SOUS LE PATRONAGE DE L'INSTITUT CANADIEN DE QUÉBEC
MESDAMES ET Messieurs, —Vous offrir des lectures sur univers, entreprendre de vous parler du monde matériel, du ciel et de la terre, vous paraîtra, sans aucun doute, chose bien téméraire. L'histoire de la terre, qui la sait ? le tableau de l’univers, qui peut l’embrasser ? n'est-ce pas la route de l'infini? l’entreprise ne serait-elle pas le comble de la hardiesse et de l’audace ? |
Tel n’est pas aussi notre dessein : nous nous contenterons de jeter, bien humblement, un rapide coup-d'œil sur tout ce qui nous frappe davantage dans cet univers ; sur tout ce qui touche plus généralement nos sens. Nous n'avons pas, non plus, la prétention de vous donner du nôtre dans ces lectures. Nous ne ferons que mettre devant vos yeux, ce que les savants ont dit et écrit de mieux et de plus satisfaisant sur cette matière: notre seul mérite, s’il y en a, sera donc d’avoir bien choisi, d’avoir assemblé les différentes pièces, et leur avoir donné de la suite.
Nous parlerons d’abord de la terre et de ce qu’elle contient ; puis nous monterons au ciel tous ensemble : mais non pour y rester longtemps, car, dans ce cas, tout le monde ne monterait pas avec nous: tant on aime cette misérable terre, cette vallée de larmes, et que personne ne veut quitter : jeunes, vieux, pauvres, riches, infirmes, malades, mendiants, personne ne demande à partir, Vous connaissez ce que le poête fait dire au bucheron, réduit à l'extrême misère : il succombe sous le poids de son fagot, dans son découragement ille jette par terre, il commence à se lamenter, il invoque la mort, pour venir le débarrasser de ses maux. Celleci, à l’air diabolique, vient par derrière, lui tappe sur l'épaule et lui dit: “ Qne me veux-tu done, mon ami, tu m’appelles, ‘me voici.” ‘Eh! qui êtes-vous done, s’il vous plait ?”? dit le bucheron en se retournant vers le squelette. ‘Je suis la “ mort, dit-elle, toujours obligeante /” “ Ah! dans ce cas, “ voulez-vous bien avoir la complaisance de m’aider à re- ‘ mettre mon fagot sur mon dos.” Voilà l’homme, tout l’homme. Personne ne veut mourir, chacun trouve des raisons pour vivre encore.
Lorsque nous serons, mesdames et messieurs, au milieu du céleste Panorama, nous passerons en revue les astres, les soleils, les planètes ; nous les verrons suivre paisiblement et dans un majestueux silence, la route que l'Eternel leur a prescrite : nous les verrons rouler, s’avancer, s'éloigner, s’en retourner et revenir, avec une telle harmonie, que l’on sera
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tenté de croire, pour un moment, que ces corps sont réellement stationnaires,
Je dois d’abord vous dire, par avance, que je suivrai l'écrivain sacré, dans tout ce qui concerne la création. Cet homme extraordinaire, qu’on dirait avoir été le secrétaire de l'Eternel, nous parle de la terre et de son organisation, tel que Dieu l’a établie, pour en faire le domaine de l’homme ; il garde le silence sur tout le reste ; il ne dit rien de ce qui s’est passé avant les temps, avant nos siècles, car il est bien connu qu'avant que le soleil marquât nos heures et nos jours, il n'y avait pas de temps : le temps a été fait pour nous. Avant les temps, dis-je, d’autres créations, d’autres cieux que ceux que nous voyons peuvent et doivent avoir existé. Moïse n’en parle pas, parce que cela n’a point de rapport avec l’homme ; il se contente de dire, que, dans le principe, Dieu créa la matière, mais qu’est-ce que le principe, si ce n’est Dieu lui-même ? Il peut donc s’être passé une infinité de milliards de millions d'années, suivant notre manière de calculer, avant que la voix du créateur ait fait sortir du néant la terre et les cieux, tels que nous les voyons ? La terre a pu se vêtir, sons sa main toute-puissante, de bien des formes diverses, subir bien des bouleversements, et renaître plus d’une fois, avant de recevoir la dernière organisation, qui la préparât à devenir le séjour de l’homme.
Cependant, il fut un temps, assurément, où la terre et les cieux n'existaient pas. Dieu a voulu qu’ils existassent, et sa volonté toute-puissante créa l’univers. Oui, mais quand? mesdames et messieurs, il n'y a pas de quand pour Dieu, ni de pourquoi, ni de comment / Il est lui-même le commencement et la fin: il n’y a pas d’époques en Dieu, ni passé, ni avenir ; c’est un maintenant éternel. % Dieu, a dit “ Fénélon, est éternellement créant tout ce qui lui plait de ‘€ créer.”
Mais si vous me demandez, depuis quand l’homme est-il sur la terre ? à cela je puis répondre, avec assurance, qu’il n’y a guère plus de 6000 ans.
Si vous me demandez encore, combien il y a eu d’espace entre la création de la lumière et celle des plantes, des animaux et de l’homme? à cela je réponds, que c’est bien à tort que l’on fait dire à Moïse, que chacune de ces grandes œuvres de la création s’est opérée dans un jour de nos jours de 24 heures.
Du temps de Voltaire, quand on ne faisait que commencer à fouiller les entrailles de la terre, on a débité bien des niaiseries sur les six jours de la création de Moïse, contes et fourberies d’écoliers.
Aujourd’hui, qu’on entend un peu mieux la langue dans laquelle écrivait Moïse, on convient, au moins les physiciens chrétiens et les vrais savants, “que dans la langue hé- “ braïque le mot de jour se prend souvent pour désigner une ‘ époque,” et dans d’autres langues, la même chose est employée. Quand on dit par exemple, “les savants du jour,” où est celui qui s’imagine que l’on veut parler des savants d'hier, depuis le matin jusqu’au soir ? Champollion, le père, a mis cela en évidence, dans ses recherches sur les langues de l'Orient.
Cette version des six jours de Moïse n’est pas une version nouvelle, elle n’appartient pas au siècle présent. St. Augustin, ce grand saint et grand philosophe, a dit : € Par “ les six jours de la création, on doit entendre des époques, ‘et non des jours humains de 24 heures,” et il disait cela au milieu du quatrième siècle.
Ceci posé, tous les faits géologiques anté-déluviens s’accordent avec le récit de Moïse: le célèbre Cuvier a donné un calcul approximatif de la durée de chaque période, il en a évalué la durée à plusieurs milliers d’années,
L’homme est de toutes les créatures terrestres, la dernière en date ; il vient après la création primitive, la durée du chaos, la production de la lumière, la formation des mers, le dessèchement de la terre, l’apparition du soleil, de celle de la lune, des étoiles, des plantes et des animaux.
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La géologie témoigne en faveur de la véracité de Moïse ; des couches pierreuses renferment une immense quantité d'animaux et de végétaux ensevelis dans une pâte, autrefois limoneuse et solidifiée subséquemment, mais dans aucune de ces couches solides on ne trouve de fossiles humains : ceux-ci ne se rencontrent que dans des terrains meubles ou déluviens, qui attestent un bouleversement, une révolution à la surface du globe ; voilà les vraies médailles du déluge Mosaïque.
Lorsque notre terre reçut le mouvement de rotation sur elle-même, elle devait être molle et comme liquide, c’est ce que la science moderne a découvert, en démontrant qu’elle est renflée vers son milieu, (à l’équateur) et applatie vers ses deux extrémités. C’est là l’effet naturel de la vitesse d’un corps mou qui tourne.
Mais la lumière, que tout le monde voit, et par laquelle on voit tout, qu'est-ce que c’est après trente-cinq siècles? Les savants sont encore à trouver la réponse, il n'y a personne qui connaisse la lumière, personne qui la connaisse dans sa nature : on ne la voit qu’autant qu’elle se fait voir, et on ne voit rien qu’autant qu’elle le fait voir. Toujours est-il vrai que cette lumière qui fit le premier jour, n’était pas du soleil, et la preuve, c’est que le soleil ne luisait pas encore, qu’il n’a été créé, suivant Moïse, que le quatrième jour, et de plus aujourd’hui le soleil n’est pas le seul réservoir de la lumière. Dieu en a mis dans le caillou, dans le bois qui nous éclaire, dans les graines qui servent à faire de l’huile, dans la graisse des animaux, dans le fluide électrique qui circule au-dedans de nous et pour toute la nature, et qui, amassé dans les nuages, produit la foudre et les éclairs.
Aussitôt que la lumière fuf, la terre tournant sur ellemême, ou la lumière tournant autour d’elle, le premier jour commença tout à la fois par limitation, le midi, le soir, et le minuit, selon que les diverses parties de la terre furent éclairées ou à l’ombre. Cette succession a continué jusqu'à
nous, et continuera jusqu’à la fin des siècles très probablement.
Aujourd’hui, il est démontré et reconnu universellement que la lumière est une substance indépendante, qui n’émane nullement des astres, maïs qu’elle est seulement mise en action par les corps célestes, comme l'air est mis en vibration par les corps sonores, dont il n’'émane nullement.
La lumière est un fluide électrique et vibrant, qu'on nomine aujourd’hui l’éther, répandu par tout l’espace, inerte hors de l'influence de certains corps, et ondulante sous leur action, comme l’est l’air sous l’ébranlement d’une cloche, et produisant alors sur nos organes une impression qui nous donne la perception des objets. De plus, il est à peu près démontré que les agents, qu’on nomme chaleur, électricité, magnétisme, ne sont que des modifications de l’éther : principe unique, qui résumerait, en lui seul, les quatre fluides dits 2mpondérables.
Le quatrième jour, dit Moïse, Dieu fit les deux grands luminaires, le soleil et la lune ; il est plus que probable que cela veut dire que Dieu les rendit lumineux et qu’ils existaient auparavant, et qu’ils sont compris dans les cieux qui furent créés dans le principe, mais qu'ils étaient alors informes et invisibles, comme l'était la terre. Un de nos plus fameux astronomes, Hershell, le père, a pensé, après de longues et nombreuses observations, que le soleil est de soimême un corps opaque, mais entouré d’une atmosphère lumineuse et incandescente, qui répand la lumière et la chaleur dans notre univers. Cette opinion a été favorablement accueillie par les savants, et devenue encore plus que probable par une expérience qui montre que les rayons luminaires du soleil n’ont pas tous les mêmes propriétés que ceux d’une plaque métallique rougie au feu, mais bien toutes celles d’une atmosphère incandescente et lumineuse. Cette expérience est due au génie d’Arago, et est appelée Polarisation. Il peut se faire que ce vif éclat qui fait, du soleil, l'œil du monde, l’agrément du jour, la beauté du ciel, la grâce de la terre et la gloire de la création, ne soit autre chose que cette lumière, cette atmosphère brillante, que Dieu
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créa à la première époque et dont il aura revêtu cet astre à la quatrième. On a cru longtemps que la lumière se répandait, dans un même instant, partout. Il est constaté maintenant, qu'elle met huit minutes et un quart, à faire le chemin du soleil à la terre, c’est-à-dire, de trente-quatre millions de lieues en huit minutes, ce qui fait plus de quatre millions de Heues par minute. Celle des étoiles qui nous paraît la plus voisine de nous,est cependant plus de quatre cent mille fois plus éloignée de nous que ne l’est le soleil : il faudrait donc à la lumière de cette étoile, pour arriver jusqu’à nous, plus de quatre cent mille fois huit minutes et un quart, ou pour le moins six ans. Supposons maintenant qu'il y ait des étoiles, ce qui n’est pas à douter, mille fois plus reculées que cette première ; il faudra six mille ans, à leur rayons lumineux, pour venir jusqu’à laterre. Ilse peut donc qu’il y ait des étoiles plus reculées encore dans l’espace, dont la lumière n’est pas encore parvenue jusqu’à nous, depuis le moment de leur création !
Suivant Hershell, une enclume qui tomberait du ciel sur la terre mettrait neuf jours et neuf nuits à faire le voyage! Mais la lumière la plus éloignée des étoiles dites Nébudeuses, mettrait deux millions d'années à arriver jusqu’à nous. Dans ce cas, il y en a qui ont disparu avant que nous ne Îles ayons vues, et celles que nous voyons nous donnent une assurance que le monde n'es: ;a8 d'hier, car pour que nous voyions celles qui sont à une teiie distance, il s’est passé plus d’un million d'années.
Un rayon du soleil reçu sur le bord d’un triangle de verres, dans une chambre obscure, se divise dans les couleurs de l’arc-en-ciel,
Cette lumière incompréhensible dans son essence, inexplicable dans sa vitesse, nous paraît une, indivisible et d'une seule couleur. Cependant, elle se multiplie et se divise en plusieurs couleurs différentes, pour varier à l'infini le tableau de la nature entière. Dans l’arc-en-ciel, le même rayon du soleil est divisé, par une goutte d’eau, en sept
couleurs principales, le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet.
Au moyen d’autres verres en forme de lentilles, on peut prendre ces couleurs une à une, les écarter, les réunir, les mélanger et former ainsi diverses nuances. Réunies toutes les sept, elles forment le blanc ; toutes absorbées, c’est le noir, qui n’est ainsi que l’absence de toute couleur ; de là, cette variété de couleurs, ces nuances infinies qui nous ,charment tant dans nos parterres et dans tous les objets de Ja nature. Quand telle plante ou telle fleur nous renvoyent tous les rayons, ce sera la blancheur du lys; quand telle autre ne nous en renvoie aucun, ce sera Île noir de l'ébène.
Ce nombre de sept couleurs, depuis le rouge jusqu’au violet, est exactement dans les mêmes rapports entre elles que le sont les sept tons de la musique. On retrouve ce nombre de sept très souvent dans l'écriture, sur des points de haute importance ; il nous paraîtrait toucher à quelque mystère. Dieu fait et sanctifie l’univers en sept jours; devant son trône, se tiennent sept anges ou esprits ; devant son arche sainte, brûlait le chandelier à sept branches. L'année de la rémission était annoncée par les sept trompettes du Jubilé ; le livre éternel est fermé de sept sceaux. L’agneau qui les rompt nous est représenté, ayant sept cornes ou rayons: et sept yeux ou esprits divins sont envoyés sur toute la terre. Sept sacrements, sept irradiations différentes de l'esprit de charité d’où découlent sept dons.
Après la création de Ia lumière, la terre se revêt d’un manteau de verdure. Les prés se couvrent de gazons, les champs de moïssons, les montagnes de forêts, le fond vert de cet immense tableau repose doucement la vue. Avant de créer les animaux, Dieu leur préparait la nourriture et les abris nécessaires ; les herbes, les plantes, les arbustes, les arbres de grandeur, l’attitude de feuillages différents y répandent une harmonieuse variété, qui devait, dans la
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suite, donner tant de jouissance et causer tant de plaisirs
à l’homme.
La semence contient la plante future; déposée dans le sol, cette semence attire mystérieusement à elle les éléments de l’eau et de la terre qui lui conviennent, et les transforment en sa propre substance. Elle s’attendrit, elle se dilate, elle s'ouvre et, de son sein, naît le germe ou la jeune plante qu’elle nourrit de tout elle-même, et pour laquelle elle meurt à son tour; la jeune plante pousse ses racines, par lesquelles elle va chercher l’eau et la bonne terre, y choisit, y pompe les sucs qu’il lui faut pour former écorce, tige, branches, feuilles, fleurs, fruits et semences.
Mais ce n’est pas tout, non seulement la plante puise dans la terre ce qu'il lui faut pour élever sa tige vers le ciel, mais c’est du ciel surtout que lui vient la vie, la beauté et la vertu: quel emblême, quel mystère pour l’homme ! Et de fait, mettez une plante dans le meilleur terrain, arrosez-la par les racines, mais ne lui donnez point d'air par dessous, elle meurt; comme, sans l’air, l’homme étouffe, et le feu s’éteint. Donnez-lui de l’air, mais ne la renouvelez point, elle vivra quelque temps, et finira par mourir comme dans un air non renouvelé ; le feu finit par s'éteindre, et l’homme par étouffer.
Allons plus loin, la plante vivra bien avec l'air et l’eau, mais pour qu’elle prenne sa couleur et sa beauté naturelle, pour qu’elle porte des fleurs et des fruits, il lui faut encore quelque autre chose: il lui faut de la lumière; sans la lumière du ciel, elle restera pâle, insipide, inodore et stérile.
Aussi, voyons-nous la plante renfermée dans un appartement, tendre avec efforts ses rameaux, ses feuilles et ses fleurs vers la fenêtre par où rayonne la lumière : et les pommes de terre de nos caves n’allongent-elles pas quelquefois de vingt pieds leur frêle tige, pour atteindre au soupirail où le jour perce? Tout le monde connaît ces faits, mais tout le monde comprend-il ce mystérieux commerce entre le ciel et la terre ?