‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 23 sur 81 · ARS AS · texte numérisé non relu

ARS AS

ETS

Diemen, dont la conduite dans la malheureuse insurrection peut être blâmée, mais qui n’en ont pas moins montré beaucoup de courage ct de désintéressement, n’ont pas reçu plus et quelquefois moins de marques de respect de la part des chefs de la société franco-canadienne que les plus simples étudiants qui sont restés très prosaïquement dans leurs études, pendant que de farouches soldats dévastaient nos ‘ampagnes. Pour plaire aux jeunes femmes et aux hommes de notre temps, même dans la plus haute société, il ne faut plus, comme autrefois, que le jeune homme se soit distingué par quelque action d'éclat, de bravoure, de courage, ou par quelques travaux brillants et utiles, il ne faut plus que les vertus mâles et héroïques brillent sur sont front; non, il suffit dans notre société dégénérée et apathique qu’il sache dire des riens et des calembourgs, qu’il se moque de ceux qui travaillent et qu’il cache son inutilité sous des habits soyeux, pour tourner la tête des jeunes filles et faire Padmiration de ses parents. N'est-ce pas ici le lieu de s’écrier avec le philosophe, 6 tempora ! 6 mores !

Quoiqu’en général nous n'ayons pas le mème amour pour les voyages, la vie aventureuse, les émotions et les hasards de la guerre qu’avaient les jeunes Canadiens du dix-huitième siècle, ni les mêmes espérances d'acquérir de la considération ou de la renommée en nous y engageant, cependant on peut encore reconnaître chez la jeunesse canadienne un penchant très prononcé pour les expéditions lointaines et la carrière des armes. Laissant de côté la guerre de 1812, qui fournit une occasion aux jeunes Canadiens d’alors de se distinguer et de connaître l’ingratitude du gouvernement métropolitain, nous avons vu de nos jours de jeunes Canadiens partir de la Nouvelle-Orléans pour aller verser leur sang dans la guerre d'indépendance du Texas, et nous voyons encore à ce moment nos jeunes compatriotes combattre au Mexique dans les rangs des volontaires américains ; et parmi eux nous comptons, je crois, un de nos amis, membre de cet Institut, parti récemment de Boston pour le

théâtre de la guerre. Puisse la mort l’épargner, et la fortune récompenser sa bravoure et ses talents qu’il n’a pu, comme tant d’autres, mettre au service du pays. Le courage de la jeunesse canadienne s'est encore manifesté en 1837, lorsqu'elle volait à la défense de nos églises et de nos villages envahis et incendiés par les ennemis de ce que nous avons de plus sacré. Malheureuse dans une entreprise téméraire, elle s’est montrée digne du nom qu’elle portait. Nous l'avons vue monter sur l’échafaud sans trembler, supporter les ennuis, les douleurs, les angoisses de l’exil sans ramper au pied de ses maîtres pour obtenir un pardon déshonorant.

Abreuvés de dégoûts en Canada, abandonnés par nos hommes apathiques, les plus exaltés des jeunes Canadiens instruits vont chercher à l'étranger un bien-être qui nous fuit. Aux Etats-Unis, surtout à la Louisiane, un bon nombre d’entre eux réussissent très bien dans le commerce et dans l’industrie. Quelques-uns ont été chercher fortune aux Indes-Occidentales, et y ont été très bien accueillis par les marchands et les planteurs. Un jeune homme de Québec, du nom de Richard, s’est aventuré jusque dans une des villes de la Chine, où il tient un hôtel spacieux et un camptoir de marchand. Dans les Indes-Orientales, un Canadien, M. Bouchette, parti très-ieune du pays, est employé, comme ingénieur, je crois, à faire le relevé des routes que doivent suivre différents chemins de fer. Enfin, comme preuve du goût que l’on retrouve encore chez les jeunes Canadiens pour les voyages lointains, et de la nécessité qu’il y a souvent pour eux de s’expatrier, on voit dans les récits des voyageurs qu'ils en ont rencontrés partout, en Europe, dans les républiques de l'Amérique du sud, à lOrégon, en grand nombre ; ce qui me rappelle, soit dit en passant, que la jeunesse canadienne était représentée par M. Franchère, dans Pexpédition américaine qui est allée construire le premier fort sur la rivière Colombie. M. Bolduc, prêtre missionnaire à l’Orégon, nous dit dans le journal de son voyage,

Page 1