco-canadienne ; nous voyons presqu’avec indifférence les troupes anglaises se couvrir de gloire dans les Indes, et nous ne
LE RÉPERTOIRE NATIONAI.
sommes pas sensiblement blessés des insultes que le pavillon britannique peut recevoir sur les mers. Ce n’est pas à dire que nous manquons à notre loyauté de sujets anglais, sous ce rapport nous avons fait nos preuves à plusieurs reprises, et nous sommes encore prêts à les faire lorsque l’occasion s’en présentera. Mais c’est une conséquence naturelle du système d'exclusion suivi par les autorités impériales contre la jeunesse franco-canadienne. Traités en peuple vaincu, et non comme faisant partie du peuple anglais, nous voyons presque sans joie les victoires remportées par les soldats et les matelots de la Grande-Bretagne, et nous n’éprouvons pas une douleur bien vive lorsqu'ils essuient des défaites.
Que nos sentiments seraient bien différents si la jeunesse canadienne était .ppelée à prendre part aux dangers et aux victoires de l’armée et de la marine! Avec quel sentiment d'orgueil national n’apprendrions-nous pas la nouvelle d’un succès remporté par une armée dans laquelle nous compterions seulement un régiment canadien, ou par un vaisseau dont l’équipage serait en partie composé de Canadiens ! Il y a déjà longtemps qu’un canadien distingué, réfléchissant sur l’avenir de ses jeunes compatriotes qui tous les ans sortent des colléges après avoir suivi un bon cours d’études, et qui sont quasi forcés de se jeter dans des professions déjà encombrées, conseillait au gouvernement métropolitain de former des régiments franco-canadiens dans le but d'offrir à la jeunesse du pays une nouvelle carrière à parcourir.
En suivant ce conseil, en offrant l’entrée de l’armée et de la marine d'état aux jeunes Canadiens-français, avec Pespoir d’être promus aux principaux grades, Angleterre ferait plus pour conserver le Canada qu’elle ne pourra jamais faire avec ses capitaux, sa politique et sa diplomatie. Car alors ses victoires seraient nos victoires ; sa gloire serait notre gloire ; ses revers seraient nos revers; nous ne formerions qu’un seul et même peuple ayant les mêmes intérêts à protéger et les mêmes ennemis à combattre.
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Si nous passons du gouvernement métropolitain et des choses de son ressort, au gouvernement colonial et à ce qu'il peut faire de lui-même, nous retrouvons toujours le même système d'exclusion suivi avec la même rigueur. Soit par haine de notre race, soit par une politique mesquine et mal-entendue, ou soit en conformité d'instructions impcriales, les gouvernants coloniaux repoussent systématique ment tous les jeunes Canadiens-français des emplois publics dont ils disposent. Depuis 1841, il est vrai, quelques-uns ont pu trouver, grâce à l'influence de quelques personnes qui sentent le besoin qu’il y a de former des hommes de bureau canadiens, le moyen de se caser dans les bureaux du gouvernement. Nous sommes loin, très loin, toutefois, d'avoir la part à laquelle nous avons droit d’après le chiffre de notre population; et pour bien des raisons que vous comprendrez bientôt, nous serons encore longtemps sans obtenir. N’allez pas croire que ce soit Ià une vaine déclamation ; non, cet avancé est basé sur des chiffres, et les chiffres ne se refutent pas.
Je vous ai dit plus haut que je prouverais que les administrations qui se succèdent sous la constitution de 1841 ne paraissent pas trop disposées à favoriser le développement de la nationalité canadienne en accordant quelque faveur aux jeunes franco-canadiens : cette preuve se trouve dans le tableau (1) qui suit des employés des principaux départements publics, des salaires qu’ils reçoivent et du nombre de Canadiens qui y sont agrégés :—
Dans le bureau des procureurs-généraux, il
y a trois employés, dont pas un n'est
canadien ; ces employés reçoivent annuel-
leMONb scies tseserssensesssesenesencsssses 62000 "0: "0 Dans le bureau du conseil exécutif, il y a six
employés :
Deux canadiens, recevant... 375 O0 0 Quatre bretons, recevant... 1472 4 4
() Ce tableau a été fait au commencement de mai 1847,
Dans le bureau de l'inspecteur-général, il y
a neuf employés, dont pas un n’est cana-
dien; ces employés reçoivent... 34684 17 1 Dans le département des douanes, il y a
quatre employés, dont pas un n’est cana-
dien; ces employés reçoivent... 1166 11 3 Dans le bureau du receveur-général, il y a
cinq employés, dont pas un n’est cana-
dien ; ces employés reçoivent... 1994 8 10 Dans le bureau des terres de la couronne, il y
a vingt-huit employés :
Sept canadiens, recevant... 2429 6 1 Vingt-un bretons, recevant... 8231 19 11 Dans le bureau des travaux publics, il y a
douze employés :
Deux canadiens, recevant... 775 Dix bretons, recevant... 4021 Dans le bureau du régistrateur-provincial, il
y a trois employés, dont pas un n'est cana-
dien; ces employés reçoivent... 916 13 3 Dans le bureau du secrétaire de la province,
il y a seize employés :
Deux canadiens, recevant... 775 0 0 Quatorze bretons, recevant... 4021 6 7
On voit par ce qui précède que dans ces neuf principaux départements ou bureaux, les Canadiens-français ne forment pas un sixième des employés, et cependant ils forment Ja moitié de la population de toute la province, et la grande majorité de celle du Bas-Canada. Sur quatre-vingt-six employés des bureaux dont on vient de parler, treize seulement sont canadiens et soixante-et-treize sont bretons. Les treize canadiens reçoivent annuellement. 4353 6 1 Les soixante-et-treize bretons reçoivent... 23609 8 0
Sur les soixante-et-treize bretons on compte les trois quarts de jeunes gens au-dessous de 30 ans; et sur les treize Canadiens, les trois quarts ont plus de trente ans.
pb O0 0 6 7 ncipaux forment ment Îla grande ingt-six e seulens.
ÿ 6 1 ) 8 0 es trois sur les
te ans.
Faute de pouvoir me procurer les documents nécessaires, je ne parle que de ces neuf bureaux, mais le même abus existe dans tous les départements publics. D'après un tableau statistique publié en 1845, il se trouvait qu'en cette année les employés du gouvernement, section du Bas-Canada, étaient divisés comme suit: deux cents d’origine britannique recevant £72,348, et soixante-et-dix-huit d’origine française recevant £18,000.
Voilà, messieurs, comme la jeunesse canadienne-française est traitée par le gouvernement colonial, sous le système représentatif. Et l’on dira que nous avons tort de nous plaindre? Et l’on oserait nier la nécessité qu’il y a pour nous de travailler sans relâche à Pohtention de la part du patronage de la couronne qui nous est légitimement due ? Et nous laisserions, sans dire mot, la jeunesse des populations des autres origines s'emparer de cette source de prospérité et d'influence ?
Souvent, j'ai entendu répéter par des gens de bonne foi que les Canadiens-français ayant les qualités qui font les bons chefs de bureaux, étaient très rares, et que c'était Ià la principale cause de notre exclusion des emplois publics. Je ne crois rien à cette assertion, mais si elle était vraie, elle ferait sentir plus fortement encore Purgence qu'il y a de placer les jeunes gens dans les bureaux publics, pour les former aux affaires, afin que plus tard on ne nous dise plus que si nous n'avons pas notre part du patronage publie, c'est que nous n’avons pas un nombre suffisant d'hommes capables de faire des chefs de bureaux.
C’est à nos hommes publics à s'occuper de cette question, plus importante au fond qu’elle ne paraît l'être à la surface, C’est à eux à exiger du gouvernement que les jeunes Canadiens soient employés dans les départements publics. Et s'ils ne le font pas, ils manquent à leur devoir: ils ne défendent pas les intérêts de la population qu’ils représentent. Non seulement ils doivent le faire pour la jeunesse, mais encore pour l’immense majorité du peuple du Bas-
Canada qui ne peut transiger aucune affaire avec les officiers publies sans employer des interprètes qu'il lui faut payer souvent au poids de l'or. On fera sonner très haut, je le sais bien, les mots de prudence politique ; on me dira qu’il ne faut pas trop exiger afin de conserver la coopération de certains amis politiques : cela serait très bien si ces amis nous aidaient à conquérir les emplais publics, mais je trouve que ceux dont il est ici question sont les premiers à s'emparer de toutes les charges lorsque l’occasion s’en présente, en nous saisant des compliments sans fin sur notre zèle, notre dévouement, notre patriotisme, et que nous, les jeunes franco-canadiens, ressemblons à ces soldats infortunés qui combatient toujours sans jamais recevoir aucune récompense. Les honneurs, les richesses et l’influence qui en découle, semblent, en ce pays, appartenir de droit à une race privilégiée. Pendant la guerre des partis, à nous les combats, les fatigues et les déboires ; après la victoire, aux enfants de nos alliés de cette race, les emplois, les bénéfices, les appointements, les douceurs du gouvernement. Encore une fois, nous, la jeunesse canadienne, nous souffririons un pareil traitement sans nous plaindre ? Nous n’aurions pas le courage de dire à nos lommes publics ce que nous attendons d’eux, ce qu’ils doivent faire pour nous ? Nous continuerions d’être ainsi exploités par nos amis et nos ennemis sans nous révolter contre leur conduite, sans combattre les uns avec vigueur, énergie, et sans imposer aux autres de nouvelles conditions dans nos alliances offensives et défensives? Non, jamais à l’avenir nous ne souffrirons en silence de pareilles injustices! Si plusieurs se taisent en tremblant, il s’en trouvera toujours quelques-uns au milieu de nous qui parleront le langage de la vérité, sans craindre les uns, sans égard pour les autres. Et nous finirons, si nous le voulons fermement, par obtenir tôt ou tard ce que nous demandons, c'est-à-dire notre droit. Voyez comme le champ se rétrécit insensiblement: la jeunesse canadienne ne peut parvenir ni à l’armée, ni à la
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marine de l’état, ni aux emplois dont dispose le gouvernement colonial. La littérature et les sciences ne lui offre aucun avenir : pour gagner son existence à écrire, il faut se faire rédacteur de journal, et encore n’y gagne-t-on souvent que des dettes. Dans un pays où les magistrats peuvent impunément soulever le peuple contre les lois d'éducation, on ne peut guère espérer que les lettres et les sciences y seront suffisamment encouragées pour engager les jeunes gens à suivre le bel état de professeur ou de littérateur. Les jeunes Canadiens n’ont done plus à choisir qu'entre le clergé, les arts, les professions HRRRAES le commerce, l'agriculture et les métiers.
Le clergé catholique offre au jeune homme une vie de dévouement et de sacrifices sublimes récompensés par les purs plaisirs que procurent la pratique des vertus chrétiennes et la paix de la solitude, Le jeune ecclésiastique peut, dans le silence du séminaire, savourer les délices d’une noble ambition; il peut entretenir Pespoir d’être un jour supérieur d’une congrégation, curé de paroisse, évêque de diocèse et même archevêque d’une province. Là s’arrête la hiérarchie ecclésiastique en Canada. S'il éprouve le besoin si naturel aux intelligences élevées de voyager à travers des pays et des peuples inconnus, d'admirer la belle et grande nature dans son état primitif, on lui fournit immédiatement les moyens de le satisfaire et de s’élancer à travers les mers et les forêts à la recherche des peuples qu’il soumettra à la loi du Christ et qu’il gouvernera au nom de Dieu. Du moment qu’il est tonsuré, ses supérieurs veillent sur iui et sur son avenir; et de ce moment-là, il ne connaîtra jamais les inquiétudes dévorantes qui naissent du manque de travail, du manque d'emploi, du manque de réussite dans les entreprises ; il ne connaîtra jamais les pressants besoins, la misère désolante, la pauvreté qui engendre le crime ou le désespoir; et au retour de l’âge il ne sera pas assailli par la crainte de manquer des choses nécessaires à la vie, crainte qui empoisonne les jours de tant de vieillards. S'il ne jouit pas des
plaisirs du monde, en retour il est spontanément respecté de tout un peuple, il exerce une influence immense sur le sort des familles et de la société, et il arrive bientôt au suprème but de l'ambition humaine, qui est de dominer et gouverner Îles peuples. A part la vocation et la prédestination, ces considérations engagent sans doute un grand nombre de jeunes Canadiens à embrasser l’état ecclésiastique. Nous devons reconnaître en justice, que la plupart d’entre eux, s’ils suivent le bel exemple de leurs prédécesseurs, deviendront très utiles au pays comme citoyen et comme défenseur de la nationalité canadienne. C’est une belle carrière ouverte à la jeunesse, lorsque la divine providence lui accorde les vertus qui font les bons prêtres, les prêtres-eitoyens.
Les beaux arts ne sont généralement que bien peu encouragés dans un jeune pays où l’on donne toujours la préférence à l’utile et au nécessaire. Cependant l'architecture, la sculpture, la peinture, la musique et le daguérotype sont suivis avec succès par plusieurs jeunes Canadiens. Quelques-uns se sont fait de belles renommées et de belles positions sociales. Les bonnes écoles, les longs travaux et les voyages dispendieux que l’étude de la peinture et de la musique exige, et les faibles moyens des classes qui donnent vie et appui à ces deux arts, seront longtemps encore des obstacles qui empêcheront la jeunesse canadienne de les cultiver en grand et de s’en faire un moyen d’avenir. Les progrès de nos grandes villes sont de nature à engager les jeunes gens à étudier architecture. Les architectes auront bientôt un beau champ à exploiter. L’homme qui réussirait à établir une école des beaux arts, soit à Montréal, soit à Québec, où l’on enseignerait surtout l’architecture et la sculpture, rendrait un service éminent à la jeunesse canadienne. Et cette espèce de patriotisme en vaudrait bien une autre ; et, selon moi, elle vaudrait mieux que beaucoup d’autres.
Les professions libérales ont fourni et fournissent encore
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un vaste débouché àÀ la jeunesse canadienne instruite. A défaut d’autres carrières à parcourir, tous les jeuncs gens sortant des colléges s’y sont jetés et s’y jettent encore en masse. Aussi sont-elles singulièrement encombrés. L’encombrement est tel, que le vrai mérite, semblable à une belle fleur qui sort souffrante et décolorée d’une touffe de mauvaises herbes, peut à peine, après de longues années de pénibles travaux, se faire jour à travers une masse de nullités intrigantes. Parmi les causes de ce mal, je regrette de le dire, il faut compter le faux orgueil qui engage de pauvres ouvriers et de pauvres agriculteurs à faire de leurs enfants des avocats, des notaires ou des médecins. Plusieurs ont sacrifié leur fortune, leur bonheur et leur repos pour des ingrats qui rougissent d’eux et du toit paternel, et qui souvent refusent de s'asseoir à la table de la famille de peur d'y être vus. Lorsque l'éducation sera plus répandue qu’elle ne l’est aujourd’hui au milieu des classes industrielles, ce faux orgueil disparaîtra, au grand bonheur de tous les intéressés. Le manque d'organisation chez les avocats et les notaires est une autre cause de l’encombrement de ces deux belles professions, ct l’unique cause de la dégradation dans laquelle elles sont tombées. Un nombre considérable d’aspirants sont annuellement admis à Pétude du droit sans qu’on leur fasse subir un examen préalable pour s'assurer du degré d'éducation qu’ils ont reçu, comme cela se pratique pour l’étude de la médecine. La majeure partie de ces aspirants n’ont reçu qu’une instruction très élémentaire et savent à peine les premiers rudimens de la langue française. Et quelle étude du droit font ces pauvres jeunes gens qui marchent si orgueilleusement et si aveuglement vers la misère? Ils s’enferment dans les bureaux de leurs patrons tout le temps qu’il faut pour copier les dossiers des causes ; là, ils n’entendent jamais ou presque jamais aucune dissertation sur le droit ; leurs patrons leur ont dit une fois, “lisez Domat, ou le traité des obligations, ou le “parfait notaire,” et ils croient avoir par ces très simples
paroles rempli les devoirs qu'ils ont à remplir envers leurs étudiants et la société ; après avoir copié les dossiers, les étudiants, du consentement de leurs patrons, se promènent ou flânent à volonté, n’ouvrant un livre de droit que dans les accès de spleen ou d'ennui, Au bout de quatre ou cinq années de ces brillantes études, ils choisissent des interrogateurs au milieu de leurs amis, qui souvent eux-mêmes n’ont aucune connaissance du droit ou de la pratique ; on prépare d’un commun accord un certain nombre de questions et de réponses, puis lon se présente devant un juge, qui, sans égard pour la respectabilité des professions et ne s’occupant nullement de sauve-garder les intérêts de la société, admet d'emblée dans les rangs professionnels tous ceux qui désirent obtenir le titre d'avocat, de notaire ct d'écuyer, par dessus le marché,
Il suit de là que ces jeunes gens parfaitement incapables, ainsi admis av barreau ou au notariat, deviennent à leur tour les patrons de tous les petits prétentieux qui sachant lire couramment, tant bien que mal, se croient suffisamment instruits pour faire des hommes de loi. Tel patron, tel étudiant ; l'ignorance engendre l'ignorance ; les professicus sont avilies, les avocats ct les notaires de cette espèce meurent de faim et de désespoir, ou ce qui est pire se déshonorent pour gagner de quoi vivre; et des hommes qui auraient été utiles à la société, s'ils fussent restés dans leur sphère, lui deviennent à charge pour en être sortis.
Les hommes qui occupent le premier rang dans les professions pourraient remédier à ce mal, s’ils voulaient une bonne fois sortir de leur apathie et travailler d'u seal coup à réhabiliter l'honneur des professions libérales ei à préparer an bel avenir à la jeunesse instruite, Qu'on fasse pour l'étude du droit, ce que l’on fait pour l'étude de la médecine. Que l’on organise des bureaux d’examinateurs chargés de faire subir un examen préléminaire aux jeunes gens qui se destinent au barreau ou au notariat. Par ce moyen tous ceux qui ne seront pas suffisamment instruits
rers leurs ssiers, les romènent que dans Ce ou cinq s interro= ix-mêmes ique ; on questions juge, qui, ns et ne êts de la anels tous notaire et
capables, ent à leur i sachant samment atron, tel rofessicns e espèce t pire se hommes stés dans sortis.
les proient une seul coup bi à pré- ’on fasse le de la inateurs X jeunes at. Par instruits
LE RÉPERTOIRE NATIONAL. 143 pour étudier le droit seront renvoyés à l'agriculture, au commerce ou aux métiers qu'ils pourront honorer tout en se créant un bien-être personnel qu’ils auraient chercher en vain dans les professions. Que l’on Ctablisse ensuite des écoles comme il en existe en Europe, où des professeurs compétents enseigneront le droit aux étudiants; et ces écoles seraient surtout d’une grande utilité au pays si elles pouvaient parvenir à jeter quelque lumière au milieu des ténèbres où sont enfouis nos droits et nos priviléges, ténèbres qui résultent du mélange inextricable des lois françaises, anglaises et provinciales, expliquées, interprêtées, torturées de toutes les manières par des juges qui défont aujourd’hui ce que leurs collègues ont fait hier. On me demandera peut-être, qui soutiendra ces écoles ? Mais elles se soutiendront d’elles-mêmes, comme les écoles de médecine. Les étudiants étant forcés par la loi de suivre les cours de ces écoles, on exigera d'eux l'argent nécessaire pour défrayer les dépenses des écoles et les appointements des maîtres.
Ce sont là des réformes plus impérieuses pour la prospérité et le bonheur du pays que celles dont s'occupent exclusivement les penseurs et les écrivains politiques. Espérons qu'un jour, après le partage des dépouilles du gouvernemot responsable, on daignera enfin s'occuper de l’organisation des professions sur lesquelles reposent l’honneur et la tranquillité des familles.
Des professions libérales passons au commerce. Ici nous trouvons la jeunesse franco-canadienne luttant avec énergie et persévérance contre les mille et un obstacles que soulève dans le commerce le manque d’une éducation spéciale, de capitaux et de relations à l'étranger. Puisque c’est particulièrement sur cette classe de la jeunesse et sur celle qui se dévoue à l’agriculture, que repose l'avenir du pays et de notre nationalité, il est donc du devoir des Canadiens-français qui jouissent de la confiance de leurs compatriotes de veiller à ce que ces deux classes de la
jeunesse reçoivent l'instruction spéciale qui leur faut pour exploiter le commerce et l’industrie agricole avec avantage pour elles et pour le pays. Les principaux citoyens pouraient très facilement établir une école à Montréal où l’on enseignerait le commerce à la jeunesse franco-canadienne. Car, ne Poublions jamais, l'instruction qui nous donne en un mois expérience d’un siècle, fera faire plus de progrès au jeune homme en un jour que la routine d’un comptoir ‘anadien ne lui en fera dans un an, Les capitaux qu'on emploierait à l'établissement d’une semblable école ne seraient pas perdus, au contraire il est très facile de prouver qu'au bout de deux années, ils rapporteraient un intérêt plus élevé que l'intérêt légal. Pour vous montrer Putilité une semblable institution et la manière dont elle doit être organisée, je ne saurais mieux faire que de vous citer un article de M. Blanqui, aîné, inséré dans le Dictionnaire du commerce publié en 1841. Je regrette que la longueur, probablement fatigante, de cet essai ne me permette pas de citer tout cet excellent écrit: cependant, dans l'extrait qui va suivre, on verra combien il est facile d'organiser une bonne école commerciale. Après avoir dit que ‘c’est une ‘erreur généralement répandue que le commerce n’est ‘ point une science et ne nécessite aucune étude sérieuse,” et avoir fait un tableau de ce que le commerce était autrefois en France, M. Blanqui continue ainsi :—
‘ Mais depuis que les progrès de la civilisation ont fait du commerce une puissance en rapprochant tous les peuples et en les rendant tributaires les uns des autres ; depuis que la découverte de plus d’un monde inconnu aux anciens a multiplié et compliqué les relations d’affaires entre les hommes, le commerce est devenu une science de la plus haute importance et dont les moindres branches ont acquis un développement presque incommensurable. La navigation, l'armement, la commission, les charges, les tarifs, les entrepôts, les matières premières, les marchandises fabriquées, ont appelé tour à tour l’attention des négo-
dut pour vantage 18 pouroù l’on adienne.
lonne en progrès comptoir iX qu’on cole ne > prouver n intérêt + l'utilité doit être citer un naire du longueur, ette pas l'extrait iser une c’est une ce n’est érieuse,” rce était
ont fait peuples puis que anciens ntre les la plus t acquis a navis tarifs, andises S négo-
ciants. Les assurances ont changé la nature de toutes les combinaisons. Le négociant digne de ce nom doit connaître les usages, les ressources et les périls de toutes les places ; il ne doit être étranger ni à la géographie, ni à la statistique des contrées avec lesquelles il entretient des rapports; il doit en parler et en comprendre la langue. Il y a dans les hautes spéculations du commerce des difficultés qui ne peuvent être résolues que par une connaissance parfaite du terrain sur lequel on opère; il y a un art de vendre et d'acheter qui ne ressemble en rien aux procédés de la boutique et qui ne manque pas d’analogie avec les manœuvres de la guerre; c’est l’ensemble de ces connaissances qui constitue la science du commerce, dont l’enseignement méthodique est d’origine française assez récente, et n’existe, hors de France, que dans une seule ville d'Allemagne, à Leipsig. En Angleterre et en Hollande, où l'habitude des affaires est pour ainsi dire naturelle et familière à tout le monde, l’absence des écoles de commerce s’est rarement fait sentir; chaque grande maison est une véritable école où l'apprentissage d’un commis suffit pour lui applanir les obstacles les plus difficiles : partout ailleurs le commerce a besoin d’un enseignement régulier auquel rien ne peut suppléer, si ce n’est une longue pratique achetée par des expériences souvent fort coûteuses et presque toujours incomplètes. C’est l'absence de cet enseignement qui seule peut expliquer les lenteurs du progrès commercial dans presque toute l’Europe. La plupart des négociants ignorent la cause des crises dont leurs affaires reçoivent le contrecoup ; ils demeurent étrangers aux plus simples questions de l’économie politique, à la jurisprudence commerciale, à l'étude des marchandises, et ils ne savent comment appuyer leurs griefs toutes les fois qu'il s’agit d’en réclamer le redressement.
‘ Frappés de cet état de choses de plus en plus incompatible avec le mouvement général des idées et des aflaires, une réunion de négociants et de savants, au premier rang
desquels brillaient Casimir Perrier, Ternaux, M. Jacaqnes Laffite et le vénérable Chaptal de si regrettable mémoire, conçurent, vers l’année 1820, l’idée d’un grand établissement destiné à l’enseignement du commerce, et ils en facilitèrent la fondation par leurs souscriptions. Les études y furent partagées en trois grandes divisions appelées comptoirs, et les matières de l’enseignement réparties entre ces trois comptoirs d’une manière régulière. Les élèves étudiaient dans le premier l’arithmétique, la géographie, les matières premières, les langues vivantes, les usages généraux du commerce ; dans le deuxième, ils commencçaient l'étude de la comptabilité, des charges, du droit commercial et de l’économie politique ; et dans le troisième, ils appliquaient à des opérations pratiques fictives les connaissances acquises, dans les comptoirs précédents. Un musée d’échantillons de toutes les matières premières de l’industrie, soies, Jaines, cotons, indigos, cochenilles, bois de teinture, sucres, thés et cafés, leur facilitait ies moyens de reconnaître les vari‘tés de chaque produit, ses défauts, ses nuances, ses avaries, ses sophistications. Deux cours très importants complétaient cet enseignement, et facilitaient aux jeunes commerçants les moyens de conduire une usine, un cours de chimie appliquée aux arts et un cours de dessin des machines. Enfin des conférences sérieuses sur la jurisprudence commerciale et même eur les procès pendant devant la magistrature consulaire, exerçaient les élèves à l'étude des affaires et au talent de la parole.
‘ En peu d’années, cet établissement, aujourd’hui dirigé par l’auteur de cet article, s’est élevé À un très haut degré de prospérité. On y vit accourir des élèves de toutes les parties du monde, et on y compte en ce moment des sujets de vingt nations différentes, des T'ures de Constantinople et de Smyrne, des Américains du Nord et du Sud, des Allemands, des Italiens, des Espagnols, des Polonais, tous réunis sous les auspices du commerce et de la paix; des opérations fictives sont traitées entre ces divers élèves, qui
care moire, sement itèrent furent irs, et s trois diaient atières aux du tude de | et de quaient ssances l'échane, soies, , SuCres; aître les ces, 83 portants jeunes ‘ours de s machirudence vant la ude des
utes les s sujets ople et s Alleis, tous ix; des ves, qui
parlent presque tous plusieurs langues et qui préludent par les travaux de leurs comptoirs à des relations plus sérieuses. On leur met sous les yeux les prix courants authentiques des principales places de l’Europe, les tarifs des douanes, tous les documents, en un mot, capables de les intéresser, et plus d’une fois on a été surpris de la facilité extrême avec laquelle des jeunes gens encore imberbes se pénétraient de tous les détails du commerce et en comprenaient les plus hautes spéculations. Des examens publics ont longtemps signalé ces progrès remarquables et l'utilité d'un enseignement dont plus de mille sujets distingués attestent aujourd’hui dans le monde commercial l’importance et la portée. Au milieu de l'encombrement général de toutes les professions, la carrière commerciale offre aujourd’hui un avenir certain aux jeunes gens qui s’y sont préparés par des études méthodiques.”?
Cet article, dont les dernières lignes semblent avoir été écrites pour notre pays, mérite d’être relu et médité par nos principaux citoyens et surtout par nos principaux marchands. Quel noble exemple à suivre pour eux, que celui de Casimir Perrier, Ternaux, Jacques Laffite et Chaptal se réunissant pour discuter les intérêts de la jeunesse, et fondant par leurs souscriptions une institution où elle se prépare à enrichir la France et à la placer à la tête du monde commercial comme elle est déjà à la tête du monde littéraire ! Comme nous serions heureux, nous aussi, la jeunesse franco-canadienne, de pouvoir nous préparer à placer le Canada-français à la tête du commerce canadien, comme il est déjà à la tête de la phalange coloniale qui réclame, comme sujets britanniques, la liberté constitutionnelle! L’espérance! lespérance fait supporter bien des maux et comble aussi bien des désirs !
Deux carrières dont je n'ai pas encore parlé, et qui sont en dehors de l’industrie et de l’agriculture, sont ouvertes au jeune Canadien : il peut devenir arpenteur ou pilote. Ces deux professions demandent des études spéciales qui
nourraient probablement se faire dans une seule et même école. Un respectable citoyen de Québec qui veut bien m'honorer de son amitié a déjà proposé aux chambres d'établir nne école de marine où l’on formerait les pilotes ; mais malheureusement les clameurs des partisans politiques ont empêché sa voix de se faire entendre. J’espère, cependant, qu’un jour, si les responsables et ceux qui veulent le devenir peuvent vider leurs interminables querelles, cet honnête citoyen renouvellera sa proposition et qu'avant qu’il soit lougtemps il se formera dans le pays des marins canadiens qui fourniront à la marine marchande des capitaines sûrs et distingués.
Nous arrivons maintenant aux métiers. Partout la jeunesse des classes ouvrières est honteusement abandonnée et impitoyablement exploitée, et en Canada plus qu'ailleurs. Les gouvernements et les classes élevées de la société, si empressés dans les jours de danger ou dans les grandes catastrophes, de demander le secours ou l'appui de ces vigoureux jeunes gens des ateliers et des chantiers, les laissent plongés dans la plus affreuse ignorance et les abandonnent sans souci à l’ignominieuse cupidité des maîtres. Les partisans politiques si démocrates et si patriotiques aux jours des élections et de l'agitation, n’ont rien à dire, rien à proposer en faveur des classes ouvrières lorsqu'ils sont arrivés à la chambre des députés et de Ià au pouvoir.
Les ouvriers canadiens-français sont, de Paveu de tout le monde, les meilleurs et les plus habiles travailleurs que l’on puisse trouver en Amérique. Ils sont très recherchés par les entrepreneurs pour leur capacité, leur assiduité et leur honnêteté. Mais ils sont presque toujours des travailleurs à la journée, et deviennent très rarement des entrepreneurs d'industrie. Et d’où vient cela, si ee n’est du manque d'instruction? Les écoles élémentaires ne suffisent pas pour former un maître-ouvrier. En premier lieu, l'enfant de ouvrier ne peut aller à l’école que jusqu’à l’âge de douze ou treize ans, époque où il entre en apprentissage, parce
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que son père ne peut plus le nourrir ni le vêtir. Puis une fois livré entre les mains d’un maître, il ne peut plus songer à s’instruire; il faut qu’il travaille jour et nuit pour le profit
d’un homme au cœur de fer qui ne songe nullement à faire :
de ses apprentis de bons citoyens, mais qui vise seulement à en faire de bonnes machines, au détriment de leur santé et de leur intelligence.
Et lors même que l'apprenti voudrait s’instruire, après ses heures de travail, il ne le pourrait pas: les écoles sont fermées. De livres il ne peut s’en procurer, nous n’avons pas de bibliothèque publique où il puisse en emprunter sans payer une certaine rémunération, et Papprenti qui ne gagne pas assez pour se vêtir, n’a pas d'argent à dépenser pour la nourriture de son intelligence. Mais l’œuvre des bons livres? me direz-vous; oui, l'œuvre des bons livres lui fournira des livres gratis, maïs quels livres? des historiettes religieuses, qui lui aideront bien à sauver son âme, mais qui ne lui enseigneront pas les moyens de faire vivre son corps; et à l'œuvre des bons livres même, il faut payer une piastre par année pour pouvoir se procurer les bons ouvrages, les ouvrages instructifs. D'ailleurs, à l’œuvre des bons livres on ne délivre les livres qu’au milieu du jour, et au milieu du jour l'apprenti et le jeune ouvrier travaille et ne se promène pas. Je suis encore bien jeune, messieurs, et cependant je me rappelle qu’il fut un temps où j'aurais été aille fois heureux, s’il eût existé dans Québec une société comme Pinstitut, où j'aurais pu, en sortant de l'atelier, aller lire les journaux et me pourvoir de livres. L'Institut a le mérite d'offrir aux jeunes ouvriers et aux apprentis une chambre de lecture et une bibliothèque ouvertes en tout temps ; nous voyons avec plaisir un certain nombre en profiter, et j'ai lieu de croire que chaque année il s’accroîtra considérablement.
Pour former de bons ouvriers, de bons chefs d'atelier, de bons entrepreneurs d'industrie, le gouvernement devrait ouvrir dans les villes des écoles où l’on enseignerait aux
apprentis et aux jeunes ouvriers, outre la lecture, l'écriture et l’arithmétique, les éléments de la géométrie, de la physique, de la chimie et de la mécanique. Les maîtres devraient être forcés, comme ils le sont en Prusse, d’envoyer leurs apprentis à ces écoles pendant certaines heures du jour ou de la soirée. Les frères des écoles chrétiennes, qui ont déjà formé des classes d’ouvriers qu’ils instruisent pendant les longues soirées d’hiver, et qui ont droit à la reconnaissance du pays pour ce nouveau dévouement, ont donné un exemple que le gouvernement, ou à son défaut les citoyens devraient s’empresser de suivre en établissant des écoles industrielles sur une plus vaste échelle. Cela pourrait se faire peut-être pour les Canadiensfrançais, si nos principaux citoyens demandaient aux frères des écoles chrétiennes d'ouvrir des écoles spéciales pour Pinstruction des apprentis et des jeunes ouvriers; il est tout probable que les frères ne s’y refuseraient pas. Voilà une belle occasion pour les hommes publics d’exercer leur patriotisme, de travailler à l’avancement du peuple qu'ils paraissent tant aimer, et üe s'assurer une reconnaissance qui les suivrait au-delà de la tombe.
Messieurs, si des villes nous portons les yeux sur les campagnes, quelles scènes désolantes s’offrent à nos regards! La jeunesse, la belle jeunesse de nos paroïsses et de nos villages s’épuise infructueusement à chercher dans un sol ruiné par la déplorable routine, un bien-être qu’elle ne trouvera jamais. Dégoutée d’un travail qui ne lui rapporte que du chagrin et de la misère, elle abandonne Îles terres défrichées par ses ancêtres pour se réfugier aux Etats-Unis
ou dans les chantiers du Haut-Canada. Tous Îles ans, le I Canada-français perd son plus beau sang par cette plaie 0 qui pourrait bien devenir incurable, si l’on n’y porte promp- c tement remède. Tous les ans, un certain nombre de terres . a passe des familles canadiennes à des familles étrangères. F
Je me rappelle avoir vu dans le Haut-Canada plusieurs familles aisées du district de Montréal qui avaient vendu
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leurs terres, parce qu’elles étaient ruinées, disaient-elles, pour émigrer sur les bords du lac Huron, où elles avaient été précédées par un grand nombre de jeunes Canadiens.
Mais comment guérir ce mal dont vous vous plaignez ? m'ont souvent dit des gens que leur profonde apathie me fait détester souverainement. Comment guérir ce mal? mais deux remèdes très simples s'offrent aux législateurs et aux capitalistes franco-canadiens, si l'amour de la nationalité faisait battre leurs cœurs: établir des fermes-modèles dans chaque comté et même dans chaque paroisse, et former des sociétés en commandite aux fins d’acheter des terres du gouvernement pour les concéder ensuite, moyemiant une petite rente, à nos jeunes cultivateurs.
Ces sociétés seraient non seulement des institutions patriotiques, mais encore des sources de richesse pour les actionnaires, beaucoup plus fécondes, selon moi, que ne le seront jamais les entreprises des mines de cuivre du lac Supérieur, ou des compagnies de transport, ou des compagnies de chemin de fer. Outre les terres, elles pourraient encore vendre aux défricheurs, toujours moyennant un faible intérêt, des instruments d'agriculture, des semences et des bestiaux. L'établissement de semblables sociétés serait un bienfait national ; et l’on verrait bien vite le Canada-français, au lieu de rester renfermé dans l’étroite vallée du St. Laurent, s'étendre d’un côté au Saguenay, de l’autre dans les townships de l'Est, et aussi, en toute probabilité, dans les fertiles contrées du Haut-Canada, où nous comptons déjà plus de quinze mille de nos compatrivtes.
Voilà, messieurs, comment avec un peu d'énergie et de patriotisme l’on pourrait travailler à la consolidation de notre nationalité, —en instruisant la jeunesse franco-canadienne, ou plutôt en complétant l’instruction qu’elle reçoit aux colléges et aux écoles élémentaires ; en lui facilitant étude du droit et en organisant les professions ; en lui ouvrant des écoles pour l'étude de certains arts, de certaines sciences, du commerce et de l’industrie; en établissant des
fermes-modèles pour l'instruction des cultivateurs; et finalement en achetant des terres pour les revendre aux jeunes gens des campagnes que la pauvreté chasse du pays.
Dans tout ce qui précède, je ne vois rien d’impraticable, au contraire je vois des choses très faciles à faire pour des hommes de bonne volonté, qui seraient animés d’un esprit de patriotisme sincère. Mais du patriotisme, messieurs, j'en entends souvent parler, mais je suis encore à découvrir ce qu'il a fait de bon, de palpable, de durable pour la jeunesse franco-canadienne. Retranchez les noms de quelques bons prêtres et de quelques laïques qui ont fondé ou soutenu des colléges, de la liste des patriotes que nous connaissons tous; retranchez encore ce petit nombre de citoyens qui nous ont encouragé dans nos efforts pour maintenir et agrandir notre Institut, et je vous le déclare sincèrement que parmi tout le reste, je n’en vois pas un qui mérite de porter le beau nom de patriote, d’ami de son pays. Mais cet amour du pays ne doit pas être un vain nom, une affaire de convention; ce ne doit pas être seulement une affaire d'élection ou de gazette ; ce ne doit pas être une chose dont l’on se revêt comme d’un bel habit pour aller au bal. Non, le patriotisme n'existe pas sur les lèvres, mais dans le cœur ; il n'existe pas dans les paroles, maïs dans les actions. Et où sont les actions de tous ces grands patriotes, à discours interminables, que nous voyons se débattre avec tant de fracas dans les rangs ministériels, dans le juste milieu et dans l’opposition ? Quelles institutions ont-ils créées ? Quelles sociétés ont-ils fondées? Qu’ont-ils entrepris pour l’avantage de la jeunesse canadienne? Rien, messieurs, rien. Heureux encore avons-nous été lorsqu'ils n’ont pas entravé les efforts des jeunes sens qui désirent voir sortir notre population de l’état d’infériorité où elle se trouve. On peut dire des hommes de notre temps ce que Chateaubriand à dit des hommes de la restauration, que dans une lutte misérable d’ambition vulgaire on a laissé le monde s'arranger sans guide.
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N'avons-nous pas nous-mêmes, dans nos efforts pour rendre l’Institut Canadien aussi utile qu'il doit l'être, éprouvé toute espèce de refus de la part des gens que leur position sociale devait engager À nous prêter leur appui ? Avons-nous pu trouver plus de quatre Zectureurs dans une grande cité comme Montréal, qui renferme tant d'hommes de talent et de science? Sous les plus simples prétextes n'a-t-on pas refusé de descendre au milieu de nous pour nous instruire, malgré nos pressantes sollicitations ? L’indifférence et l’apathie des hommes instruits ont paralysé en partie les vues de l’Institut. Nous espérions voir les amis du pays se servir de l’Institut pour répandre l'instruction et le goût de l'étude au milieu des jeunes gens de la capitale; nous espérions les voir profiter de cette institution pour préparer les jeunes générations franco-canadiennes au rôle important qn’elles doivent remplir en Amérique ; mais nous avons été déçus dans nos espérances.
Ts sont bien coupables les hommes qui voient le progrès des idée. tout changer, tout renouveler dans nos relations politiques et commerciales avec la Grande-Bretagne ; qui voient la mère-patrie nous concéder un à un les priviléges qui préparent les colonies à l’indépendance, et qui ne font rien pour mettre la jeunesse canadienne au niveau de la nouvelle position que va prendre le pays et vis-à-vis l’Angleterre et vis-à-vis les colonies inférieures et vis-à-vis les Etats-Unis.
Cependant, la jeunesse franco-canadienne semble comprendre parfaitement les devoirs qu’elle aura à remplir dans quelques années. Elle a seconé l’apathie proverbiale de ses ancêtres. Semblable à la chrysalide, débarrassée des liens qui la retenait dans la poussière, elle prend son essor vers les régions élevées du progrès ; elle s’agite, se remue, enfante et détruit sans ni se lasser, ni se décourager, ni se désespérer. Elle a fondé en peu d'années la société St. Jean-Baptiste de Quéhec, les sociétés des études scientifiques et de discussion de la même ville ; la société littéraire
et dramatique des Trois-Rivières ; la société des Amis et l'Institut Canadien de Montréal ; elle a fondé des sociétés nationales et des journaux dans les campagnes et dans Îles villes; connaissant le pouvoir de l'association, elle se réunit pour tout ce qu’elle veut entreprendre, en disant comme Lamenais, ce qu’un ne peut faire, dix le feront.”
Bien des gens, dont tout le mérite consiste en un excessif amour de la critique, se moquent des travaux et des œuvres informes de la jeunesse, sans comprendre le principe interne dont ces travaux et ces œuvres sont la manifestation. Si la jeunesse s'agite, se remue, c’est qu’elle sent en elle des besoins que la société ne satisfait point, Si elle fonde des associations nationales ou littéraires, c’est parce que les hommes mûrs ont toujours négligé de le faire. Si elle établit et rédige des journaux, c’est parce que les hommes qui devraient en établir et en rédiger pour elle n’ont pas le courage ou le patriotisme de le faire.
Ses œuvres sont informes, dit-on, ses entreprises mesquines et quelquefois ridicules ; j’avoue que cela peut être vrai jusqu'à un certain point, mais le fait en lui-même, l’œuvre ou l’entreprise, est une preuve que la jeunesse a de la volonté, de l'énergie et qu’elle travaille ; si l'expérience lui manque, laissez faire, le temps lui en donnera suffisamment, et elle polira alors ce qu’elle ne fait qu'ébaucher aujourd’hui.
Que les moqueurs, les critiques et les satiriques des salons, des boudoirs ou des coins de rues, citent à la jeunesse franco-canadienne les exemples qu’ils lui ont donné ; qu'ils lui montrent leurs travaux, leurs œuvres, leurs écrits, comme modèles à suivre, et les jeunes gens laborieux seront heureux de les imiter, de les copier s'ils ont quelque mérite. Mais s'ils n’ont rien produit et ne produisent rien encore ; s'ils n'ont jamais travaillé et ne travaillent pas encore ; s'ils n’ont jamais connu le vrai patriotisme et ne le connaissent pas encore ; s'ils ont toujours été des nullités et le sont encore; si par leur niais propos ils ont toujours nui au progrès de la nationalité canadienne et lui nuisent encore ;
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qu’ils soient à jamais honnis et méprisés par tout jeune homme studicux ou Jaborieux qui sent un cœur battre dans sa poitrine et l’intelligence remuer son esprit, car comme le dit un livre chrétien : “leur parole n'est qu’un vain son qui ‘ frappe l'air et ne nus touche pas.”
Puisque la jeunesse canadienne-française est abandonnée à elle-même ; puisqu'elle n’a aucun secours, aucun appui à attendre du gouvernement et de ses indolents concitoyens ; puisque seule elle doit se forger des armes pour défendre, dans quelques années, les intérêts du Canada-français dans les combats constitutionnels que se livreront les partis politiques ; puisque seule elle doit se préparer à lutter contre l'industrie et le commerce étrangers; que par l'étude, le travail, les sacrifices, la volonté, l'énergie, le courage, la persévérance, Punion et lencouragement mutuel, elle se montre digne de l'appui qu’on lui refuse, et capable de suppléer en quelque sorte, par son zèle et son intelligence, aux institutions qui lui manquent et à l’encouragement qu’elle ne reçoit pas.
Ce qu’elle a déjà fait pour le pays et pour la nationalité est une preuve qu’elle peut faire beaucoup quand elle le veut. Et si elle a foi en sa force, si elle se pénètre bien de Pesprit d'association, si elle ne forme qu’un faisceau, et qu'elle marche unanimement dans la même voie, elle changera bientôt sa position, elle culbutera les obstacles, et après avoir battn en brêche la forteresse des préjugés et des griefs, elle arborera sur ses ruines le drapeau national triomphant.
Sir Robert Peel disait un jour à la jeunesse écossaise, et en terminant je le répète avec .ui à tous les jeunes Canadiens : € Ne vous effrayez pas des difficultés ; mais combat- “tez-les et affrontez-les : il n°y a que la première victoire ‘ qui coûte, et un premier succès est toujours garant d’un ‘€ second.”
J. HUSTONx.
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